Dewoitine 338 F-AQBD, ville de Beyrouth, chargement postal.
L’année 2020, marquée par l’une des pandémies les plus graves de l’histoire, n’a pas toutefois réussi à ternir deux événements lourds de symbolisme, et ce malgré une industrie aéronautique qui accuse de plein fouet les conséquences du Covid-19. En effet, parallèlement aux 100 ans de la déclaration du Grand Liban, dont la célébration aurait dû se tenir à la Résidence des Pins, ce sont les 70 ans du premier vol direct d’Air France Paris-Beyrouth qu’il aurait fallu également mettre en exergue. Mais la pandémie ayant décidé autrement, c’est dans ces quelques pages que nous rendons hommage d’abord à ce moment historique, mais aussi aux décennies qui ont témoigné de la consolidation d’une relation qui, littéralement, a repoussé les frontières du temps et de l’espace.
Le 1er juillet 1950 témoignait de l’atterrissage de l’avion Air France de type Constellation, en vol direct de la capitale française à l’aéroport de Khaldé. C’était la première fois qu’un avion parcourait cette distance sans escale. La ligne Paris-Beyrouth assurée en Constellation était exploitée depuis 1927, via plusieurs escales.
En 1950, le vol direct qui reliait les deux capitales s’effectuait en 8 heures 25 minutes ; il faudra attendre l’année suivante, le 15 mai 1951 précisément, pour que le vol direct Paris-Beyrouth piloté par le commandant Albenque réalise la liaison en 6 heures 43 minutes, gagnant ainsi 1 heure 42 minutes sur l’horaire habituel. Ce jour-là, 32 passagers étaient à bord de l’appareil Constellation F-BAZE d’Air France. Si ces deux dates marquent un tournant dans la liaison entre Paris et Beyrouth, il convient de noter que les vols reliant les deux capitales avaient déjà débuté au début du siècle dernier.
En effet, en novembre 1913, le pilote Marc Bonnier accompagné de son mécanicien du nom de Bernier reliait Paris au Caire à bord d’un Nieuport muni d’un moteur Gnome de 80 CV. Il décollait donc de Paris-Villacoublay le 10 novembre 1913 pour faire escale à Nancy, Karlsruhe, Wurtzbourg, Platting, Vienne, Budapest, Arad, Craiova, Bucarest, Varna, Constantinople, Eskichehir, Adana, Beyrouth, Jérusalem, pour enfin arriver au Caire le 1er janvier 1914.
« La ligne Noguès »
La première liaison aérienne régulière entre la France et l’Asie fut assurée par la compagnie Air Orient, fondée en 1930. Compagnie aérienne basée en France et née de la fusion entre Air Asie et Air Union Lignes d’Orient AULO, elle fusionnera en 1933 avec Air France. Cette ligne vers l’Extrême-Orient est alors connue comme la « ligne Noguès », du nom de son fondateur, l’aviateur Maurice Noguès. Ce dernier, aviateur confirmé, plusieurs fois décoré et héros de la Première Guerre mondiale, devient en 1927 directeur technique de la compagnie AULO. Le projet de celui que l’on a surnommé le « Mermoz de l’Orient » est de mettre en place un service aérien régulier vers l’Indochine afin de concurrencer le voyage maritime, qui prend alors trente jours. Le 17 janvier 1931, Noguès décolle de Marseille à bord d’un hydravion. Il fera deux stops : le premier dans le nord du Liban à Tripoli pour changer d’avion, et le second à Karachi avant d’atteindre Saigon 12 jours plus tard. Un record pour l’époque !
Le lancement de la ligne aérienne vers Hong Kong se fera en plusieurs étapes. Il s’agit d’abord, en juin 1928, de l’inauguration des vols réguliers de Marseille vers Beyrouth. En juillet 1938, Le Figaro rapportait que des colis postaux en provenance du Levant étaient estampillés avec des timbres libanais, qui célébraient les 10 ans de la ligne aéropostale Marseille-Beyrouth. Sur les timbres, on voit des avions de type CAMS-53 ainsi que le dessin du visage de Maurice Noguès.
