Aéroport de Khaldé, Beyrouth (Liban) – Lockheed L1649 Superstarliner F-BHBF.
Antoine Daccache, Carole Chamieh, Roger Khoury, Georges Lteif et Émile Nohra font partie des nombreuses personnes qui ont travaillé au sein de l’agence de voyages Air France au Liban durant des décennies et développé à l’égard de la compagnie une fidélité à toute épreuve. Comme beaucoup de leurs collègues, ils ont vécu les années glorieuses où la demande pour les voyages battait son plein, où les clients étaient à la recherche de cette fameuse « french touch », de ce plus, cette valeur ajoutée venue d’ailleurs. Comme beaucoup d’autres aussi, ils ont témoigné des affres d’une guerre dévastatrice qui les a poussés à braver toutes les difficultés pour rester à la disposition de leurs clients : les barrages armés, les bombardements, les épisodes cruels, dont une explosion au cœur même d’une des agences d’Air France.
« Au milieu des années 80, nous étions 150 salariés dans les agences libanaises d’Air France », se souvient Antoine Daccache qui a fait partie du service financier durant 39 ans, avant de tirer sa révérence fin 2020. Sa collègue Carole Chamieh, qui y a passé 37 ans au poste d’assistante déléguée au service Corporate, précise que durant les années 1984-1985, « Air France avait même ses propres bagagistes ». « Nous étions 12 personnes au service financier, responsables du contrôle des rapports de vente de toutes les agences », indique M. Daccache. Pas d’internet alors, ni de billets électroniques. Toutes les opérations s’effectuaient à la main et les rapports avec les clients devenus amis étaient privilégiés et personnalisés. Carole Chamieh se souvient d’un temps où « les gens se bousculaient aux comptoirs des points de vente, même durant la guerre civile », dit-elle, et d’ajouter, non sans fierté, que les comptoirs d’Air France ont même accueilli plusieurs présidents de la République et d’autres personnalités de haut rang.
Avec l’avènement d’internet, le défi se porte sur la vente à distance. « Durant les années 2003-2004, la déléguée du Liban Catherine Martin nous avait demandé de relever une gageure de taille », raconte Antoine Daccache. Il fallait réussir à dépasser le chiffre de 50 000 dollars de ventes à distance par mois. « Grâce au travail de toute l’équipe, nous avons réussi à comptabiliser 500 000 dollars », révèle-t-il. « Air France, c’est une école », souligne-t-il encore, non sans fierté. Une école également en matière d’humanité, comme l’affirme Georges Lteif, chef d’escale à l’aéroport de Beyrouth. Celui qui a travaillé au sein de la compagnie entre 1970 et 2011 se souvient, avec des détails saisissants, d’un incident survenu en 2005 et qui lui a valu les félicitations de la direction générale d’Air France à Paris. « C’était en été et le Beyrouth-Paris de 16h était complet. Suite au départ du vol, je reçois un appel qui m’avertit qu’une des personnes qui devait se trouver à bord a eu du retard à la frontière syro-libanaise et qu’elle avait donc raté l’avion. » M. Lteif tient tout de même à recevoir dans son bureau ce passager en retard. « C’était un homme de 96 ans, essoufflé. Résidant en France, il ne s’était plus rendu auprès des siens à Alep depuis 30 ans, et ayant accusé un retard à la frontière, il était arrivé en retard à l’aéroport de Beyrouth », raconte-t-il. Le prochain vol pour Paris était prévu seulement le lendemain, mais cela voulait dire que le retardataire devait se procurer un nouveau billet et un logement pour la nuit. « Il m’a donné deux cartes de crédit, mais elles ne sont pas passées. » Rejetant l’idée de savoir que l’homme allait se résigner à passer la nuit sur une des banquettes de l’aéroport en attendant de trouver une solution, Georges Lteif prend la décision de loger le retardataire dans un hôtel et de lui assurer le vol du lendemain « pour raisons humanitaires ».
Des programmes de formation continue
Car si les salariés de la compagnie d’aviation font figure de professionnalisme et de loyauté, c’est qu’ils ont suivi de nombreux stages, des programmes de formation, des séjours dans plusieurs agences de la région ainsi qu’en France. « Durant 25 ans, nous avons assisté à des stages annuels à Paris, se souvient Carole Chamieh. Nous y rencontrions des gens du monde entier. Échanger nos expériences était essentiel. »
Durant la guerre de 1989-1990, une partie des salariés, dont Antoine Daccache, a été transférée à l’agence d’Abou Dhabi, notamment en raison de problèmes liés aux coupures de courant. Roger Khoury, qui a travaillé à Air France comme agent de comptoir entre 1974 et 2009, se souvient de la volonté de la compagnie de protéger les emplois. « Air France nous a permis de rester au sein de la compagnie, même si cela voulait dire qu’on devait opérer des transferts. » Ainsi, son parcours l’emmènera à Bagdad, Damas, Amman, Djeddah, Kuwait City, Abou Dhabi, tandis que sa femme Chadia, également agent de comptoir rencontrée à Air France, a passé quelque temps à l’agence de Larnaca. Pour la petite histoire, c’est au comptoir d’une des agences d’Air France qu’il sympathisera avec celle qui finira par être son épouse en 1981. « Tous les collègues d’Air France étaient présents au mariage, y compris ceux de la représentation régionale et les collègues de l’aéroport », précise-t-il. Une union qui verra plus tard la naissance de deux enfants.
