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Nos Lecteurs ont la Parole

Yalla, réagissons, retrouvons les places publiques

Selon la Banque mondiale, 50 % de la population libanaise vit désormais sous le seuil de pauvreté et le taux de chômage est passé à 40 % de la population active. Nous manquons de tout : d’eau, d’électricité, de téléphone, d’internet, d’éducation, de services de santé, de pain, d’essence et d’argent… La menace d’une taxe de 6 centimes avait provoqué un tremblement de terre, mais tout ce qui a suivi : rien ! L’explosion de Beyrouth ? Rien ! Le dollar à 14 000 LL ? Rien ! L’humiliation de la faim ? Rien. Les queues interminables devant les stations-service qui rappellent les sacs poubelles bien alignés sur le bord des routes ? Rien ! Ou si : tout cela sert à fabriquer des blagues qui circulent à longueur de journée sur les réseaux moquant, ironisant, insultant… Un petit sourire et puis s’en va.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Depuis des années, je me pose la question de savoir si notre résilience n’était pas plutôt synonyme de résignation ? Or aujourd’hui, notre situation dépasse même la résignation. Nous sommes dans la sidération. Pour Ferenczi, lorsqu’on subit un traumatisme, notre moi met en place la sidération comme mécanisme de défense contre la souffrance. C’est comme si nous devenions spectateur extérieur du traumatisme infligé.

Les traumatismes que nous subissons au quotidien – dont l’humiliation continuelle – nous sont tellement insupportables que nous plongeons notre être dans la sidération pour pouvoir faire « comme si » ces humiliations ne nous touchaient pas. Mais elles nous touchent, et plus profondément qu’on ne le croit. Elles blessent le fondement de notre être, notre narcissisme, empêchant toute capacité de réaction. C’est ainsi que les tortionnaires peuvent nous faire subir leurs assauts répétés.

Pourquoi les heures perdues des chômeurs et celles des queues des banques/boulangeries/stations-service ne sont-elles pas plutôt passées sur les places et les croisements qui restent désespérément vides ? La « thaoura » n’a pas réussi à renverser ceux (inqualifiables) qui font semblant de nous gouverner. Oui, « la révolution en chantant » n’a pas suffi. Nous avons peut-être pensé que, comme en 2005, tout serait plié en trois mois. Or le chemin s’est avéré plus long.

L’occupation conjuguée de la « milice et mafia » nécessite que nous sortions de notre sidération qui engendre un cercle vicieux de passivité et nous pousse à subir ceux qui nous mèneront encore plus facilement à l’abattoir et/ou en enfer.

J’entends ici ou là des révolutionnaires de canapé se plaindre de l’absence de leadership. Or qu’y a-t-il dans le mot leadership ? Leader, « zaïm ». Sommes-nous un peuple infantilisé-infantile à la sempiternelle recherche d’un père ?

Haut les cœurs ! Réagissons, retrouvons les places pour, épaule contre épaule, fraternellement, nous débarrasser de ceux que Freud appelle les « pères de la horde primitive » : les ogres qui ont pillé, violé, tué...

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Selon la Banque mondiale, 50 % de la population libanaise vit désormais sous le seuil de pauvreté et le taux de chômage est passé à 40 % de la population active. Nous manquons de tout : d’eau, d’électricité, de téléphone, d’internet, d’éducation, de services de santé, de pain, d’essence et d’argent… La menace d’une taxe de 6 centimes avait provoqué un...

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