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Monde - Éclairage

Soudan : une transition minée par les divisions internes

Les tiraillements entre les Forces armées et les Forces de soutien rapide font craindre la possibilité d’un conflit qui entraverait davantage encore le processus en cours. Mais elles restent unies par l’objectif de saper la période intérimaire vers un pouvoir civil.

Soudan : une transition minée par les divisions internes

Le Premier ministre soudanais Abdallah Hamdok prononce un discours dans la capitale, Khartoum, le 22 juin 2021. Ebrahim Hamid/AFP

C’est une situation qui paraît inextricable. Alors que le Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, a mis en garde au cours d’une conférence de presse tenue mardi dernier des menaces que font peser sur le processus transitoire soudanais les dissensions entre l’armée officielle (FAS) et les unités paramilitaires relevant des Forces de soutien rapide (FSR), nombreux sont les militants et défenseurs des droits humains à s’inquiéter d’une force jointe qui entraverait sérieusement la voie vers la mise en place d’un système démocratique et pluraliste, deux années seulement après la chute le 11 avril 2019 de la dictature militaro-islamiste de Omar al-Bachir et alors que le pays est en état d’urgence économique depuis septembre 2020.

« La grande question aujourd’hui est : le Soudan existera-t-il ou n’existera-t-il pas ? » a déclaré M. Hamdok, décriant des divisions inquiétantes entre et au sein des factions militaires et civiles. Cette intervention survient dans un contexte de tensions grandissantes entre les FAS et les FSR et la crainte qu’elles puissent déboucher sur un véritable conflit. Dans un communiqué diffusé lors de la conférence de presse, le chef du gouvernement a appelé à l’intégration des RSF dans les forces armées, dans l’attente d’un accord entre leurs dirigeants et le gouvernement.

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Un plan qui a d’emblée suscité les critiques de l’organisation internationale de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, celle-ci soulignant la multitude de problèmes que soulève une telle démarche, dénuée de fondement juridique. « Les divisions au sein des forces militaires mettent en évidence les risques potentiels associés au report de la réforme du secteur de la sécurité. Néanmoins, le seul moyen pour une transition respectueuse des droits de se poursuivre et de rompre avec le passé est que toutes les parties au gouvernement actuel aient la volonté de se lancer dans des réformes », indique Mohamed Osman, chercheur assistant sur le Soudan au sein de HRW. « Les FSR et les FAS ont toutes un piètre bilan en matière de droits. Le rôle des forces militaires dans la dispersion violente des manifestants du sit-in du 3 juin 2019 reste un rappel de savoir jusqu’où elles peuvent aller si elles ne sont pas maîtrisées. »

Contrôler la transition

Entre les FAS et les FSR, les fractures remontent loin et mêlent aujourd’hui à la fois enjeux institutionnels et ambitions personnelles de deux hommes, le général Abdel Fattah al-Burhane, numéro un du Conseil de transition – à majorité civile mais dirigé par des militaires – et le général Mohammad Hamdan Daglo, qui en est le vice-président. Pour de nombreux observateurs, l’un comme l’autre chercheraient à utiliser le vide post-Bachir pour accéder aux plus hauts échelons du pouvoir à l’issue de la période transitoire, initialement prévue en 2022, mais désormais reportée à 2023-2024.

Pour Abdallah Hamdok, canaliser ces divisions relève d’une nécessité cruciale pour assurer le caractère pacifique de la transition et l’organisation d’élections. Or au cours du mois de juin, plusieurs médias soudanais ont rapporté le rejet formulé par le chef des FSR, M. Daglo – plus connu sous le nom de Hemetti – d’intégrer ses hommes dans les FAS, remettant ainsi en cause les projets de fusion des différentes forces armées sous un commandement unifié.

