Capture d'écran d'une vidéo prise dans un restaurant du centre-ville de Beyrouth, lors de l'irruption de manifestants, dans la nuit du 29 au 30 juin 2021.
Des protestataires sont entrés de force mardi soir dans un restaurant du centre-ville de Beyrouth où dînaient des responsables politiques et certains de leurs proches, qu'ils ont pris à partie, rapportent des activistes sur les réseaux sociaux. Cet incident a ensuite dégénéré en échauffourées avec les gardes du corps de certains dirigeants et les forces de sécurité.
Selon les informations et vidéos publiées sur les réseaux sociaux par des militants, notamment sur les plateformes Daleel Thawra et Thawramap, et sur certains comptes privés, une fête luxueuse était organisée au restaurant "Seray", dans le quartier de Minat el-Hosn, en présence notamment de députés et de leurs épouses, du président de la municipalité de Beyrouth et d'une femme identifiée par les manifestants comme l'ex-épouse du gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé. Des activistes sont parvenus à entrer dans l'établissement et y ont scandé des slogans du mouvement de soulèvement populaire du 17 octobre 2019, prenant à partie les invités, notamment sur la corruption ou la pénurie d'électricité dans le pays. "Nous sommes juste venus voir ce qu'est l'électricité, nous n'en avons pas chez nous", lance l'un d'eux dans une vidéo.
Forcés à quitter les lieux, les activistes, rejoints par plusieurs dizaines d'autres personnes, se sont rassemblés devant le restaurant et des échauffourées ont éclaté avec les gardes du corps de certains responsables. Sur une des vidéos diffusées en ligne, des coups de feu sont entendus lors de cet incident, tandis que des groupes proches du mouvement de contestation font état de tirs en l'air et de plusieurs arrestations. Des activistes affirment que lorsque l'armée a voulu appréhender l'un des hommes armés ayant tiré, d'autres personnes en civil, probablement des gardes du corps d'un des hommes politiques présents, auraient voulu l'en empêcher.
Le propriétaire du restaurant Seray, Pierre Ziadeh, a démenti la présence de personnalités politiques dans son établissement ce soir-là.
Depuis octobre 2019 et le début de la révolte populaire, de nombreux responsables, principalement politiques ou du secteur bancaire, sont pris à partie dans des lieux publics, voire mis en dehors des restaurants ou établissements où ils se trouvent, sur fond d'une perte de confiance totale entre les Libanais et la classe dirigeante. Ces scènes se sont exacerbées alors que le pays traverse une grave crise socio-économique et que les citoyens dénoncent quotidiennement les humiliations dont ils sont victimes, en raison des pénuries de nombreux produits comme les carburants ou les médicaments, ou du rationnement sévère de l'électricité.
Mi-juin, une altercation avait, dans ce contexte, opposé à Batroun une jeune femme au chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, gendre du président Michel Aoun et l'un des responsables les plus conspués par la rue. Suite à cet incident, M. Bassil avait publié un communiqué dans lequel il demandait aux partisans aounistes de ne pas se taire face aux insultes contre les dirigeants.


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