La députée des Forces libanaises (FL), Sethrida Geagea. Photo ANI
La députée des Forces libanaises (FL), Sethrida Geagea, a appelé mardi le groupe parlementaire du "Liban fort", affilié au Courant patriotique libre (CPL), à se coordonner avec le groupe FL pour une démission collective du Parlement, qui permettrait d'ouvrir la voie à des élections législatives anticipées - la seule solution, selon elle, pour sauver le pays du Cèdre de la crise aux multiples facettes dans laquelle il est englué.
"Il n'y a rien à attendre de quelque gouvernement que ce soit qui serait issu de la majorité actuelle. C'est pourquoi, nous ne sommes pas intéressés par la formation d'un nouveau cabinet", a dit Mme Geagea, reçue par le patriarche maronite, Mgr Béchara Raï, à Bkerké. Même si le gouvernement est formé, il sera une "copie conforme de celui qui l'a précédé", a-t-elle estimé, ajoutant qu'avec la majorité actuelle "aucune réforme n'est possible". Le pays du Cèdre est dans une impasse politique, sans gouvernement apte à réformer le pays depuis plus de huit mois. Le chef d'Etat et le Premier ministre désigné, Saad Hariri, empêtrés dans des rivalités personnelles et un bras de fer sur la composition du cabinet, ne parviennent pas à s'entendre et s'accusent mutuellement du blocage.
Dans ce contexte, les FL et leur chef, Samir Geagea, l'époux de la députée, appellent régulièrement à des élections législatives anticipées et à une démission collective des parlementaires et pointent du doigt la "majorité" au pouvoir, à savoir le CPL, le tandem chiite (Amal-Hezbollah) et leurs alliés pour l'inertie des autorités face à la crise. L'appel à une démission collective était jusque là plutôt lancé par les Forces libanaises en direction du courant du Futur dirigé par le Premier ministre Saad Hariri, et du Parti socialiste progressiste dirigé par Walid Joumblatt, tous deux opposés au CPL. Il intervient alors que dans un discours prononcé samedi, le chef du CPL, Gebran Bassil, avait estimé que le seul moyen constitutionnel permettant de retirer la désignation de Saad Hariri résidait dans une démission du Parlement, brandissant le spectre d'élections anticipées.
"La seule solution est de bâtir à nouveau le pouvoir. Il n'y a pas d'autre moyen de sauvetage que (...) via des élections législatives anticipées. Je saisis l'occasion pour demander au bloc du +Liban fort+ de se coordonner avec nous pour que nous démissionnions tous du Parlement"", a dit Mme Geagea. Le CPL, fondé par le chef de l'Etat Michel Aoun, est le principal rival politique des FL sur la scène chrétienne. Une telle action "mettrait le Parlement en porte-à-faux avec le Pacte national (de 1943) et nous irions vers des élections législatives anticipées", a-t-elle espéré.
"Est-il possible que huit mois après l'explosion au port de Beyrouth, l'enquête locale n'ait donné aucun résultat ?", s'est par ailleurs interrogée Mme Geagea. "Nous n'accepterons pas que la page soit tournée avec le temps", a-t-elle averti. "Nous n'avons aucune confiance dans l'enquête locale en cours - et nous l'avons déclaré depuis le premier instant. Elle n'aboutira à aucun résultat étant donné la structure même du pouvoir en place", a-t-elle jugé, plaidant pour "une commission internationale de divulgation des faits sur ce crime". L'enquête locale, désormais menée par le juge Tarek Bitar, n'a pas encore révélé les causes de la double déflagration du 4 août 2020 qui a fait plus de 200 morts, 6.500 blessés et dévasté des quartiers entiers de la capitale.
Mme Geagea a enfin salué le rôle du patriarcat maronite, "déterminant au cours de l'histoire du Liban", notant son appel à "libérer l'Etat" et à la neutralité, seule bouée de "sauvetage pour le Liban, complètement isolé dans le monde arabe et à l'international". "L'insertion du Liban dans la tourmente régionale, la corruption endémique et la mauvaise gestion de l'Etat ont contribué à la crise économique et sociale qui sévit depuis deux ans et pèse sur tous les citoyens libanais sans exception", a-t-elle déploré.


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