Des membres des services de sécurité afghans montent la garde, tandis que les forces afghanes et les talibans s’affrontent dans la ville de Qala-i-Naw, capitale de la province de Badghis, le 7 juillet 2021. Photo AFP
Les talibans ont lancé, hier, leur première offensive contre une capitale provinciale d’Afghanistan, Qala-i-Naw, depuis le début en mai de leur campagne tous azimuts contre les forces afghanes, déclenchée à la faveur du retrait des troupes américaines du pays, désormais quasiment terminé. Quelques heures après que l’armée américaine a annoncé avoir achevé « à plus de 90 % » son retrait d’Afghanistan, les talibans, qui se sont emparés depuis mai de vastes portions rurales du territoire et rapprochés de plusieurs grandes villes, sont entrés hier matin dans Qala-i-Naw, capitale de la province de Badghis (Nord-Ouest). « Il faut le reconnaître, la guerre fait rage et nous sommes dans une situation militaire très délicate », a indiqué le ministre afghan de la Défense, Bismillah Mohammadi, dans un communiqué publié peu après. « Mais ce n’est pas la première fois que l’Afghanistan vit des moments difficiles » et « je veux tous vous rassurer, nos forces nationales (...) useront de toute leur puissance et toutes leurs ressources pour défendre notre patrie et notre peuple », a-t-il ajouté.
Fusil d’assaut sur l’épaule et poitrine bardée de chargeurs, le gouverneur de Badghis, Hessamuddin Shams, a assuré dans une vidéo publiée sur Facebook que « toutes les forces de sécurité (...) défendent la ville », et que « l’ennemi a subi des pertes et est défait », alors que résonnaient derrière lui des tirs nourris. Il a aussi affirmé à la mi-journée dans un message audio que les talibans « se retiraient » de Qala-i-Naw. Dans la matinée, il avait annoncé que « l’ennemi est entré dans la ville, tous les districts sont tombés, les combats ont commencé en ville ».
Le chef du conseil provincial de Badghis, Abdul Aziz Bek, a affirmé hier que « la nuit dernière, des responsables des services de sécurité de la province se sont rendus aux talibans et ces derniers étaient en ville ce (hier) matin ». Membre du conseil provincial, Zia Gul Habibi a indiqué hier après-midi que « la situation s’est stabilisée puisque la ville ne tombe pas » aux mains des talibans. « Mais les talibans sont toujours à l’intérieur de la ville, et des avions et des hélicoptères frappent les positions » des insurgés en ville, a-t-elle ajouté.
Nouveau coup au moral
« Tout le monde était terrifié dans la matinée quand les gens ont entendu que les talibans étaient entrés en ville (...) On a rapidement entendu des tirs et des explosions », raconte Aziz Tawakoli, un habitant de Qala-i-Naw. « Désormais, les explosions sont audibles au loin, des hélicoptères et avions survolent la ville et frappent parfois des endroits de la ville », ajoute ce dernier. En parallèle, des délégations du gouvernement afghan et des talibans se rencontraient hier à Téhéran, ainsi que l’a confirmé le ministère iranien des Affaires étrangères, après des mois de négociations au point mort au Qatar. « Aujourd’hui, le peuple et les dirigeants d’Afghanistan doivent prendre des décisions difficiles pour l’avenir de leur pays », a souligné le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, à l’ouverture des discussions, en saluant le départ américain du territoire de son voisin de l’Est. Le porte-parole des talibans, Zabihullah Mujahid, a confirmé qu’une « délégation de haut niveau » s’était rendue en Iran « à l’invitation officielle » de Téhéran pour y rencontrer des « personnalités afghanes », et discuter de « la situation actuelle du pays et trouver des solutions via des pourparlers ».
Entamé en mai, le retrait des troupes américaines a été mené tambour battant malgré l’avancée inexorable des talibans et le recul des forces afghanes, désormais privées du crucial appui aérien américain. Les forces américaines et de l’OTAN avaient évacué la semaine passée la base aérienne de Bagram, au nord de Kaboul, plus importante installation militaire de la coalition dans le pays et centre névralgique de ses opérations sur place depuis l’entrée des troupes américaines dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001. Le retrait définitif de l’armée américaine sera terminé d’ici à la fin août, selon la Maison-Blanche. Il mettra un point final à 20 ans d’intervention américaine dans le pays, la plus longue guerre menée par les États-Unis dans leur histoire.
Les talibans avaient brièvement tenté en juin d’attaquer Kunduz, capitale de la province du même nom dans le nord du pays. Mais, pour les analystes, l’entrée des talibans dans Qala-i-Naw devrait porter un nouveau coup au moral – déjà considérablement affaibli – des forces afghanes. La prise de cette dernière par les talibans serait en effet « un succès stratégique, car cela aura un effet psychologique sur les forces afghanes qui perdent du terrain rapidement, comme des dominos face à une force imparable », explique Nishank Motwani, chercheur spécialisé sur l’Afghanistan.
Source : AFP

