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Lifestyle - Un peu plus

Les Libanais d’ici et les Libanais de là-bas

Les Libanais d’ici et les Libanais de là-bas

Photo Bigstock

Les vacances d’été, c’est souvent le retour au pays des expatriés. Les retrouvailles avec les parents, les déjeuners de famille, la découverte de nouveaux endroits, de nouvelles plages. Ce sont des excursions, des visites touristiques pour soi, mais aussi pour ceux qu’on a invités à venir partager de futurs souvenirs libanais. C’est la montagne, la maison familiale, la hezzézé sur la véranda, la narguilé maassalé, la taboulé fraîche de téta, les petites trousses rayées de l’Artisan du Liban et les abayas qu’on rapporte à nos amis. C’est les mezzés à n’en plus finir, les festivals de la saison, les couchers de soleil, les mariages, les fêtes de village, les stands de tamriyé et de oueymet, le jellab et les soirées qui se terminent à l’aube.

L’été dernier fut tragique pour une grande partie des Libanais de l’étranger. Qu’ils aient été en séjour au Liban ou pas. Si juillet fut plutôt paisible malgré la crise du dollar, août fut teinté de sang et de larmes. Et la douleur fut immense. Une douleur continue, vicieuse. Une douleur sans fin et qui va se raviver comme un feu violent dans trois semaines. Et les images de ce 4 août funeste vont rejaillir, comme si c’était hier. L’été 2021 s’inscrit également dans la peine. Il ne porte en rien le parfum de légèreté des étés passés. Et s’il porte en lui les réminiscences et les conséquences d’août 2020, assistant à la désertion de certains Libanais vivant ailleurs, il impose aujourd’hui un autre genre de souffrance. Les Libanais qui sont déjà arrivés ressentent, pour un grand nombre d’entre eux, une sorte de goût d’amertume. Beyrouth a été défigurée et le Liban a changé. Indéniablement. L’insouciance et la joie de vivre ne sont plus vraiment là. Même si elles apparaissent occasionnellement au détour d’une soirée, d’un repas avec les

cousin(e)s, d’un fou rire, d’un verre entre amis, d’une promenade, d’une randonnée, de nombreuses choses se sont éteintes. Et pas seulement les rues et les routes.

Le cœur des Libanais est en berne et la tristesse dans les yeux des expatriés est palpable. Leur pays n’est plus le même. Leur peuple n’est plus le même. Lorsqu’ils empruntent l’autostrade pour profiter des jours ensoleillés en bord de mer, ils voient ces queues interminables devant les stations d’essence et le stress et la résignation des gens prostrés derrière leurs volants. Ils voient des enfants mendier dans les ruelles de leur village d’origine. Les personnes âgées affligées par les prix de la dekkené du coin et ne pouvant plus s’offrir un pot de labné. Ils entendent parler des campagnes pour venir en aide aux femmes qui n’ont plus les moyens de se procurer des serviettes hygiéniques. Le chagrin est là et c’est tour à tour le silence et les questions qui rythment les conversations entre les Libanais d’ici et les Libanais de là-bas. Demander comment ils vont à ceux qui restent ici est quasiment devenu un tabou. Leur demander si les choses vont se décanter, s’ils pensent que les gens au pouvoir resteront englués sur leurs fauteuils dorés, si les élections vont changer quelque chose et si quitter ce petit pays de l’est de la Méditerranée leur traverse l’esprit, semble inutile. Les réponses, on les connaît déjà.

Ces expatriés repartent ou repartiront le cœur lourd et la peur au ventre. Le désemparement et la nostalgie dans l’âme. L’inquiétude pour leurs proches coincés dans cette gigantesque prise d’otages. Et cette impuissance à faire quoi que ce soit les rongera jusqu’à leur prochaine visite. Une visite chargée d’appréhension et parfois de non-envie. Cette non-envie de voir disparaître ce pays d’avant qu’ils ne reverront plus. Et ils repartiront comme d’habitude, les bagages contenant des tupperwares de yakhnet cuisinées par leurs mères, des manakiches qu’ils congèleront et des confitures de figue. Ces valises pleines à craquer, ils les avaient utilisées en venant pour apporter des médicaments et des produits désormais inexistants ici… et les poches parfois (quand ils le peuvent) remplies de fresh dollars.

Chroniqueuse, Médéa Azouri anime depuis plus d’un an avec Mouin Jaber « Sarde After Dinner », un podcast où ils discutent librement et sans censure d’un large éventail de sujets, avec des invités de tous horizons. Tous les dimanches à 20h00, heure de Beyrouth.

Épisode 45 avec Rabih Salloum

https://youtu.be/M3l2urQkatI


Les vacances d’été, c’est souvent le retour au pays des expatriés. Les retrouvailles avec les parents, les déjeuners de famille, la découverte de nouveaux endroits, de nouvelles plages. Ce sont des excursions, des visites touristiques pour soi, mais aussi pour ceux qu’on a invités à venir partager de futurs souvenirs libanais. C’est la montagne, la maison familiale, la hezzézé ...

commentaires (4)

Malgré tout, au Liban, tôt ou tard, les forces occultes vont s'essouffler, comme d'habitude, et feront place à la vraie image naturelle des libanais .

Esber

17 h 59, le 13 juillet 2021

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Commentaires (4)

  • Malgré tout, au Liban, tôt ou tard, les forces occultes vont s'essouffler, comme d'habitude, et feront place à la vraie image naturelle des libanais .

    Esber

    17 h 59, le 13 juillet 2021

  • Fort bien, Mme Azouri…. Mais j’aimerais ajouter que souvent, ces expatriés sont aussi, dans une moindre mesure, évidemment les victimes collatérales de ce drame local… Beaucoup d’entre eux se sont pris aux fausses promesses ces dernières années de venir investir en force dans le pays, avec l’idée d’y retourner un jour et jouir d’une retraite rêvée style, retour aux sources, sans réaliser un moment, la dimension de la corruption et de l’arnaque nationale: ils ont investi dans le boom immobilier à des prix scandaleux et ont investi une grande partie de leurs épargnes dans les banques libanaises, alléchés par des taux d’intérêt artificiels sans se poser beaucoup de questions, et là, ils réalisent la dimension de leurs pertes colossales et leurs rêves du retour au bercail qui tombent à l’eau: une grande partie de cet argent des déposants bloqué et utilisé par les banques de manière crapuleuse appartient aussi à ces gens-là…Il est certes, évident que les expatriés ne sont pas nécessairement dans la misère, mais le drame national et humain dépasse bien hélas, les frontières de notre pauvre pays!

    Saliba Nouhad

    00 h 15, le 10 juillet 2021

  • C'est tellement ça ?

    Florence TRAULLE

    16 h 00, le 09 juillet 2021

  • Merci pour exprimer notre douleur et notre perte

    Layal Nabhan

    09 h 35, le 09 juillet 2021

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