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Société - Artisanat

La nouvelle vie du verre brisé du port de Beyrouth

La production de l’atelier de Sarafand connaît un franc succès auprès des Beyrouthins, qui semblent y voir l’espoir d’une forme de renaissance.

La nouvelle vie du verre brisé du port de Beyrouth

Des soliflores et des vases multicolores.

Le verre brisé de Beyrouth trouve désormais une nouvelle vie à Sarafand, prospère cité artisanale du temps des Phéniciens, située en bordure de l’autoroute entre Saïda et Tyr, qui doit ses lettres de noblesse à la fabrication du verre, dont la confrérie des Khalifé, la plus grande famille de la localité, est la dernière représentante. Là, dans le seul atelier de verre soufflé du Liban, qui perpétue les vieilles traditions, des verres, des photophores à la forme creuse, des soliflores et des vases multicolores aux formes arrondies trônent sur des étagères.

Le maître de l’atelier de Sarafand à l’œuvre. Photos Patricia Khoder

« Depuis que mon grand-père a ouvert l’atelier en 1967, notre matière première est le verre brisé que nous recyclons », raconte Nisrine Khalifé, fille et nièce de deux artisans qui font tourner la petite usine située dans une ruelle sur le front de mer. « C’est ici à Sarafand que les Phéniciens ont commencé à produire du verre, avec le sable blond de la plage et le feu », confie Jaafar, le père de Nisrine.

C’est vers le milieu du Ier siècle avant J.-C. que les habitants de Sarafand ont mis au point la technique de la canne de verrier, permettant ainsi d’ouvrir à l’infini le champ des possibilités dans le travail du verre, jusque-là utilisé comme une simple matière d’ornement.

Des étagères d’objets en verre soufflé qui revivront dans les maisons du Liban. Photo Patricia Khoder

Cette civilisation marchande et marine a ensuite diffusé la technique à travers la Méditerranée.Fier de ses « racines phéniciennes », de ses lointains ancêtres dont les ateliers étaient quasiment similaires au sien, il est heureux de recevoir des visiteurs des quatre coins du pays, surtout des habitants de Beyrouth, dont les maisons et les vies ont été touchées par l’explosion du port en 2020. Ayant appris le métier à 16 ans lorsque son père lui a transmis son savoir-faire, il travaille le soir quand tout est calme et reste seul devant le foyer du four en se concentrant sur chaque pièce et soufflant dans sa canne creuse pour donner au verre des formes circulaires. Le septuagénaire Jaafar Khalifé a cumulé durant de longues années deux métiers, souffleur de verre et pêcheur. Il y a un peu moins de dix ans, il a vendu sa felouque et depuis lors passe la plupart de son temps à l’atelier, lui dont la famille a perpétué depuis des générations l’art du travail du verre et qui a appris le métier à ses fils et à ses neveux. Il sait qu’il fait un très beau métier: « Ici, il n’y a que le verre, les flammes et mon souffle. Chaque pièce est unique, j’aime voir comment elle se transforme sous mes yeux, j’aime manier mon souffle avec les flammes. Et puis je suis tranquille, seul avec le four, loin des gens, je me sens beaucoup mieux. »

Des baies vitrées et des pare-brise endommagés par l’explosion à l’entrée de l’atelier de Sarafand. Photo Patricia Khoder

Recoller les morceaux

Sa fille, Nisrine, en charge du marketing, renchérit : « Depuis quelques années, nous travaillions au ralenti. Après le 17 octobre 2019, l’atelier est resté fermé de longs mois et puis l’explosion du port de Beyrouth a produit des tonnes de verre brisé. Nous vendons dans différents endroits de Beyrouth et ici à Sarafand. Depuis l’explosion nous faisons même des livraisons à domicile. »

« Dès les premiers jours qui ont suivi l’explosion, nous avons commencé à travailler. Nous avons construit notre four, car un four à verre soufflé ne peut pas être éteint. Une fois éteint, il s’effrite et il faut en construire un nouveau. Aujourd’hui, nous recevons encore du verre brisé, des vitres, des pare-brises, des baies vitrées, que nous recyclons, la seule condition étant que la vitre soit propre », explique-t-elle en montrant les bennes de verre et les vitres brisées entreposées à l’entrée de l’atelier. Les baies vitrées et les pare-brise sont entassés à côté d’un mur, il y a aussi des bennes, des seaux de métal, tous remplis de verre brisé. Tout ce verre ira dans le four de Jaafar et prendra une nouvelle vie.

Des vitres brisées par l’explosion qui attendent leur nouvelle vie. Photo Patricia Khoder

Depuis quelques mois, le verre de Sarafand, une agglomération à dimension humaine avec ses petits commerces et ses habitants chaleureux, connaît un succès certain auprès de nombreux Beyrouthins qui semblent voir dans les vases et les verres multicolores de la joie, l’espoir qu’un jour, ils pourront recoller les morceaux de leur vie qui a volé en éclats le 4 août 2020, et que tout n’a pas vraiment été perdu.


Le verre brisé de Beyrouth trouve désormais une nouvelle vie à Sarafand, prospère cité artisanale du temps des Phéniciens, située en bordure de l’autoroute entre Saïda et Tyr, qui doit ses lettres de noblesse à la fabrication du verre, dont la confrérie des Khalifé, la plus grande famille de la localité, est la dernière représentante. Là, dans le seul atelier de verre soufflé...

commentaires (2)

Quelle belle initiative !

Valérie HERVY

12 h 46, le 20 juin 2021

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Commentaires (2)

  • Quelle belle initiative !

    Valérie HERVY

    12 h 46, le 20 juin 2021

  • Bravo!

    Yves Prevost

    07 h 02, le 20 juin 2021

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