Émile Nohra, embauché en 1995, a passé ses examens techniques et pratiques en France. « Chaque type d’avion nécessite un stage de trois mois environ pour être qualifié et signer l’Approbation Retour en Service APRS. »
Une solidarité et une persévérance tissées durant des années par un employeur à l’écoute et un secteur en pleine expansion, mais également par une série d’événements particuliers dus à la guerre civile libanaise.
Défier des étapes difficiles !
Antoine Daccache se souvient des périodes durant lesquelles les employés d’Air France étaient dans l’incapacité totale de rejoindre leurs bureaux à cause des bombardements, d’autres où ils ne pouvaient même pas rejoindre leurs foyers. « Nous travaillions même durant les jours de conflits », confie Carole Chamieh. Comme elle, Roger Khoury explique qu’à l’instar de beaucoup d’autres Libanais, traverser la ligne de démarcation qui séparait « Beyrouth-Est » de « Beyrouth-Ouest » n’était pas une mince affaire et comprenait de nombreux dangers quotidiens. Les collègues expliquent comment ils devaient prendre un taxi ou une voiture jusqu’au musée, puis un autre taxi affrété par Air France qui permettait aux uns et aux autres de se rendre à leurs agences respectives. Roger Khoury se souvient de cette nuit de 1975 durant laquelle il avait été bloqué à l’agence à cause des tirs de francs-tireurs et des bombardements. « C’est la gendarmerie qui nous a aidés à sortir. » Lorsqu’il fut transféré à l’aéroport, il a dormi dans un premier temps dans un hôtel, puis à l’AIB « sur un lit de camp ». « Je regagnais ma maison uniquement les samedis. » M. Khoury, qui a échappé à deux tentatives de kidnapping aux mains des milices en se rendant à son travail, raconte également cette bombe placée au rez-de-chaussée de l’immeuble dans lequel se trouvait l’agence Air France, et cette autre placée devant la porte de l’agence. « Par chance, cette dernière n’a pas explosé et des gendarmes ont réussi à la désamorcer. » Il raconte aussi cet explosif placé au cœur de l’agence Air France d’Achrafieh qui a conduit à la destruction quasi totale de l’espace, mais surtout qui a touché son collègue Antoine Rizk. Ce dernier sera plus tard décoré par la République française, comme le rappelle Antoine Daccache. Tous les intervenants s’accordent à dire qu’en raison des circonstances, ils avaient fini par se voir plus qu’ils ne voyaient leurs propres familles. « Les samedis soir, nous les passions entre collègues », raconte Roger Khoury qui résume, comme nombreux le pensent encore aujourd’hui : « Air France, c’est ma famille. »
En effet, les périodes sensibles n’ont aucunement terni leurs années passées au sein de la compagnie. Les fidèles collaborateurs racontent tous cette fameuse soirée annuelle organisée par Air France en collaboration avec les établissements Massoud pour célébrer le Beaujolais nouveau. « C’était difficile de trouver une salle qui contienne tous les convives, alors certaines années, nous étions obligés d’organiser deux soirées consécutives », se souvient Roger Khoury qui revient sur cet événement au cours duquel défilaient les politiques, les clients et les collaborateurs.
Boeing 787 à l’aéroport Charles-de-Gaulle, France.
Air France sur tous les fronts
Plus près de nous, ces deux dernières années de pandémie et de bouleversements, Air France a su s’adapter aux circonstances internationales et locales particulièrement difficiles. Parmi toutes les actions que l’escale de Beyrouth entreprend pour le Liban et la France, l’année 2020 peut témoigner d’actions notables : après la fermeture des aéroports suite à la crise sanitaire, Air France a programmé plusieurs vols de rapatriement de Beyrouth vers Paris pour les ressortissants français. En raison des besoins humanitaires urgents après la double explosion du 4 août 2020 au port de Beyrouth, plus de 30 tonnes de dons ont été acheminés sur les vols Air France par la Fondation Air France pour les ONG libanaises (nourriture, vêtements, médicaments, fauteuils roulants et autre matériel médical…). Air France s’est également de suite adaptée aux mesures sanitaires post-Covid avec la distribution de masques, la distanciation physique à l’embarquement et aux arrivées et la désinfection des cabines avion. L’équipe Air France à l’aéroport de Beyrouth a toujours à cœur de bien accueillir ses clients, les mettre en confiance afin de leur redonner le goût du voyage.

