Le directeur général de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim. Photo d'archives ANI
Le ministre sortant de l'Intérieur, Mohammad Fahmi, a rejeté vendredi la demande de comparution du directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, devant le juge d'instruction près la cour de Justice, Tarek Bitar, chargé de l'enquête sur la double explosion du 4 août au port de Beyrouth. Cette information a été rapportée par l'agence Reuters, qui cite des sources sécuritaires et judiciaires.
Une autre source au sein de la justice a confirmé que le juge Bitar avait déjà été tenu au courant de la décision du ministre Fahmi.
Pas au-dessus de la loi
Dans un communiqué publié peu après la publication des informations concernant la décision du ministre Fahmi, Abbas Ibrahim a affirmé qu'à l'instar de "tous les Libanais, il n'est pas au-dessus de la loi", appelant à ce que l'enquête soit menée "loin de toute considération politique". "Avant que les procédures administratives officielles ne soient appliquées et avant-même que je ne puisse consulter quiconque ou que je ne sois informé de toute décision, conformément aux usages, des informations et des rumeurs me ciblant directement ont fuité sur les réseaux sociaux", a dénoncé le général. Il a notamment mentionné "des informations selon lesquelles le juge Bitar aurait mis au jour son implication dans des contrats pour faire sortir illégalement le nitrate d'ammonium en Syrie". Il a indiqué avoir lancé des procédures judiciaires afin de découvrir qui était à l'origine de cette campagne et les poursuivre en justice. Remerciant les personnes ayant affiché leur solidarité avec lui au cours des derniers jours, il leur a toutefois demandé de retirer les affiches montrant son portrait dans différentes régions de Beyrouth et du Liban, "par respect pour les martyrs" de la double explosion.
Jeudi, le général Ibrahim avait affirmé qu'il se présenterait devant la justice dans le cadre de l'instruction sur les explosions au port de Beyrouth quand les procédures respecteront "les cadres administratifs et judiciaires". "Je suis un fils de l'institution militaire et j'ai toujours respecté le pouvoir judiciaire. Je comparaîtrai devant la justice quand les choses seront faites en conformité avec les cadres administratifs et judiciaires", avait-il affirmé, selon un communiqué publié par une "cellule administrative et judiciaire" chargée du suivi de l'enquête. Il avait en outre qualifié la déflagration du 4 août de "catastrophe nationale et humaine", appelant la justice à "présenter à l'opinion publique son rapport sur les causes de l'explosion". Il s'était également interrogé sur les raisons pour lesquelles aucune procédure n'avait été lancée concernant "les propriétaires du navire qui a amené le nitrate d'ammonium au Liban". Un incendie dans le hangar n°12 du port dans lequel étaient stockées des milliers de tonnes de ce produit chimique a provoqué la double déflagration meurtrière, qui a fait plus de 200 morts et des milliers de blessés.
Par ses propos, l'homme qui est connu pour ses missions de médiation délicates rejoint les critiques à peine voilées lancées par le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, dans un discours mardi. Le secrétaire général du parti chiite avait reproché au juge d'instruction le fait que les mises en accusation ont été connues "via les médias" et non selon les canaux officiels. Il avait aussi critiqué le fait qu'aucun "rapport technique" sur les causes des explosions n'a encore été publié par la justice.
"Campagne suspecte"
Le responsable sécuritaire avait par ailleurs déjà dénoncé une "campagne suspecte" lancée contre lui, s'interrogeant sur les raisons pour lesquelles d'autres organes sécuritaires travaillant au port de Beyrouth n'ont pas été concernés par l'instruction.
En plus de l'inculpation du général Ibrahim, le juge Bitar avait lancé des poursuites contre l'ex-commandant en chef de l'armée Jean Kahwagi, un ex-chef des renseignements de l'armée, Camille Daher, plusieurs officiers et le chef de la Sécurité de l’État Tony Saliba. Le magistrat a également réclamé la semaine dernière la levée de l'immunité des trois députés et ex-ministres Nouhad Machnouk, Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeaïter, ainsi que celle de l'ex-ministre Youssef Fenianos en vue de les inculper et d'intenter des poursuites pour "éventuelle intention d'homicide" mais aussi pour "négligence et manquements". Cette demande doit être étudiée en début d'après-midi par le bureau du Parlement et la commission de l'Administration et de la Justice, à Aïn el-Tiné.
Les causes de la déflagration du 4 août et ses circonstances n'ont toujours pas été élucidées, au grand dam des familles des victimes et des blessés qui réclament justice.




S'il n'avait rien à se reprocher, aux fins d'enquête il se serait rendu de lui même aux bureaux du juge afin d'avoir accès au dossier, mais cette problématique est valable dans les pays où la justice est indépendante, quant à la décision de lever la décision de lever ou non l'immunité des députés et ex-ministres l'on devine déjà pour des raisons obscures la fin de non recevoir de ce parlement gangrėnė jusqu'à la moelle... À charge de revanche pour les mis en cause.
19 h 13, le 09 juillet 2021