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Société - Focus

Le Liban face au défi d’un vieillissement rapide de sa population

Si la dynamique de l’augmentation de la part des seniors dans la population libanaise est entamée depuis longtemps, la crise complique encore plus la situation en poussant les plus jeunes à émigrer.

Le Liban face au défi d’un vieillissement rapide de sa population

82 % des personnes âgées ont dû renoncer à se rendre chez le médecin en 2020. Joseph Eid/AFP

À peine le Liban est-il capable de répondre aux enjeux d’aujourd’hui que ceux de demain pointent le bout de leur nez. C’est ce que révèle une étude de la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (Escwa) sur la transition démographique au Liban publiée à la mi-juin.

En effet, le Liban se hisse sur le sommet du podium arabe au niveau de la rapidité du vieillissement de sa population. « Le Liban sera le premier pays arabe à compléter sa transition démographique, et ceci en 2035, lorsque plus de 14 % de la population aura plus de 65 ans », explique Sara Salman, responsable des affaires démographiques au sein de l’Escwa, à L’Orient-Le Jour. En 2050, le Liban sera le pays le plus vieux de la région, les personnes âgées (plus de 65 ans) représenteront 23 % de la population. Cette part aura donc plus que doublé par rapport au pourcentage actuel de 11 %, déjà le taux le plus élevé du monde arabe, selon le rapport.

Ce phénomène risque d’augmenter ce qu’on appelle « le ratio de dépendance démographique » au Liban. Il s’agit du rapport des personnes incapables de rejoindre le marché du travail (moins de 20 ans et 60 ans et plus) par rapport à l’intégralité de la population. Ainsi, la pression qui s’exerce sur la population productive au Liban va radicalement augmenter, amplifiant par la même occasion la fragilité des personnes âgées. Ce vieillissement est-il le fruit de l’émigration engendrée par l’ouragan économique qui ravage le Liban depuis 2019 ? « Pas vraiment », répond Sara Salman, pour qui le vieillissement de la population est plutôt un indicateur de développement, lié à des dynamiques datant d’avant la crise. « Il faut savoir que les tranches d’âge supérieures gagnent de l’ampleur quand l’espérance de vie est élevée et que le taux de mortalité est bas », indique-t-elle. Or, selon les chiffres de la Banque mondiale, l’espérance de vie à la naissance au Liban est passée de moins de 68 ans en 1980 à 79 ans en 2019. Similairement, le taux de mortalité pour 1 000 personnes a plongé de 7,2 en 1980 à 4,4 en 2019. « Ces chiffres ne se basent pas sur des événements ponctuels comme la crise, mais plutôt sur des facteurs structurels », explique Sara Salman. De surcroît, les chiffres de l’Escwa se placent dans une tendance régionale, puisque selon un rapport du Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) datant de 2018, la part des personnes de 60 ans et plus au Moyen-Orient et en Afrique du Nord devrait passer à 15 % en 2045, soit près du double de ce qu’elle était au moment de la publication du rapport.

« L’émigration crée d’autres problèmes »

Mais cela ne signifie pas que la crise ne rend pas les choses plus compliquées. Pour Guita Hourani, directrice du Centre de recherche libanais pour les études sur les migrations et la diaspora de l’Université Notre Dame de Louaïzé, les conditions socio-économiques au Liban jouent certainement un rôle dans le vieillissement de la population. « La situation au Liban pousse des jeunes et des familles à émigrer, même des individus qui n’auraient pas envisagé de partir il y a deux ans sautent le pas. Au final, le pays se vide de ses jeunes, qui sont souvent retenus ici à cause de la crise du Covid-19 ou par manque de moyens », fait-elle savoir.

L’impact de ces départs se fait surtout ressentir au niveau de l’économie libanaise. « L’émigration résout peut-être le problème du chômage, mais elle crée d’autres problèmes ailleurs. L’économie devient moins dynamique et compétitive, tandis que les systèmes de sécurité sociale et de pensions sont menacés d’effondrement », explique la chercheuse.

