Le président du Parlement Nabih Berry. Photo d’archives AFP
Le week-end écoulé n’a pas apporté de réelle nouveauté dans la formation du gouvernement, après une semaine pleine de rebondissements et une rupture quasiment consommée entre le camp du président de la République Michel Aoun et celui du Premier ministre désigné Saad Hariri. La seule initiative encore en lice pour rapprocher les deux parties, bien que malmenée par l’animosité grandissante entre les deux protagonistes, est celle du président du Parlement Nabih Berry. Celle-ci repose actuellement, selon des sources bien informées, sur des réunions tenues par des cadres du mouvement Amal et du Hezbollah, selon toute vraisemblance l’ancien ministre Ali Hassan Khalil et le conseiller politique du secrétaire général du Hezbollah Hussein Khalil, avec le chef du Courant patriotique libre Gebran Bassil. Si une avancée est effectuée à ce niveau, les regards se porteront sur le palais de Baabda et sur la Maison du Centre, en vue d’un rapprochement des points de vue autour de la forme que prendrait le futur cabinet. Mais l’heure n’est pas franchement à l’optimisme.
L’initiative de Nabih Berry tourne autour de la formation d’une équipe de 24 ministres, comprenant 8 ministres pour chacun des camps politiques en place (celui du président de la République, celui du Premier ministre désigné et celui du tandem chiite), sans tiers de blocage pour quiconque. Elle jouirait de l’appui du patriarche maronite Béchara Raï, mais aussi de parties internationales, notamment la France, la Russie ou encore l’Égypte. Les informations de l’agence al-Markaziya font état d’un voyage prochain du directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim, à Moscou, où la formation du gouvernement serait abordée.
Samedi, le CPL a une nouvelle fois critiqué cette initiative. Outre le fait que le parti fondé par le président de la République tient à la nomination de deux ministres chrétiens devant figurer dans la « quote-part » du Premier ministre désigné, la formation aouniste a rejeté dans un communiqué « tout coup porté à la Constitution qui contournerait la parité réelle (christiano-musulmane) et établirait de nouvelles règles se traduisant par une répartition par tiers qui ne dit pas son nom ». Le parti fait référence à la répartition de l’équipe gouvernementale suivant la formule des « trois huit ». Le CPL s’est néanmoins dit, à titre exceptionnel, « favorable cette fois » à cette initiative, « si aucune des composantes du gouvernement ne détient plus de huit ministres ».
« Nous renouvelons notre appel au Premier ministre désigné pour qu’il exerce ses fonctions et présente un gouvernement conforme à la Constitution, au pacte national (de 1943) et en accord avec le président de la République », a plaidé le bureau politique du CPL. Selon lui, les Libanais attendent des réformes « sur la base de l’initiative française et des exigences du Fonds monétaire international ». « En cas d’insistance (de Saad Hariri) à ne pas former de gouvernement (...) et de manquements du cabinet sortant à ses devoirs dans la conduite des affaires courantes (...), l’option d’écourter le mandat du Parlement deviendra obligatoire », a menacé le parti, qui n’en est pas à sa première mention d’une possibilité de démissions collectives.
La récusation « sérieusement examinée »
Pour sa part, le président du Parlement a assuré que son initiative pour la formation d’un cabinet de 24 ministres sans tiers de blocage tenait toujours, promettant de ne pas abandonner. Dans un entretien accordé au quotidien al-Joumhouria dans son édition de samedi, Nabih Berry a affirmé qu’il ne se résignera pas face au blocage. « Il est déjà assez dur d’observer l’état du pays et la profondeur de l’abîme dans lequel les Libanais sont plongés. Vont-ils agir et entendre le cri de la faim et la douleur des gens? » s’est-il demandé, dans une allusion aux responsables politiques.
De son côté, le vice-président du courant du Futur, Moustapha Allouche, a rejeté samedi la faute sur le camp aouniste, estimant que « le président et son camp ne répondaient pas à l’initiative de Nabih Berry ». « Nous attendrons que M. Berry dise que son initiative ne tient plus pour considérer qu’elle ne fait plus partie des options possibles », a-t-il lancé dans un entretien radiophonique. Dans ce contexte, il a estimé qu’une éventuelle récusation de Saad Hariri était sérieusement examinée à ce stade. « Cette possibilité est devenue sérieuse depuis un mois », a affirmé M. Allouche. Quant à la démission collective des députés du courant du Futur, elle « pourrait être rediscutée », a-t-il ajouté.




Le royaume de Hades.......
14 h 23, le 07 juin 2021