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Moyen-Orient - Reportage

À Idleb, des femmes préservent le savoir-faire du savon d’Alep

Établi à Maarat Mesrine, le « Centre du patrimoine » emploie d’anciennes détenues, des mères d’enfants ayant des besoins spéciaux et des veuves de martyrs qui doivent subvenir aux besoins de leurs familles.

À Idleb, des femmes préservent le savoir-faire du savon d’Alep

Le savon préparé par les femmes du Centre du patrimoine à Maarrat Mesrine, dans la province d’Idleb. Photo Abdalmajed Alkarh

Assise au milieu des piles de briques de savon couleur olive qui embaument la pièce aux murs nus, Mariam el-Daïf s’active. Comme chaque jour, cette maître-savonnière effectue le même rituel aux étapes minutieusement calculées : chauffer longuement l’huile d’olive avec la soude naturelle et l’eau dans les traditionnels chaudrons en cuivre d’abord, laver la pâte de savon à l’eau salée ensuite, pour enfin ajouter l’ingrédient final qui donne son parfum distinctif au savon d’Alep, l’huile de baies de laurier. Veuve et mère de quatre enfants, Mariam el-Daïf travaille aux côtés d’une vingtaine de femmes dans le Centre du patrimoine établi à Maarrat Mesrine, dans la campagne d’Idleb, la dernière enclave qui échappe encore à la mainmise de Damas. « L’équipe est désormais ma famille. Nous nous complétons et nous entraidons », s’épanche-t-elle.

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Créé et dirigé par un groupe de femmes, ce projet a pour but de relancer les artisanats traditionnels dans cette province située dans le Nord-Ouest syrien tout en autonomisant des femmes dans le besoin qui sont devenues les principaux soutiens de leurs familles. Sélectionnées avec la contribution du Conseil local et du bureau des femmes, les employées du centre sont d’anciennes détenues, des mères d’enfants ayant des besoins spéciaux et des veuves de martyrs dont le revenu est inférieur à 50 dollars par mois pour la famille. « J’ai été emprisonnée par le régime syrien », raconte Hanadi oum Yazan, âgée de 34 ans. « Mon mari est actuellement malade et ne peut pas travailler », poursuit-elle pour expliquer pourquoi elle a rejoint l’équipe.

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L’objectif de l’initiative est également de préserver l’identité de la région et sa richesse historique. Dans un pays balayé par dix ans de guerre, le patrimoine archéologique d’Idleb a été largement détruit dans les bombardements, tandis que des vestiges ont été vendus à l’étranger à des prix faramineux sur le marché noir. Face à ces pertes inestimables, certains essaient de préserver les traditions et les coutumes locales, un patrimoine immatériel qui raconte aussi l’héritage de cette région habitée depuis des milliers d’années. Alors que le savon de laurier a fait la renommée de la ville d’Alep à l’international pour sa qualité et ses bienfaits pour la peau, l’histoire de sa fabrication remonte à plus de 2 000 ans avant J.-C.. Quant au précieux savoir-faire, il se transmet de génération en génération. « La fabrication artisanale du savon est en voie d’extinction », soupire Fatima Chahine, la responsable du projet.

Franc succès

À l’issue d’une formation spécialisée qui s’étale sur 12 jours, les employées du centre maîtrisent ainsi les techniques ancestrales appliquées par les maîtres-savonniers à base d’huile d’olive locale pressée à froid, ainsi que les méthodes modernes de séparation et de purification des impuretés. « Je voulais apprendre les ficelles d’un métier qui n’est pas courant, en plus d’acquérir de l’expérience afin d’obtenir un gagne-pain régulier pour moi et ma famille », confie Mountaha oum Yahya, une trentenaire qui a suivi la formation du centre. « C’est un travail agréable », souligne pour sa part Hanadi oum Yazan, qui assure avoir trouvé une grande différence entre le savon qu’elle avait l’habitude d’acheter sur les marchés et celui qu’elle fabrique aujourd’hui. « Mes enfants avaient des pellicules et la peau sèche en permanence. Depuis qu’ils ont commencé à utiliser le savon que je fabrique, ils n’ont plus de problèmes de peau », affirme-t-elle.

Pour mémoire

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Selon Fatima Chahine, les savons fabriqués par les femmes du centre sont par ailleurs examinés par des laboratoires pour s’assurer qu’ils sont exempts de toute impureté nocive. Ces produits traditionnels ont aussi une dimension cosmétique originale, alors que les huiles parfumées de lavande ou encore de citron sont utilisées.

Vendus dans la région, les savons du Centre du patrimoine connaissent un franc succès auprès des habitants. « Le savon confectionné par le Centre des femmes est de la plus grande qualité », affirme Abdelkader Moustapha, qui vit à Maarrat Mesrine. « Chez nous, nous n’utilisons ni savon commercial ni shampoing. Nous nous servons du savon traditionnel pour tout, car c’est le seul qui ne contienne ni graisses animales ni produits chimiques », remarque-t-il. Une réussite qui encourage les femmes du centre à partager davantage leur passion, estimant qu’il relève de leur mission de perpétuer cet artisanat traditionnel dans un cadre bienveillant. « Nous avons fait de notre mieux pour travailler dans la transparence », précise Fatima Chahine avant d’annoncer que d’autres projets dirigés par des femmes devraient prochainement être mis en place. Une première dans cette zone du nord de la Syrie.

Assise au milieu des piles de briques de savon couleur olive qui embaument la pièce aux murs nus, Mariam el-Daïf s’active. Comme chaque jour, cette maître-savonnière effectue le même rituel aux étapes minutieusement calculées : chauffer longuement l’huile d’olive avec la soude naturelle et l’eau dans les traditionnels chaudrons en cuivre d’abord, laver la pâte de savon à...
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Où peut-on trouver ces savons à Beyrouth ?

Catherine Nasr

14 h 36, le 13 juillet 2021

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  • Où peut-on trouver ces savons à Beyrouth ?

    Catherine Nasr

    14 h 36, le 13 juillet 2021

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