Le mufti jaafarite, le cheikh Ahmad Kabalan. Photo ANI
Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, réputé proche du Hezbollah, a appelé à la formation d'un nouveau gouvernement qui se fait attendre depuis plus de neuf mois, estimant que l'absence d'un cabinet mettrait un terme au pays qui souffre d'une grave crise socio-économique et politique.
"Le pays s'effondre, des catastrophes sans fin, des crimes, le chaos, la faim, le désespoir (...), pas de services gouvernementaux, pas de prestige de l'Etat, un pouvoir incapable et une paralysie gouvernementale honteuse (...)", a déploré le dignitaire chiite, à l'occasion de son prêche pour la fête du Fitr, qui marque la fin du mois sacré du ramadan, dans la mosquée de l'Imam Hussein à Bourj el-Barajneh, en banlieue sud de Beyrouth.
Le pays est sans gouvernement depuis plus de neuf mois, après la démission de Hassane Diab, six jours après les explosions meurtrières du 4 août au port de Beyrouth. Désigné Premier ministre en octobre 2020, Saad Hariri n'a toujours pas formé de cabinet, en raison d'un conflit politique l'opposant au président de la République, Michel Aoun et à son gendre, le député Gebran Bassil. Chaque camp se rejette la responsabilité de cette impasse profonde.
"Rester sans gouvernement équivaut à mettre un terme au pays qui a grandement besoin d'un cabinet d'urgence qui mette un terme à l'effondrement" a estimé le cheikh Kabalan. Selon lui, "il ne peut y avoir de sauvetage avant les élections législatives qui seront cruciales cette fois et dans lesquelles les facteurs régionaux, internationaux et locaux vont se mélanger". En 2022, le Liban doit tenir une élection présidentielle, des législatives, et des municipales, mais de nombreux observateurs redoutent le report de toutes ces échéances en raison de la profonde crise politique dans le pays.
"Les Etats-Unis veulent un Liban faible, un Liban défaitiste privé de ses ressources (...)", a encore estimé le dignitaire chiite. Pour lui, "la crise est longue, et nous devons nous acclimater de la nouvelle donne au Liban. Car l'ancien Liban est mort. Il faut travailler dans le calme, avec sagesse, sur un système politique loin du confessionnalisme, car le confessionnalisme politique est le cancer de ce pays". S'adressant aux dirigeants, il leur a conseillé de "ne pas miser sur le silence de la population, car le feu couve sous la cendre".
Enfin, le mufti jaafarite a condamné l'offensive israélienne contre Gaza, alors que des violences opposent depuis quatre jours l'armée israélienne au Hamas, et que des villes judéo-arabes au sein de l'Etat hébreu sont le théâtre d'émeutes. "Ce que les sionistes font contre Jérusalem et Gaza est un crime de guerre qu'ils vont regretter", a prévenu le cheikh Kabalan. "L'époque de la terreur d'Israël est révolu", a-t-il jugé.
Jeudi soir, trois roquettes ont été tirées depuis le territoire libanais vers le nord d'Israël mais elles sont tombées en Méditerranée, selon l'armée. Cet incident est survenu alors que depuis lundi, des violences font rage entre Israël et le Hamas palestinien, faisant plus de 100 morts côté palestinien, la plupart à Gaza, et huit morts côté israélien.


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