Rechercher
Rechercher

Moyen-Orient - Témoignages

« À Gaza, il ne se passe pas une minute sans qu’on entende les avions ou les bombes »

Alors que les bombardements s’intensifient, les habitants de la bande de Gaza craignent le pire.

« À Gaza, il ne se passe pas une minute sans qu’on entende les avions ou les bombes »

De la fumée jaillit après des frappes de l’aviation israélienne hier sur la ville de Gaza. Mahmud Hams/AFP

« Il n’y aura pas de fête cette année. Comment peut-on penser au Fitr entre les destructions, les morts et la peur qui nous hantent ? » Haneen Moustapha Aboujayyab, 23 ans, a déjà connu trois guerres. La tour al-Soussi, l’immeuble à l’ouest de Gaza dans lequel elle vit avec ses parents, ne ressemble plus à grand-chose. Du sable recouvre l’entrée du bâtiment, de la suie tapisse la façade, et des balcons ainsi que des fenêtres ont été arrachés après l’explosion mardi en début de soirée de la tour Hanadi, à une centaine de mètres de là, pulvérisée par l’aviation israélienne. L’édifice de 12 étages abritait, selon les Israéliens, les bureaux de cadres du Hamas. Au troisième jour d’un affrontement armé entre le Hamas et l’État hébreu, les bombardements se poursuivaient avec force hier sur la bande de Gaza, laissant les habitants désemparés à la veille de la fête du Fitr.

« Mardi, peu avant la fin du jeûne, on a reçu l’avertissement qu’il fallait quitter notre appartement au plus vite parce que la tour Hanadi allait être bombardée. Au début, on a refusé de partir de chez nous, mais on a fini par nous y résoudre », raconte Haneen via WhatsApp, visiblement éprouvée. Avant de partir, la jeune femme a pris le soin de dégonder la plupart des fenêtres pour qu’elles ne volent pas en éclats lors de l’explosion. À peine a-t-elle le temps de prendre les sacs préparés à l’avance pour les « urgences » de ce genre, de traîner son père handicapé en chaise roulante avec l’aide des voisins et de soutenir le bras de sa mère puis de chercher une voiture qui tarde à arriver. Dans la rue, les habitants aux visages paniqués se toisent. Haneen a trouvé refuge chez une tante, mais ne parvient pas à dormir, réveillée sans cesse par les secousses des explosions. « On n’a pas peur des juifs parce que Dieu est avec nous. On sait qu’on risque de perdre beaucoup, mais Dieu nous le rendra. Quand je vois ce qui se passe à Cheikh Jarrah ou à al-Aqsa, j’ai envie de me battre contre les Israéliens », dit-elle en référence au quartier de Jérusalem-Est où des familles palestiniennes sont menacées d’éviction au profit de colons juifs et à la mosquée al-Aqsa au cœur d’affrontements depuis plusieurs jours en cette période de ramadan. « On doit se défendre comme on peut parce qu’aucun Palestinien ne pourra plus vivre dans ces conditions », lance encore la jeune diplômée en littérature anglaise.

Fitr endeuillé

À Gaza, 56 personnes sont mortes dans des frappes israéliennes, dont 14 enfants, selon les bilans hier en début de soirée. 335 Palestiniens ont par ailleurs été blessés, dont beaucoup ont été sauvés des ruines fumantes de bâtiments.

Lire aussi

Leïla Seurat : La stratégie du Hamas est à la fois de tirer et de se tenir prêt pour les négociations

Hier, il est près de 13h lorsque Youssef Mema, un jeune infirmier, arrive à l’hôpital al-Chifa, le plus grand complexe médical de la bande de Gaza, dans lequel il travaille. « Aux urgences, il y a des jeunes qui arrivent blessés aux jambes lors des explosions. Au moment où je vous parle, on entend encore des bombardements intenses », raconte Youssef. Dans les images qu’il a partagées dès l’aube sur son compte Instagram, on voit sa rue, déserte. Les gazouillis des oiseaux et le bruit des explosions se confondent. « Ça fait 48 heures qu’on vit dans la peur et qu’on ne sort pas de chez nous. Il ne se passe pas une minute sans qu’on entende les avions ou les bombes », dit-il.

À al-Naffaq, un quartier de l’est de Gaza, cela fait trois jours que Noor Alyacoubi et son mari sont cloîtrés dans leur appartement. « Je n’ose même pas aller chez mes parents à cause des tirs aveugles. On s’était préparés pour la fête, mais notre moral n’y est pas ! On pleure les martyrs, ceux qui ont été expulsés, ceux qui ont tout perdu », confie la jeune femme, traductrice et coordinatrice médias pour l’agence de presse palestinienne Safa.

