Le journaliste indépendant Marwan Chahine lançant le projet de formation des journalistes d’investigation, hier, à l’ESA. Photo L.A.
L’explosion du port, la fuite des capitaux ou encore l’assassinat de Lokman Slim sont autant d’événements récents qui mettent en évidence le règne de l’impunité au pays du Cèdre, alors que la justice est paralysée par les interférences politiques. La soif de « vérité », ou plus modestement d’informations claires et objectives, devient d’autant plus forte qu’elle répond notamment à une dynamique révolutionnaire, bien que fragile, qui cherche à rompre avec les anciennes pratiques. Dans ce contexte, le journalisme d’investigation a certainement un rôle de premier plan à jouer. « Les seuls qui enquêtent réellement sur des questions d’une importance publique sont les journalistes d’investigation », affirme Alia Ibrahim, cofondatrice du site d’information Daraj. Pour ajouter une pierre à l’édifice, Expertise France a souhaité offrir une formation à 12 journalistes locaux, pour les familiariser avec les techniques de l’investigation qui se développe depuis quelques années au Liban. Le projet est financé par l’Union européenne. La campagne de formation, qui s’inscrit dans un projet appelé Act Lebanon, a été lancée hier à l’École supérieure des affaires (ESA). « Le projet est né à un moment où le journalisme d’investigation se développe mais est en difficulté à cause de moyens limités », explique Marwan Chahine, journaliste indépendant et coresponsable du projet. « Le journalisme d’investigation joue un rôle de contre-pouvoir. Il peut contribuer à limiter le sentiment d’impunité », ajoute-t-il. Les journalistes qui prennent part à cette aventure pourront notamment bénéficier de l’expertise de Riad Kobeissi, l’un des chefs de file de ce type de journalisme au Liban, mais aussi de celle d’Edwy Plenel, le directeur de la publication de Mediapart, ou encore de l’expérience de Lina Atallah, cofondatrice et rédactrice en chef de Mada Masr.
L’objectif est de renforcer les compétences des journalistes, mais aussi de créer un réseau qui puisse travailler avec la presse étrangère et être à l’avant-garde de la lutte contre la corruption. « Il n’y a pas eu une époque où le journalisme d’investigation a été aussi important. C’est un moyen de résistance », souligne Alia Ibrahim. Une spécialité qui demande toutefois d’importants moyens financiers et du temps alors que tout le secteur de la presse est en crise. « Le journalisme d’investigation coûte cher et il n’y a pas de financement », dit Riad Kobeissi. Autre problème : l’accès aux données dans un pays où la transparence n’est pas de mise. « Le processus d’accès aux données, si elles existent, est extrêmement compliqué et les journalistes ne sont pas formés pour cela. Le travail sur le terrain est également pénible car certaines zones sont inaccessibles du fait qu’elles sont contrôlées par l’armée ou par un parti politique », explique Alia Ibrahim.
« Culture de violence »
Pour pallier cette situation, les médias locaux développent leur relation avec leurs collègues étrangers. « Puisque notre classe politique est présente en dehors du Liban, nous collaborons avec des journalistes internationaux et collectons des données de l’étranger », ajoute Alia Ibrahim. Un métier qui n’est pas sans risques. En 2021, le Liban a été classé à la 102e place sur 180 pays dans le classement annuel de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Entre les partis politiques qui s’en prennent aux journalistes et la justice libanaise qui est utilisée comme outil de répression, les journalistes d’investigation subissent des campagnes de dissuasion. « C’est une culture de violence et d’intimidation. Des personnes ont été tuées à cause de leurs opinions. Celles qui abordent actuellement l’un des sujets les plus importants du pays, à savoir l’économie, risquent d’être ciblées. Leur vie est même en danger. Les seules personnes qui sont poursuivies sont celles qui s’opposent à l’establishment », résume Alia Ibrahim. Là encore, les exemples ne manquent pas. En juillet 2020, le directeur général des douanes libanaises, Badri Daher, a porté plainte contre Riad Kobeissi pour « outrage à fonctionnaire, divulgation du secret d’enquête et provocation ». Celui-ci a été interrogé par l’avocate générale près la cour d’appel du Mont-Liban, Nazek el-Khatib. Il avait alors refusé de s’engager par écrit à ne plus s’en prendre à M. Daher. « Les zaïms font tout pour ruiner notre réputation, ils disent que nous avons un agenda », raconte Riad Kobeissi. Dans un pays extrêmement polarisé, chaque information est en effet considérée comme suspecte puisque faisant potentiellement le jeu de l’autre camp.




Que Dieu protège Riad Kobeissi et tous ceux, comme lui, qui conduisent des investigations méticuleuses et qui dévoilent les vérités et donnent au Peuple libanais et à la Patrie les moyens de localiser et de mettre devant la Justice ceux qui œuvrent contre les intérêts du Peuple. Aussi, Paix à l'âme de Lokman Slim ce grand martyr de la vérité et de la liberté!!
15 h 05, le 05 juin 2021