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Moyen-Orient - Éclairage

L’ombre de l’Iran plane sur le conflit entre le Hamas et Israël

La relation entre le mouvement islamiste et Téhéran est un mariage de raison.

L’ombre de l’Iran plane sur le conflit entre le Hamas et Israël

Une manifestation à Téhéran en faveur de Gaza, le 19 mai 2021. Photo AFP / STR

Alors que les armes se sont tues à Gaza après l’entrée en vigueur vendredi d’un cessez-le-feu qui a mis fin à 11 jours d’une guerre meurtrière entre l’armée israélienne et le mouvement islamiste palestinien Hamas, l’ombre de l’Iran plane sur le conflit.

Dès que la trêve a été conclue, le chef du Hamas Ismaïl Haniyé a salué la « victoire » du mouvement islamiste, remerciant « tous ceux qui ont soutenu la résistance comme l’Égypte, le Qatar et les Nations unies ». « Je remercie la République islamique d’Iran qui nous a aidés avec de l’argent et des armes », a-t-il poursuivi.

La force de frappe du Hamas a surpris l’État hébreu. Plus de 4 500 roquettes ont été lancées sur le territoire israélien entraînant la mort d’une dizaine de personnes. Cette prouesse technique a montré que non seulement le mouvement islamiste a réussi à reconstituer son arsenal depuis la dernière guerre en 2014, mais qu’il a aussi amélioré ses capacités militaires, grâce notamment à l’aide de l’Iran.

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Le soutien militaire iranien au Hamas – mais aussi au Jihad islamique – dans la bande de Gaza est un secret de polichinelle. L’appui de Téhéran va au-delà du simple envoi d’armes. Il s’agit depuis quelques années de transfert de savoir-faire.

Les factions palestiniennes ont importé pendant longtemps – via le Soudan – les roquettes iraniennes à travers les tunnels souterrains de contrebande à la frontière égyptienne, alors que la bande de Gaza est sous blocus israélien et égyptien depuis la prise de contrôle du territoire par le mouvement radical palestinien en juin 2007.

Toutefois, depuis le réchauffement des relations entre Israël et le Soudan d’une part, et le renforcement du siège imposé par Israël et l’Égypte sur la bande de Gaza d’autre part, l’importation d’armes est devenue de plus en plus difficile.

Pour pallier cette situation, Téhéran a changé de méthode, préférant ainsi transférer son savoir-faire aux groupes en question, en leur proposant la formation et la technologie nécessaires pour fabriquer eux-mêmes ces roquettes.

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Cette nouvelle stratégie a été mise en place par l’ancien chef de la Force al-Qods Kassem Soleimani, assassiné en janvier 2020 par les Américains à Bagdad. Elle a été confirmée récemment par le général iranien Amir Ali Hajjizadeh, qui a déclaré en janvier 2021 à la chaîne de télévision al-Manar: « Plutôt que de donner un poisson à un homme, il faut lui apprendre à pêcher », pour expliquer la formation donnée depuis déjà plusieurs années à des ingénieurs appartenant à des factions palestiniennes, mais également à d’autres milices pro-iraniennes en Irak et au Yémen.

C’est ainsi que lors des premiers jours de combats, Israël a sciemment visé et tué, le 12 mai, plusieurs hauts responsables militaires chargés de la fabrication des missiles, à l’instar de Gamal Zabda, chef du développement des capacités technologiques du mouvement, et Khazem Khatib, patron du département d’ingénierie du Hamas.

La main de l’Iran

Suite à l’annonce du cessez-le-feu vendredi, Téhéran a salué une « victoire historique » des Palestiniens et réaffirmé le soutien de Téhéran à leur égard. « Félicitations à nos frères et sœurs palestiniens pour cette victoire historique. Votre résistance a forcé l’agresseur à battre en retraite », a ainsi tweeté Saïd Khatibzadeh, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

Une « victoire » qui a un goût de revanche pour les Iraniens, qui y voient d’abord un succès de leur politique vis-à-vis des Palestiniens, mais aussi un rétablissement de la stratégie de dissuasion avec Israël, surtout après les coups durs reçus dernièrement, comme les explosions sur le site atomique de Natanz et l’assassinat de plusieurs hauts responsables nucléaires, que Téhéran a attribué à l’État hébreu. Sans oublier la guerre par procuration que mènent les deux pays en Syrie et qui semble tourner à l’avantage d’Israël.

Point de vue

La Nakba n’a jamais cessé

« Le soutien iranien a des impacts positifs sur toutes les factions palestiniennes résistantes (Hamas, Jihad, FPLP...) et pas seulement sur le Hamas. Toutefois, on ne peut pas considérer l’Iran comme un gagnant dans cette guerre. Il est important de souligner que dans aucun cas la résistance palestinienne ne mène une guerre par procuration pour l’Iran. Les Palestiniens luttent pour obtenir leur liberté, et l’Iran est l’un de leurs alliés », estime Raed Eshnaiwer, politologue spécialiste du Hamas ayant fait sa thèse sur les relations entre le mouvement islamiste et l’Iran.