Depuis le début du ramadan, les Gazaouis ont dû se plier à des restrictions décidées par les autorités par crainte d’une recrudescence de cas de Covid-19, telles qu’une interdiction de sortir durant les week-ends et un couvre-feu à partir de 19h. « En début de semaine, les restrictions ont été levées, les magasins ont rouvert leurs portes, les gens ont commencé à se préparer pour la fête, à acheter des vêtements neufs… Puis la guerre est arrivée et tout s’est arrêté », raconte Noor, mariée depuis cinq mois à peine et qui se faisait une joie d’accueillir les siens chez elle pour la première fois. « Mon mari m’a dit : “Je vais aller acheter des chocolats pour le Fitr”. Je lui ai répondu que ce n’était pas la peine avec ce qui se passe dehors, personne n’a la tête à ça. On est tous déprimés et terrorisés », raconte-t-elle. Les murs des immeubles qui tremblent et les portes qui claquent suffisent à semer la panique dans les foyers, même si l’explosion paraît lointaine. « C’est une vraie vision de guerre entre les avions qui ne quittent pas le ciel et les scènes de dévastation. On sentait l’escalade venir parce que la résistance allait réagir inévitablement à l’oppression israélienne », témoigne Muath Humaid qui vit au nord de la ville. Depuis le début du conflit, cet architecte d’intérieur de 29 ans s’est mué en journaliste-activiste et poste les informations sur ses réseaux sociaux qu’il suit minute par minute.

Lire aussi

Israël masse des soldats près de Gaza et peine à calmer les émeutes sur son sol

« Cela fait plus de 36 heures que je suis debout, je n’arrive pas à fermer l’œil, alors je tweete, je suis de près tout ce qui se passe parce que personne n’est à l’abri », raconte-t-il. Durant les guerres de 2008, 2012 et 2014, sa famille et lui avaient dû quitter leur logement parce que leur quartier avait été fortement frappé. « Je n’ai pas pu aller au bureau. J’ai fait ma comptabilité, et je voulais payer les ouvriers et mes fournisseurs avant le Fitr, mais je n’ai pas pu, dit encore Muath. Je devais aussi récupérer pour un client un meuble commandé chez mon menuisier, mais il y a 30 minutes à peine (hier après-midi), son atelier a été détruit dans une frappe israélienne. »


« Il n’y aura pas de fête cette année. Comment peut-on penser au Fitr entre les destructions, les morts et la peur qui nous hantent ? » Haneen Moustapha Aboujayyab, 23 ans, a déjà connu trois guerres. La tour al-Soussi, l’immeuble à l’ouest de Gaza dans lequel elle vit avec ses parents, ne ressemble plus à grand-chose. Du sable recouvre l’entrée du bâtiment, de la...

commentaires (2)

Dites donc l'OLJ ? Vous persistez a publier des commentaires racistes et haineux, mais quand on ecrit un mot pour les delorer, vous ne publiez pas..... Deux poids, deux mesures ?

Michel Trad

12 h 06, le 13 mai 2021

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • Dites donc l'OLJ ? Vous persistez a publier des commentaires racistes et haineux, mais quand on ecrit un mot pour les delorer, vous ne publiez pas..... Deux poids, deux mesures ?

    Michel Trad

    12 h 06, le 13 mai 2021

  • A chaque ramadane ou fin de ramadane, les integristes palestiniens foutent le bordel , provoquent , de sorte à ce qu'il y ait une riposte israélienne pour pleurnicher auprès du monde entier ( et surtout les pays du pétrole) pour leur piquer du fric. Les civils palestiniens sont leur cobayes voire otages. .. Selon la photo de l'OLJ même, l'aviation israélienne a détruit un immeuble entier abritant des milices islamistes et stock d'armes sans pour autant toucher les immeubles avoisinnants. Sachant qu'ils avertissent avant d'attaquer pour que les civils évacuent. Les palestiniens font ils de même?? On les a connu au liban, pillonant les quartiers résidentiels à vue. Hezbollah, hamas, jihad islamique c'est la même m...de avec des emballages différents. Les civils sont pris en otage. Tous les médias se croient obligés de pleurnicher pour les palesto. Faut pas jouer aux moutons de panurges et répéter ce que les autres disent sans un minimum de réflexion Défendre les palestiniens incitera le hezbollah à intervenir par des missiles croyant que son crédit confiance sera rétabli auprès des libanais. A ce moment, vous réaliserez la bêtise d'avoir défendu ces gens là. Bonne journée et bonne fête aux 2 communautés chrétiennes et musulmanes.

    radiosatellite.online

    00 h 52, le 13 mai 2021

Retour en haut