Pour mémoire

Les retraités extrêmement vulnérables face à la crise

Selon elle, un Liban vieilli pourrait perdre sa capacité à innover, tout en voyant réduite la taille du marché du travail. Or ce dernier sera responsable d’une population âgée de plus en plus importante dans un pays où les services sociaux sont quasiment inexistants. « Seul un petit pourcentage des personnes âgées ont accès à une assurance santé privée, tandis que quelque 210 000 seniors bénéficient d’une couverture de la sécurité sociale, souvent à travers leurs enfants », lit-on dans le rapport. De plus, il n’existe pas de véritable système de retraite au Liban pour les employés du secteur privé. Ces derniers n’ont accès qu’à un paiement forfaitaire de fin de service.

« Discrimination fondée sur l’âge »

Or, en raison de la crise, cette somme, souvent déjà timide, suffit encore moins dans un contexte de dépréciation de la monnaie nationale. « Les retraités qui avaient la chance de bénéficier d’une pension de retraite ou d’une indemnité de fin de service ont perdu 90 % de la valeur réelle de ces paiements », explique Sara Salman. Selon une étude de l’Université américaine de Beyrouth, de l’Association des Makassed et de l’UNFPA, 55 % des 580 seniors interrogés ont des difficultés à couvrir leurs besoins « basiques » et 82 % d’entre eux ont dû renoncer à se rendre chez le médecin en 2020 pour des raisons financières. Enfin, 65 % se sentent exclus par « une discrimination fondée sur l’âge ».

Face à cette perspective, et pour s’adapter à une population de plus en plus âgée, l’Escwa recommande dans son rapport au ministère des Affaires sociales la mise en place d’une « stratégie nationale pour les personnes âgées ».

S’il manque encore au projet une source de financement, ses objectifs sont ambitieux. Au programme, la mise en place d’une couverture santé universelle basée sur la notion de solidarité citoyenne et intergénérationnelle, ainsi qu’un système de retraite « convenable » et une meilleure intégration des personnes âgées dans la société. « Aujourd’hui, les personnes âgées ne sont pas bien intégrées dans le marché du travail. Celles qui continuent de travailler le font souvent dans des conditions précaires, puisque le code du travail au Liban ne les couvre pas », affirme la chercheuse de l’Escwa, qui rappelle aussi que les plus âgés ont encore plus de difficultés à accéder à certains services, comme les transports en commun ou les soins de santé.

Or l’accès à ces services profiterait à tout le monde. « Plutôt que de percevoir cette tranche d’âge comme étant catégoriquement dans le besoin, il faut reconnaître le rôle des séniors comme étant des individus actifs et intégrés pouvant apporter beaucoup à la société », peut-on lire dans le rapport. « Par exemple, l’intégration des plus âgés dans le marché du travail en tant que consultants permettrait de profiter de leur expérience », souligne Sara Salman. « Et puis, il faut se rappeler qu’en 2050, ce sont les adultes d’aujourd’hui qui seront les séniors. C’est donc pour le bien de tous qu’il faut agir vite », ajoute-t-elle.


À peine le Liban est-il capable de répondre aux enjeux d’aujourd’hui que ceux de demain pointent le bout de leur nez. C’est ce que révèle une étude de la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (Escwa) sur la transition démographique au Liban publiée à la mi-juin.En effet, le Liban se hisse sur le sommet du podium arabe au niveau de la...

commentaires (2)

Il y aura les iraniens qui prendront la place des libanais ....

Eleni Caridopoulou

15 h 21, le 22 juin 2021

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Commentaires (2)

  • Il y aura les iraniens qui prendront la place des libanais ....

    Eleni Caridopoulou

    15 h 21, le 22 juin 2021

  • LES VIEUX NE SONT ILS PAS PLUS TETUS, PLUS DUR A CONVAINCRE ? MOINS NAIFS ? PT'T ALORS- EN 2050- LE LIBAN POURRAIT ESPERER EN EUX POUR MATER LES TRUANDS AU POUVOIR ?

    gaby sioufi

    10 h 52, le 22 juin 2021

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