« Le Hamas refuse que Téhéran domine son agenda, contrairement au Jihad islamique ou au Hezbollah au Liban », renchérit Alex Vatanka, expert au Middle East Institute à Washington.

Une relation qui dure

La relation entre les deux alliés date d’au moins trente ans, avec des hauts et des bas. « C’est un mariage de raison. Et cela fonctionne jusqu’à ce jour », précise M. Vatanka. Leurs liens ont commencé à se développer après la reconnaissance implicite de l’État d’Israël par l’OLP en 1988. C’est le numéro deux du Hamas à l’époque, Moussa Abou Marzouk, qui lance les négociations avec Téhéran au début des années 1990, lesquelles aboutiront à un accord sur un soutien militaire, financier et politique de l’Iran au Hamas, considéré comme une organisation terroriste par de nombreux États. Des millions de dollars sont alloués chaque année au mouvement radical. Ce soutien s’est fermement accru après la mort du leader palestinien Yasser Arafat en 2004 et le retrait d’Israël de la bande de Gaza en 2005.

« L’Iran postrévolutionnaire a entamé ses relations avec la Palestine (via l’OLP et le Fateh) immédiatement après la révolution. Plus tard, il a développé sa relation avec la Palestine via le mouvement du Jihad islamique, avant d’atteindre le Hamas au début des années 90. Ainsi, le Hamas n’a pas été le premier parti palestinien à établir des relations avec l’Iran. Et jusqu’à présent, les relations entre l’Iran et le Jihad islamique sont plus fortes que les relations entre le Hamas et l’Iran », explique Raëd Eshnaiwer.

Des Iraniens brûlent des drapeaux israéliens lors d’une manifestation à Téhéran contre les frappes israéliennes contre le Hamas à Gaza, le 19 mai 2021. Photo AFP

En dents de scie

Toutefois, plusieurs accrocs ont parcouru cette relation. D’abord en 2006, après la victoire du Hamas aux élections législatives. Téhéran est venu en aide à l’Autorité palestinienne, chassée de Gaza par le Hamas après un bain de sang. Ce n’est qu’à la fin de l’année que les relations ont repris entre les deux parties, suite à une visite en Iran d’Ismaïl Haniyé, alors Premier ministre du Hamas, qui devra jouer à plusieurs reprises l’intermédiaire entre les deux parties. La République islamique s’est alors engagée à apporter une aide de 250 millions de dollars au mouvement islamiste.

La seconde crise entre les deux a eu lieu après le déclenchement de la guerre civile en Syrie, et l’appui iranien au régime de Bachar el-Assad. « Le Hamas est et veut rester indépendant de l’Iran. Il veut prendre autant qu’il peut de l’Iran tout en gardant ses distances, comme on l’a vu au sujet de la Syrie où le mouvement islamiste s’est démarqué radicalement du soutien iranien à Assad », précise Alex Vatanka. « La Syrie est une boucle importante dans ce lien, et la position du Hamas à partir de la guerre syrienne a créé un tournant provisoire sur le plan politique – pas militaire – dans les relations Hamas-Iran », ajoute M. Eshnaiwer.Le soutien iranien, notamment militaire, a toutefois repris, et il s’est fortifié durant les différentes guerres entre Israël et le Hamas à Gaza en 2009, 2012 et 2014. Téhéran aurait approvisionné le mouvement islamiste d’une grande quantité d’équipements durant ces conflits armés. Ainsi, en 2009 par exemple, le chef du Hamas Khaled Mechaal s’était rendu à Téhéran à la fin de la guerre pour remercier l’Iran de son aide durant le conflit, qualifiant l’Iran de « partenaire pour la victoire ».

« Pour l’Iran, le Hamas est un partenaire utile pour deux raisons principales: d’abord, cette alliance rappelle à Israël que Téhéran a des moyens de pression sur l’État hébreu. En cela qu’elle est prête à poursuivre son soutien au Hamas militairement et financièrement. Ensuite, elle donne l’image que l’Iran n’est pas une puissance chiite sectaire, mais qu’elle vise le leadership du monde musulman en entier, surtout après son soutien controversé au président syrien Bachar el-Assad », explique M. Vatanka.

Israël, point commun ?

