Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian lors d'une réunion avec son homologue américain, Anthony Blinken, à Paris, le 25 juin 2021. Photo AFP / POOL / Andrew Harnik
Les Etats-Unis et la France ont averti vendredi les nouvelles autorités iraniennes que le temps pressait pour sauver l'accord sur le nucléaire iranien (JCPOA) et qu'elles devaient prendre des décisions "difficiles" sans plus tarder.
Une semaine après l'élection de l'ultra-conservateur Ebrahim Raïssi à la présidence de l'Iran, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken, en visite à Paris, a affirmé qu'il serait "très difficile" pour les Etats-Unis de revenir dans l'accord si les négociations devaient s'éterniser. "Il arrivera un moment où, oui, il sera très difficile de revenir aux standards établis par le JCPOA", a-t-il déclaré, lors d'une conférence de presse commune avec son homologue français Jean-Yves le Drian. "Nous n'avons pas encore atteint ce point - je ne peux pas donner d'échéance - mais c'est un fait dont nous sommes conscients", a-t-il ajouté.
Si l'Iran "continue à faire tourner plus de centrifugeuses sophistiquées" et à accélérer son programme d'enrichissement, il se rapprochera dangereusement du moment ("breakout time") où il aura la capacité de fabriquer la bombe, a souligné le secrétaire d'Etat.
Le chef de la diplomatie française, dont le pays est cosignataire de l'accord avec l'Allemagne, le Royaume-uni, la Russie et la Chine, a pour sa part exhorté Téhéran à faire un pas décisif en faveur d'un sauvetage du JCPOA. "Nous attendons des autorités iraniennes qu'elles prennent les dernières décisions, sans doute difficiles, qui permettront de conclure", a-t-il dit. "On arrive au terme du processus. On arrive dans la phase dure" qui "supposera des décisions courageuses et fortes", a-t-il martelé, tout en faisant part d'un "optimisme modéré mais d'un optimisme quand même".
Silence radio de l'Iran
Les inquiétudes sont encore montées d'un cran vendredi avec l'expiration d'un arrangement temporaire entre l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA)et Téhéran sur les inspections nucléaires.
Le directeur général de l'AIEA, Rafael Grossi, a informé le Conseil des gouverneurs que "l'Iran n'avait pas répondu à sa lettre" sur le sujet, selon une déclaration transmise à l'AFP, et insisté sur "l'importance vitale" de poursuivre ce travail de vérifications et de surveillance.
Le Conseil suprême de la sécurité nationale prendra "une décision" sur cette question lors de sa "première réunion" après l'expiration du délai, avait rapporté mercredi le site internet de la télévision d'Etat iranienne.
Le JCPOA offre à l'Iran un allègement des sanctions occidentales et onusiennes en échange de son engagement à ne jamais se doter de l'arme atomique, et d'une réduction drastique de son programme nucléaire, placé sous un strict contrôle de l'ONU. Mais cet accord a été torpillé en 2018 par la décision de l'ex-président américain Donald Trump de s'en retirer et de rétablir les sanctions américaines. En riposte, l'Iran a renoncé à une partie de ses engagements.
A son arrivée à la Maison Blanche en janvier, Joe Biden a annoncé son intention d'y revenir et des négociations ont repris en avril dans la capitale autrichienne.
Vendredi, la France et les Etats-Unis ont aussi affiché leur volonté de faire pression ensemble sur la classe politique libanaise afin de sortir le pays de la crise économique et financière sans précédent dans laquelle il est englué.
"Bienvenue chez toi !"
"Nous constatons ensemble le drame que serait que ce pays se fissure, disparaisse. Nous avons décidé d'agir ensemble pour faire pression sur les responsables. On les connaît", a déclaré M. Le Drian. "Il faut un réel +leadership+ à Beyrouth", a renchéri Antony Blinken.
Le président Emmanuel Macron s'est fortement impliqué, jusqu'ici sans succès, pour obtenir la formation d'un gouvernement susceptible de mettre en oeuvre les réformes réclamées par la communauté internationale en échange de nouvelles aides.
Les Etats-Unis ont aussi réaffirmé un soutien sans faille à la France dans sa lutte contre le jihadisme au Sahel, à l'heure ou Paris annonce une réduction de sa présence militaire dans la région. Washington fournit notamment une précieuse aide en matière de renseignement.
Les deux ministres ont par ailleurs affiché leur plaisir à se retrouver à Paris et à échanger en français, Antony Blinken, qui a vécu une partie de sa jeunesse dans la capitale française, étant un parfait francophone.
"Ici, tu es un peu chez toi. Je serais tenté de dire : bienvenue chez toi !", lui a lancé Jean-Yves Le Drian. "Permettez-moi de dire à quel point je suis content de me retrouver en France, une deuxième patrie pour moi", a répondu son homologue.


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