Au fur et à mesure que les années passent, les lignes commerciales d’Air France se multiplient. Les accords de coopération aussi. Ainsi, après la Seconde Guerre mondiale, en avril 1946 plus précisément, Air France ouvre en DC-3 la ligne Paris-Le Bourget – Marseille – Tunis – Benghazi – Le Caire – Beyrouth – Bagdad – Téhéran. L’accord signé à La Haye entre Air France et KLM consolide la position de la compagnie nationale française sur les lignes qui relient plusieurs villes mondiales, dont Beyrouth. C’est ainsi que la KLM assistera Air France à Damas, Bagdad, Karachi, Calcutta et Tokyo, tandis qu’Air France apportera son soutien à la KLM à Athènes, Istanbul, Beyrouth et Le Caire.
Air France met à disposition de la ligne qui relie la capitale française à Beyrouth des avions plus rapides de type Comet en 1953, mais répond également à la demande de la diaspora libanaise dispersée un peu partout dans le monde, notamment sur le continent africain. Elle inaugure en 1954 une agence Air France à Freetown (Sierra Leone) et s’organise de façon autonome et non plus à travers une de ses filiales, pour satisfaire les demandes d’une clientèle libanaise très nombreuse basée en Afrique.
L’année 1955 sera témoin d’un accord aérien entre la France et le Liban. L’accord portera sur des négociations concernant un éventuel échange des droits de trafic et une désignation des compagnies exploitantes. Le Liban envisage alors de procéder à une fusion entre Air Liban et Middle East Airlines.
C’est en 1957 qu’Air Liban, compagnie associée d’Air France, inaugure un service direct hebdomadaire entre Beyrouth et Paris par DC-6. Le voyage inaugural réunit à Paris un certain nombre de personnalités du monde politique, du journalisme et des agences de voyages. De leur côté, plusieurs Français, directeurs de grandes agences et rédacteurs de journaux, se rendent à Beyrouth pour l’occasion.
Un parcours semé d’histoire(s)
La relation liant Air France au Liban, qui se raconte grâce à ces étapes marquantes, est aussi ponctuée d’événements plus ou moins poignants. À l’image de ce DC-4 cargo qui effectuait en 1952 un vol Fort Lamy-Beyrouth et qui est détruit peu après son décollage, emportant avec lui la plupart de ses occupants ; ou ce commando de trois hommes qui ouvre le feu sur la foule à l’aéroport d’Orly le 19 janvier 1975, avant de prendre en otages une dizaine de personnes. Après 18 heures de négociations, Air France acceptera de faire décoller un Boeing 707 avec à son bord le commando. Commence alors une errance à travers les capitales arabes : Beyrouth, Damas, Djeddah, Aden, Le Caire, tous les aéroports s’entendant pour refuser l’atterrissage de l’appareil. Seule Bagdad, après que le commandant de bord a annoncé un atterrissage forcé, permettra à l’avion de se poser. Ou enfin le vol AF 747 d’Air France qui en juillet 1984 devait assurer la ligne Francfort-Paris et qui sera détourné vers Téhéran par trois pirates de l’air. L’appareil fera escale à Genève, Beyrouth et Larnaca.
La guerre civile libanaise, avec ses nombreuses étapes douloureuses, oblige Air France à suspendre sa desserte de Beyrouth en juin 1982. Elle sera cependant la première compagnie européenne à la reprendre en octobre de la même année. Elle suspendra pourtant de nouveau la desserte de Beyrouth en 1985 et redistribuera ses vols sur Damas et Larnaca. Six ans plus tard, en 1991, Air France reprend ses vols vers et à partir de la capitale libanaise.
3 mai 1969, vol inaugural de Beyrouth en Boeing 727.
L’élégance à la française
C’est le 14 septembre 2015 qu’atterrit pour la première fois à Beyrouth le Boeing 777-300 d’Air France équipé des toutes nouvelles cabines « Best & Beyond ». Après New York, Shanghai, Toronto, Sao Paulo, Tokyo ou Dubaï, Beyrouth devient la 18e destination mondiale à recevoir cet avion équipé des nouvelles cabines : La Première, une suite Haute Couture ; Business, un cocon en plein ciel ; Premium Economy et Economy, le confort pour tous et pour chacun. Plus récemment, en juin 2018, Air France a opéré pour la première fois un Boeing 787 sur la route Paris-Beyrouth, permettant d’améliorer le confort des passagers et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de plus de 20 %.
Des étapes charnières de l’histoire du Liban donc, indissociables de la relation qu’Air France a tissée avec ce petit pays du Levant ; une relation qui célèbre désormais les 70 printemps du premier vol direct Paris-Beyrouth.