Quand cela concerne Israël, le Hamas et l’Iran « ont besoin l’un de l’autre au même degré », estime M. Eshnaiwer. « Leur partenariat est mutuellement bénéfique », ajoute M. Vatanka. Toutefois, ils n’ont pas d’objectif commun concernant l’État hébreu. « Le Hamas, en tant que mouvement de résistance palestinien, lutte pour mettre fin à l’occupation israélienne. L’Iran vise à créer un équilibre de dissuasion contre Israël pour être une puissance régionale afin d’intervenir dans la politique mondiale », précise Raëd Eshnaiwer. C’est ainsi que la République islamique intervient en Irak, en Afghanistan, en Syrie, au Liban, à Bahreïn... « Ces interventions dans les différents pays (notamment en Syrie) sont implicitement rejetées par la direction du Hamas, qui a quitté la Syrie en 2012 », ajoute l’expert.

En gros, le Hamas compte rester indépendant vis-à-vis de ses alliés. « Il n’accepte aucun soutien conditionnel, ni de l’Iran ni de personne d’autre. Le Hamas a un haut niveau d’indépendance dans la prise de décision », insiste M. Eshnaiwer. D’où la multiplication des alliances avec d’autres pays. « Téhéran n’est pas en position de dicter sa volonté au Hamas, surtout que le mouvement islamiste a d’autres partenaires prêts à le soutenir comme le Qatar et la Turquie et, dans une moindre mesure, l’Égypte », conclut de son côté M. Vatanka.


Alors que les armes se sont tues à Gaza après l’entrée en vigueur vendredi d’un cessez-le-feu qui a mis fin à 11 jours d’une guerre meurtrière entre l’armée israélienne et le mouvement islamiste palestinien Hamas, l’ombre de l’Iran plane sur le conflit.Dès que la trêve a été conclue, le chef du Hamas Ismaïl Haniyé a salué la « victoire » du mouvement...

commentaires (5)

Tant que les palestiniens mènent leur guerre de libération seuls sur leur territoire et sans une intervention extérieure, les libanais ne peuvent que se réjouir. Avec le temps peut être qu’ils déclareront la guerre au HB qui essaie de les parasiter en faisant plus de mal que leur apporter la moindre aide. Les palestiniens se sont révélés capables de mener une guerre dans un pays occupé et sans l’existence d’une quelconque armée entraînée et disciplinée alors qu’au Liban on prétend ne pas avoir les structures suffisantes pour que notre armée puisse être la seule à défendre ce pays et à protéger son territoire aussi bien à l‘’intérieur que sur ses frontières. Bizarre non? La même ombre règne sur tous les pays en conflits et on se demande comment les américains et les européens n’arrivent toujours pas à mettre un terme à cette expansion de terreur et de guerres non justifiées et continuent de négocier avec les instigateurs de tous ces conflits.

Sissi zayyat

13 h 26, le 24 mai 2021

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Commentaires (5)

  • Tant que les palestiniens mènent leur guerre de libération seuls sur leur territoire et sans une intervention extérieure, les libanais ne peuvent que se réjouir. Avec le temps peut être qu’ils déclareront la guerre au HB qui essaie de les parasiter en faisant plus de mal que leur apporter la moindre aide. Les palestiniens se sont révélés capables de mener une guerre dans un pays occupé et sans l’existence d’une quelconque armée entraînée et disciplinée alors qu’au Liban on prétend ne pas avoir les structures suffisantes pour que notre armée puisse être la seule à défendre ce pays et à protéger son territoire aussi bien à l‘’intérieur que sur ses frontières. Bizarre non? La même ombre règne sur tous les pays en conflits et on se demande comment les américains et les européens n’arrivent toujours pas à mettre un terme à cette expansion de terreur et de guerres non justifiées et continuent de négocier avec les instigateurs de tous ces conflits.

    Sissi zayyat

    13 h 26, le 24 mai 2021

  • Super intéressant ce papier avec des citations d’experts et des commentaires inédits et très éclairants.

    Marionet

    11 h 00, le 24 mai 2021

  • Iran Israël quelle comédie ! Élections Ehud Olmert guerre 2006 Élections Nathanyahou guerre Gaza ! L’épouvantail Iranien est démasqué cherchez autre chose!

    PHENICIA

    09 h 33, le 24 mai 2021

  • ET L,OMBRE PLUS VOYANTE DE LA QUEUE DU CHIEN... SANS COUILLES... EN REFERENCE A UN ARTICLE D,HIER... QUI DISTRIBUE LES TERRES D,AUTRUI A QUI BON LUI SEMBLE.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    08 h 53, le 24 mai 2021

  • L IRAN est le seul pays du moyen orient qui n accueille aucun refugie palestiniens,lesquels vivent dans un sordide apartheid au Liban controle par le HEZB....avec des amis comme les mollahs ,les palestiniens n ont pas besoin d ennemis.....

    HABIBI FRANCAIS

    06 h 49, le 24 mai 2021

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