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Nos Lecteurs ont la Parole

Qu’avez-vous fait de la République ?

Qu’avez-vous fait de la République ?

Dites, qu’avez-vous fait, vous que voilà, de notre pays ? Appréciez-vous son cadre enchantant ? Les cimes enneigées, la verdure, les pins, les sapins, les cèdres millénaires, le ciel bleu d’azur ! N’avons-nous pas dit du Liban, c’est le paradis sur terre ?

Réalisez-vous que le Liban était à l’avant-garde de sa région par son port, ses banques, ses écoles, ses universités, ses hôpitaux, ses journaux et ses traditions marchandes ? Le savez-vous qu’il se distinguait par une grande liberté d’expression et une grande ouverture sur l’Orient comme sur l’Occident ? Saisissez-vous l’héritage culturel et scientifique de ce pays à travers le professionnalisme de ses savants, écrivains, professeurs, médecins, ingénieurs, juristes, avocats, poètes, artistes ? Connaissez-vous le valeureux potentiel de douze millions de Libanais répartis dans les quatre coins du monde ? Avez-vous écouté le président Macron, dans son discours, à la 75e session de l’Assemblée générale des Nations unies : « Le Liban, disait-il, un trésor pour l’humanité tout entière » ? Et son ministre des Affaires étrangères qui déclarait : « Le Liban est la plus grande force éducative au Moyen-Orient » ?

Par la déflagration criminelle qui s’est produite au port de Beyrouth, le 4 août dernier, les Libanais se sont révoltés contre une classe politique incompétente, oligarchique et corrompue. Et vous, on vous montre du doigt, vous avez bloqué la médiation française, pour ensuite avorter le mouvement populaire. Un jeu machiavélique des plus abominables.

Ciel ! Qu’avez-vous laissé de la République ?

De quel droit les banques confisquent-elles les épargnes des Libanais? Comment vous, acteurs politiques, toléreriez-vous un tel acte d’escroquerie ? Des femmes et des hommes qui ont travaillé dur durant des dizaines d’années pour assurer à leurs enfants une solide formation et, pour eux, une digne retraite bien méritée, vous les privez de leurs droits légitimes, inaliénables et imprescriptibles ! Des jeunes diplômés, qui ont préféré regagner le Liban, pour contribuer au développement de leur pays, des femmes et des hommes qui rêvaient en silence, de quel droit vous les avez exposés à un pillage collectif? De quel droit vous nous impliquez un sentiment d’être injustement expulsés de notre pays ? Le Liban, c’est notre terre, avant qu’il ne soit la vôtre. Les Libanais sont déjà conscients de l’hallucinante et l’inertie criminelle de la classe politique.

Comment admettez-vous l’écroulement de notre système éducatif le plus efficace dans la région ? Consentez-vous l’écrasement de « la plus grande force éducative au Moyen-Orient » ? Êtes-vous conscients que vous êtes responsables du départ définitif des professeurs hautement qualifiés, qui assuraient aux étudiants un niveau exceptionnel, par lequel ils accédaient aux plus prestigieuses universités du monde? Savez-vous que les universités privées au Liban, joyau de l’enseignement, sont déjà confrontées à une crise socio-économique sans précédent, et elles tentent de survivre, et le modèle de l’enseignement privé vacille dans un pays qui s’est brutalement appauvri ?

N’êtes-vous pas responsables de la destruction de notre système sanitaire des plus perfectionnés ? Près de 1 400 médecins spécialistes, des centaines de soignantes et soignants médicaux, hautement qualifiés, ont plié bagage et d’autres suivront. C’en est fini avec un « Liban-hôpital » du Moyen-Orient ! De quel droit commettez-vous ce crime ? Ça ne pèse pas sur votre conscience ?

On vous accuse de complicité de l’hémorragie de toute une jeunesse qui se disperse dans le monde ! Êtes-vous au courant, suivant une étude publiée dans L’OLJ, en 2019, que 41 % de la population libanaise a moins de 24 ans, et le taux de chômage est de 23 % et aussi et surtout qu’il atteint 35 % chez les jeunes diplômés ? Êtes-vous conscients quel tort vous avez fait à toutes les familles libanaises ?

Que reste-t-il de la république ? Vous léguez à une jeunesse vaillante, une république mourante, agonisante avec tant de prestigieux fondements qui tombent en ruine ! Le Liban, modèle éloquent de coexistence harmonieuse et de prospérité, vous l’avez métamorphosé en un lieu de détresse, vous l’avez réduit d’une société d’abondance à une société de pénurie. Le Liban, où scintillent les lumières du Levant, vous y avez contribué à la propagation des ténèbres. Le Liban, lieu idéal qui fait rêver les hommes à élever leur esprit, à mobiliser leur énergie, à consolider leur dignité personnelle et par conséquent nationale, vous avez, en connaissance de cause, implanté le froid silence des individus, vous avez provoqué l’agonie dans les âmes.

Qu’avez-vous fait, vous que voilà, de notre pays ? Vous avez, comme dit un vieil adage allemand, au lieu de garder l’enfant et jeter l’eau sale, vous avez fait l’inverse. Vous avez jeté l’enfant pour ne garder que l’eau sale. Vous nous avez annoncé que 97 % du projet gouvernemental a été accompli ! Oui, effectivement, la destruction systématique est déjà faite ! C’est bien la descente aux enfers. Mais non, bon sang, nous y sommes ! Avec les 3 % restants, que réservez-nous davantage ? Vous nous proposez avec insolence : « Choisissez entre l’obscurité ou le vol de vos épargnes ! » Nous vous indiquons un lieu plus juteux. Une richesse de 340 milliards de mètres cubes d’hydrocarbures attend dans la ZEE. Allez-y vous entre-tuer à la quote-part. Les Libanais sont conscients que depuis la nuit des temps, les voleurs finissent toujours par se voler entre eux.

De quel droit vous nous laissez un Liban laminé, étouffé, malmené, assassiné, atomisé, miséreux ? Voulez-vous nous rendre à la soumission ?!

Vous ne parviendrez pas à vos buts. Notre armée libanaise, notre corps judiciaire veillent scrupuleusement sur le présent et l’avenir de notre pays. Par notre troupe ardente et ses différentes ailes, par nos tribunaux qui ont la plénitude de juridiction, nous vous poursuivrons jusqu’au dernier souffle, et nous déposerons plainte. Si on nous fera défaut, nous irons devant les instances internationales. Ainsi, notre Liban continuera de déployer ses ailes avec grâce. Sachez enfin que l’ennemi n’est pas celui qui te fait face, l’épée à la main. C’est celui qui est à côté de toi, le poignard dans le dos.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Dites, qu’avez-vous fait, vous que voilà, de notre pays ? Appréciez-vous son cadre enchantant ? Les cimes enneigées, la verdure, les pins, les sapins, les cèdres millénaires, le ciel bleu d’azur ! N’avons-nous pas dit du Liban, c’est le paradis sur terre ? Réalisez-vous que le Liban était à l’avant-garde de sa région par son port, ses banques, ses écoles, ses universités,...

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