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Nos Lecteurs ont la Parole

Déshumaniser la relation éducateur-enseignant et enfant-apprenant

La crise du Covid-19, qui a poussé les organismes d’instruction et d’éducation à recourir à la technologie de l’informatique pour tenter de maintenir, vaille que vaille, une relation minimale avec les apprenants scolaires par le recours au télé-enseignement, a poussé les fans de technologie à vouloir pérenniser cette façon d’instruire et d’éduquer après le retour à la normale.

Pour légitimer ce choix, les tenants du projet mettent en avant le désormais fameux slogan « l’enfant apprenant doit se former lui-même »...

L’argument-clé de cette démarche est « le respect de la personnalité de l’enfant apprenant », dont chacun sait qu’il y a autant de personnalités que d’individus.

Ce caractère unique serait menacé par la démarche classique de l’enseignement en « présentiel », comme on dit maintenant, par opposition à l’enseignement à distance ou télé-enseignement qui, lui, garantirait cette intégrité de la personne.

Il s’agit donc d’éloigner l’enfant de l’éducateur enseignant dont la présence serait une menace pour l’intégrité de la personnalité de l’apprenant. On va donc confier l’enfant en devenir d’adulte à la machine qui, elle, ne risque pas (selon eux) de vouloir mouler l’enfant à son image.

Du même coup, le professeur peut être mis au simple rang de technicien en informatique et relégué au fond de la classe comme un simple « guide en manipulation d’appareils » plus ou moins sophistiqués.

C’est donc la machine dotée plus ou moins d’intelligence artificielle qui va former la femme et l’homme de demain, ou plutôt qui est censée permettre à la femme et à l’homme de demain de se former eux-mêmes.

Belle perspective !

Les promoteurs de cette démarche pédagogique « moderne » oublient ou ne savent sans doute pas que l’enfant est un être de chair et de sang et que sa relation naturelle est avec un autre être de chair et de sang qu’est le professeur, l’enseignant éducateur.

Il est certain que la technologie moderne a modifié le rôle du professeur : l’apprenant d’aujourd’hui peut accéder directement à l’information sans passer par l’enseignant. De ce fait, l’enseignant n’est plus tenu, comme ce fut relativement le cas autrefois, d’être la seule source du savoir.

Dans le cadre de cette recherche autonome de l’information, le professeur a effectivement un rôle de guide : il a à proposer à l’enfant apprenant une méthodologie de la recherche documentaire adaptée à son âge et à ses besoins.

Mais l’enseignement ne se limite pas à la transmission d’informations ! L’enseignement est aussi et surtout une formation de l’esprit qui se fait en « frottant et limant sa cervelle contre celle d’autrui » (Montaigne, Les Essais).

Cet autrui serait-il désormais une machine ?

La pédagogie moderne sera-t-elle déshumanisée à ce point ? L’école deviendrait-elle l’école des robots ?

Le professeur robot saura-t-il motiver l’enfant laissé à lui-même devant la machine ? La machine saura-t-elle lui donner l’envie d’apprendre, le rappeler de sa distraction, lui apprendre une discipline de travail ? La machine sera-t-elle capable de témoigner à cet être de chair et de sang l’affection dont il a besoin pour vivre ?

Qu’en est-il maintenant de l’éducation ?

Éduquer, c’est « faire sortir » l’enfant – car il s’agit bien d’enfants – de son état primitif « vierge » de toute influence extérieure pour lui permettre de devenir un individu unique, avec une personnalité unique et une identité particulière.

Le petit enfant est un peu comme une plaque photographique vierge qui, peu à peu, au contact de son entourage et de son environnement, va recevoir toutes sortes d’images qui vont se combiner avec le caractère et les talents propres de l’enfant pour former cet être unique adulte que sera devenu ce même enfant.

Dans le cadre de l’école, l’éducateur primordial est l’éducateur enseignant, le professeur.

Tous les adultes peuvent témoigner qu’ils ont été particulièrement marqués par telle professeure ou tel professeur. Ce n’est pas le discours de cette personne qui les a marqués ainsi, mais leur savoir-être d’abord. C’est le modèle humain qui a mis son empreinte dans la personnalité du jeune qui leur a été confié. C’est l’empathie de cet adulte qui a donné confiance et assurance à la fille ou au garçon qui se trouvait en relation avec lui. C’est l’honnêteté morale et intellectuelle de cet adulte qui les a séduits et qu’ils souhaitent imiter. C’est aussi l’exigence d’un travail mené avec méthode et cohérence qui a jeté les bases d’un travail semblable chez l’apprenant. C’est enfin le respect par l’éducateur de l’intégrité de la personnalité de l’enfant qui lui a permis de rester lui-même tout en s’enrichissant de ce qui lui convenait à lui spécifiquement dans ce que l’éducateur lui proposait.

Dans cet apprentissage sur le plan intellectuel, ce sont surtout les savoir-faire de l’enseignant éducateur que celui-ci a eu à cœur de proposer à son élève avec les contenus proposés. Une fois ces savoir-faire maîtrisés, l’enfant apprenant pourra lui-même procéder à sa formation ultérieure jusque dans sa vie d’adulte.

Mais chaque enfant évoluera à son rythme et selon ses talents propres, que l’éducateur a la difficile tâche de déceler et de révéler à l’enfant lui-même. L’objectif premier et essentiel de l’éducation est en effet d’aider l’enfant à se découvrir lui-même avec ses talents propres, ses forces et ses faiblesses, afin de se construire en harmonie avec ce qu’il est lui-même. « Connais-toi toi-même », n’est-ce pas pour Socrate et tous les philosophes la clé pour une vue équilibrée et fructueuse ?

Enfin, toute cette longue et patiente et prudente formation proposée à des enfants peut-elle se faire sans amour ?

Ce qui rassurera l’enfant en difficulté, ce qui motivera le jeune en manque d’enthousiasme, ce qui réjouira cette fille et ce garçon lors des réussites ou les consolera lors d’un échec toujours provisoire, c’est l’affection de celle et de celui qui le ou la guide sur le chemin de la vie.

Il n’y a pas de réussite chez un enfant s’il n’y a pas d’amour.

Quelle machine dotée de la plus grande somme d’intelligence artificielle pourra jamais offrir à un enfant un seul grain d’amour ?


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


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