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Culture - Exposition

Chawki Chamoun : comme la promesse de jours meilleurs...

C’est une exposition « décompressante », une parenthèse apaisante dans un quotidien accablant qu’offre à voir le peintre des grands horizons à la galerie Mark Hachem, avec « Blooming Skies ».

Chawki Chamoun : comme la promesse de jours meilleurs...

Une vue de l’exposition ouverte aux visiteurs « en présentiel » à la galerie Mark Hachem. Photo DR

Il a ramené son incessant défilé de personnages miniatures qui peuplent l’immensité de ses peintures sur les cimaises de la galerie Mark Hachem, dans une nouvelle cuvée de toiles qui « ouvrent le cœur », comme on dit en arabe dialectal. Des œuvres picturales qui vous transportent vers des horizons bleus, clairs et apaisés, traversés d’un grand souffle de vie et d’espoir en des lendemains meilleurs. Malgré tout !

Il n’y a que Chawki Chamoun qui peut réussir la gageure de peindre au cours d’une période si sombre des cieux festifs, des éclosions vivaces, des tourbillons joyeusement colorés… sans que son travail ne paraisse effrontément détaché de la réalité du contexte libanais.

Si la vingtaine de grandes, parfois très grandes, peintures à l’acrylique qu’il présente jusqu’au 1er juin, rassemblées sous le titre Blooming Skies (Cieux bourgeonnants), diffusent en effet un rare sentiment de bien-être, elles n’en évoquent pas moins par certains détails les douloureux moments de ces derniers mois au pays du Cèdre.

Pour mémoire

L’art (valeur) refuge en temps de révolution ?

Ainsi, ce peintre qui parsème de manière récurrente l’espace de ses toiles de touches colorées façon confettis leur a donné cette fois une densité nouvelle, un relief plus aiguisé, que certains spectateurs ne manqueront pas d’interpréter comme étant la représentation des éclats de verre qui se sont abattus sur Beyrouth et ses habitants un certain 4 août de sinistre mémoire.

Peindre à ciel ouvert...

Fidèle à son vocabulaire pictural associant personnages lilliputiens et motifs répétitifs colorés, Chawki Chamoun poursuit une œuvre picturale identifiable entre toutes. Un corpus qui fait référence à cette éternelle marche de l’humanité sur les chemins de la vie. Tout en retraçant en continu, de manière extrêmement subtile, les différentes périodes que traversent le Liban et sa population. Dans une précédente série de toiles, exposées il y a environ six ans dans cette même galerie beyrouthine, l’artiste avait représenté ses personnages miniatures évoluant sous des masses cylindriques verticales qui semblaient les dominer, les écraser presque… Comme une allégorie de la vulnérabilité de l’être humain, son impuissance face aux forces (naturelles ou politiques ?) qui le surplombent.

Les pièces qu’il présente aujourd’hui, réalisées au cours des deux dernières années, portent également l’écho en filigrane de cette période de crises, de souffrances et de confinement entamée par le soulèvement d’octobre 2019 (représenté par un tourbillon coloré), poursuivie par la pandémie de coronavirus et couronnée par l’explosion au port (là aussi une figure tournoyante, mais en noir et blanc). Une période difficile pour Chawki Chamoun comme pour l’ensemble des Libanais, au cours de laquelle l’artiste septuagénaire s’est retranché dans sa maison à Ajaltoun. « Je me suis isolé comme nombre de mes compatriotes, mais dans mon isolement, j’avais la chance d’avoir une terrasse, où je m’installais pour peindre. Cette aire de respiration et le panorama à ciel ouvert qu’elle m’offrait m’ont apporté un certain réconfort, qui a naturellement imprégné mon travail d’un souffle d’optimisme et de sérénité. Il en a résulté cette série d’œuvres qui traduit une certaine espérance en des jours meilleurs pour le Liban, envers et contre tout », confiait-il à L’Orient-Le Jour le soir du vernissage.

Des cieux parsemés d’éclats colorés, verre explosé ou confettis festifs ? Photo DR

L’attente d’une aube nouvelle

En effet, s’il se dégage de la majorité des œuvres accrochées sur les cimaises comme une impression d’attente devant l’immensité, c’est l’attente d’une aube nouvelle que semble figurer Chamoun à travers ses perpétuels minuscules personnages posés, par petits groupes, au bas de ses immenses toiles.

Des hommes, des femmes, des enfants qui tournent immanquablement le dos aux spectateurs, semblant observer l’horizon céleste ou marin qui s’ouvre à eux. « Mes personnages et moi-même regardons dans la même direction. Celle de l’espoir… » affirme l’artiste qui dit avoir résolument foi dans le relèvement du pays.

Et d’ajouter : « Je ne suis pas un peintre de l’affliction. Je n’ai jamais voulu exprimer dans mes œuvres la tristesse ou le chagrin que je pouvais éprouver dans ma vie.

J’ai traversé des moments difficiles durant la guerre. J’y ai perdu mon frère. Et je suis resté 6 ans sans toucher un pinceau. Je ne voulais pas décharger ma peine sur la toile, l’exhiber aux regards. Pour moi, l’art doit être dispensateur de bien-être, de résilience et de valeurs positives… »

Un art qui offre, en somme, un répit dans la violence des jours, une échappatoire d’une vie – et d’une ville – qui a perdu toutes ses couleurs…

« Blooming Skies » de Chawki Chamoun, jusqu’au 1er juin, à la galerie Mark Hachem de Beyrouth (Capital Gardens, Mina el-Hosn. Tél. 01-999313).

Il a ramené son incessant défilé de personnages miniatures qui peuplent l’immensité de ses peintures sur les cimaises de la galerie Mark Hachem, dans une nouvelle cuvée de toiles qui « ouvrent le cœur », comme on dit en arabe dialectal. Des œuvres picturales qui vous transportent vers des horizons bleus, clairs et apaisés, traversés d’un grand souffle de vie et d’espoir en des lendemains meilleurs. Malgré tout ! Il n’y a que Chawki Chamoun qui peut réussir la gageure de peindre au cours d’une période si sombre des cieux festifs, des éclosions vivaces, des tourbillons joyeusement colorés… sans que son travail ne paraisse effrontément détaché de la réalité du contexte libanais. Si la vingtaine de grandes, parfois très grandes, peintures à l’acrylique qu’il présente jusqu’au 1er juin,...
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