Du point de vue de Hemedti, une telle intégration pourrait marquer la dilution de son influence, des percées qu’il a accomplies auprès d’acteurs régionaux et internationaux et de son réseau financier. Les FSR constituent aujourd’hui la plus puissante organisation paramilitaire dans le pays. Hemedti a gagné en notoriété en tant que l’un des chefs des Janjaweed, une force paramilitaire déployée par l’ancien dictateur Omar al-Bachir dans la région du Darfour pour mater l’insurrection des groupes rebelles, déplaçant des millions de personnes dans un conflit qui a fait près de 300 000 morts. Le bilan de Hemetti en termes de violations des droits humains est tel qu’il figure dans la demande du procureur de la Cour pénale internationale ayant requis un mandat d’arrêt contre l’ancien dictateur pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Quant à l’armée, la concurrence des FRS a toujours représenté une menace. Mises sur pied en 2013 par le gouvernement soudanais, les Forces armées ont été dotées d’armes, de fonds, de titres et de protection. « Les officiers de l’armée ne perçoivent pas Hemetti comme un officier. Ils le voient comme un mercenaire, quelqu’un qui n’est pas sorti diplômé d’une école militaire, qui n’a pas d’expertise militaire et qui a été amené par Omar al-Bachir pour former une contre-armée », explique Jihad Mashamoun, analyste sur le Soudan.

« Au nom de la contestation »

Dans le sillage du soulèvement soudanais, ces fractures n’ont pas tardé à se manifester. Les loyalistes du dictateur déchu n’ont pas hésité ainsi à saper le processus politique à travers notamment une tentative de coup d’État le 11 juillet 2019. De leur côté, les FRS ont pris leurs distances vis-à-vis de ces manœuvres tout en se comportant comme une entité indépendante de l’État, d’abord soumise à Hemedti et opposée au contrôle du gouvernement soudanais dans la région du Darfour. Sur le front diplomatique, les FSR sont parvenues à maintenir des relations fortes avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis sans que cela ne remette en question les liens d’al-Burhane avec les leaderships de ces deux pays, grâce notamment à l’engagement des forces armées soudanaises aux côtés de Riyad dans la coalition que le royaume mène au Yémen contre les rebelles houthis. Mais c’est dernièrement autour du processus de normalisation des relations avec Israël que la compétition a été le plus palpable. Selon le média Axios, des officiels du Mossad auraient rencontré à Khartoum Hemetti, ce dernier essayant de développer une relation indépendante avec l’État hébreu pour mieux promouvoir son influence en interne, en faisant fi du chef du Conseil et de Abdallah Hamdok.

Des allégations balayées d’un revers de main mercredi lorsque M. al-Burhane a déclaré devant des officiers de haut rang réunis dans la capitale qu’il ne fallait prêter aucune attention aux « rumeurs qui visent le système de sécurité et son unité ». Si ces affirmations revêtent un caractère communicationnel, elles rappellent toutefois que les uns et les autres ont un adversaire en commun : le versant civil de la transition, qui lui-même est divisé. D’autant que FAS et FSR maintiennent dans le pays une présence économique considérable, qu’ils cherchent à asseoir davantage, comme s’il s’agissait de se partager le butin. Malgré le retrait du Soudan de la liste américaine des pays sponsors du terrorisme et le déblocage de prêts et crédits internationaux, la situation économique est aujourd’hui désastreuse. Afin de rendre le Soudan éligible à une initiative d’allégement de la dette du FMI, le gouvernement de Abdallah Hamdok a supprimé au début du mois les subventions sur l’essence et le diesel, conduisant ainsi au doublement de leurs prix respectifs. S’ils n’ont officiellement pas d’influence sur les questions civiles, le versant militaire du Conseil souverain pourrait cependant bénéficier d’une aggravation des conditions de vie de la population. « Ils veulent un scénario où la contestation permettrait à al-Burhane et à Hemetti d’intervenir et de déclarer qu’ils le font au nom de la contestation », avance Jihad Mashamoun. « Ils cherchent à encourager l’insécurité afin de prendre le contrôle de la période de transition. »

C’est une situation qui paraît inextricable. Alors que le Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, a mis en garde au cours d’une conférence de presse tenue mardi dernier des menaces que font peser sur le processus transitoire soudanais les dissensions entre l’armée officielle (FAS) et les unités paramilitaires relevant des Forces de soutien rapide (FSR), nombreux sont les militants et défenseurs des droits humains à s’inquiéter d’une force jointe qui entraverait sérieusement la voie vers la mise en place d’un système démocratique et pluraliste, deux années seulement après la chute le 11 avril 2019 de la dictature militaro-islamiste de Omar al-Bachir et alors que le pays est en état d’urgence économique depuis septembre 2020. « La grande question aujourd’hui est : le Soudan existera-t-il ou...
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