Le président Michel Aoun lors d'une réunion du Conseil supérieur de Défense, le 3 décembre 2020. Photo Twitter/Présidence libanaise
Le président de la République Michel Aoun, a affirmé mercredi lors d'une réunion du Conseil supérieur de défense qu'en matière de lutte contre la contrebande, "des mesures avaient déjà été prises mais qu'il restait des lacunes à combler", estimant que "la priorité était l'installation de scanners aux points de passage terrestres et maritimes". Le Conseil s'est réuni pour étudier le rapport du ministre sortant de l'Intérieur, Mohammad Fahmi, sur la lutte contre les trafics, rapporte l'Agence nationale d'information (Ani, officielle). Le Conseil a également examiné d'autres questions liées à la sécurité du pays.
La question de la contrebande a été mise sous le feu des projecteurs fin avril après une saisie en Arabie saoudite d'une cargaison de millions de pilules d'amphétamines cachées dans des grenades venues de Syrie via le Liban. Une affaire qui a poussé Riyad à interrompre toute importation de fruits et de légumes libanais tant que le Liban ne se chargerait pas de lutter contre les opérations de narcotrafic vers le royaume. En dépit des protestations des autorités libanaises, du désespoir des agriculteurs du pays et de diverses réunions visant à faire lever l'embargo saoudien, Riyad demeure inflexible jusqu'à présent. Le président de la République, Michel Aoun, avait chargé le ministre Fahmi d'assurer le suivi de cette affaire. Le rapport, qu'il a établi après une tournée aux frontières avec la Syrie, au port et à l'aéroport, dénonce les grandes failles du système douanier libanais et du contrôle des exportations qui souffriraient d'un manque de moyens et d'une absence totale de coordination.
"La question de la lutte contre la contrebande est l'une des priorités pour préserver les revenus financiers de l'Etat libanais, dans ces conditions économiques difficiles", a déclaré le chef de l'Etat. "Des mesures ont déjà été prises mais il y a encore des lacunes à combler, et ce d'autant plus que les opérations de contrebande sont menées par des réseaux efficaces et organisés, experts en contrebande, utilisant des méthodes innovantes et sophistiquées", a affirmé M. Aoun. "Il faut des mesures efficaces pour restaurer la confiance", a-t-il estimé dans ce contexte. "La priorité est l'installation de scanners aux points de passage terrestres et maritimes, en parallèle d'une coordination avec les appareils sécuritaires", a-t-il encore martelé. Or, les scanners de télédétection indispensables à la lutte contre la contrebande sont extrêmement coûteux pour le pays en faillite. Le ministre Fahmi avait affirmé qu'il comptait à ce propos sur les "dons de pays frères et amis".
Le président a par ailleurs évoqué la saisie de tonnes de haschisch au port de Saïda, embarquées en direction de l'Egypte. "Cela redonne confiance dans la surveillance par le Liban de ses postes-frontières", a-t-il estimé.
Pour sa part, le Premier ministre sortant, Hassane Diab, a affirmé que les Libanais avaient le droit "d'élever la voix pour demander la formation d'un gouvernement", alors que les conditions de vie sont de plus en plus difficiles. Toutefois en l'absence d'un cabinet, ils devaient être "protégés du désordre sécuritaire". "Ce qu'il faut, c'est intensifier les patrouilles dans les quartiers, poursuivre les passeurs, contrôler les monopoles et la contrebande, empêcher les vols et garantir la liberté de circulation sur les routes", a préconisé le Premier ministre sortant.
Quant au ministre sortant de l'Intérieur, il a présenté son rapport et a dévoilé "les mesures prises par les services de sécurité, de l'armée et de la douane". "De nombreuses opérations de contrebande ont été interceptées", a affirmé M. Fahmi.
Son rapport propose quelques recommandations sur les mesures à court, moyen et long termes dans un délai d'un an à compter du début de leur mise en œuvre. Le chef de l'Etat a demandé aux parties concernées d'élaborer une feuille de route, dans un communiqué diffusé à l'issue de la réunion.
La majorité des ministres du gouvernement sortant étaient présents lors de ce Conseil de défense, ce qui pousse certains à accuser le président de la République de l'utiliser comme un conseil des ministres en l'absence de gouvernement dans le pays. Le Liban est sans cabinet depuis plus de neuf mois après la démission de celui de Hassane Diab dans la foulée des explosions meurtrières au port de Beyrouth, en août 2020.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine