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Politique - Focus

Comment le Hezbollah voit le grand bargain régional

Le parti chiite pense que l’apaisement des tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran lui sera profitable ainsi qu’au Liban.

Comment le Hezbollah voit le grand bargain régional

Les négociations sur le nucléaire iranien en cours à Vienne. Lars Ternes/AFP

Le Hezbollah voit d’un très bon œil les développements diplomatiques en cours dans la région, expliquent plusieurs sources proches du parti à L’OLJ. Des négociations indirectes sont à l’œuvre à Vienne entre les États-Unis et l’Iran pour ressusciter l’accord nucléaire. Si d’importantes divergences demeurent entre les deux parties, les choses vont dans le bon sens et les experts sont plutôt optimistes quant à une conclusion positive. En parallèle, l’Arabie saoudite et l’Iran ont repris langue pour la première fois depuis 2016. Les négociations se sont tenues à Bagdad le 9 avril dernier, après une série de rencontres préalables entre les Iraniens et des délégations égyptienne, jordanienne et émiratie.

Le Hezbollah attendait depuis longtemps ces négociations qu’il perçoit comme une reconnaissance du rôle de l’Iran en tant qu’acteur de premier plan dans la région et comme une occasion de profiter d’une certaine période d’accalmie. Dans son discours du 31 mars dernier, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a demandé à l’Arabie saoudite de saisir l’opportunité d’un dialogue régional et de ne plus perdre de temps. Selon des sources proches du parti, ce message était lié à des informations quant à une accélération des négociations entre les États-Unis et l’Iran qui pourrait, selon l’Iran et le Hezbollah, faire baisser les tensions dans la région. « Le Hezbollah est largement bénéficiaire des négociations en cours », affirme un proche du parti chiite. Ce dernier considère que les tractations régionales vont essentiellement concerner le Yémen, priorité pour l’Arabie saoudite, et que cela pourrait profiter au Liban. « La fin de la guerre au Yémen réduira la pression à laquelle le Hezbollah est exposé au Liban », estime la source précitée. L’Arabie saoudite perçoit le Hezbollah comme une menace pour sa sécurité depuis des années. Hassan Nasrallah a multiplié les attaques contre le royaume dans ses discours et le parti a déployé des hommes en Syrie, en Irak et au Yémen, où Riyad est à la tête d’une coalition en guerre contre les houthis, alliés de l’Iran. Le front yéménite est toutefois loin d’être apaisé puisque les combats font actuellement rage dans la ville de Ma’rib dans ce qui est perçu par les analystes régionaux comme une tentative de l’Iran de faire monter les enchères avant de négocier. Les États-Unis s’activent en effet pour mettre fin à ce conflit sanglant, et l’Arabie saoudite y est aussi favorable à condition que les houthis n’en ressortent pas grands vainqueurs. Lors de sa visite en Arabie saoudite, le 1er avril dernier, le Premier ministre irakien Moustafa Kazimi, qui joue les intermédiaires entre le royaume et son ennemi iranien, a été sondé par les responsables saoudiens sur la possibilité que le Hezbollah pousse les houthis à cesser les hostilités, affirment des sources proches du Hezbollah à L’OLJ. Mais le parti chiite refuse de jouer ce rôle, ce qui a poussé l’Arabie saoudite à entamer des négociations directes avec Téhéran, selon ces sources.

« Les négociations en cours ne concernent pas le Liban »
Le Hezbollah estime que si les choses se calment au Yémen, l’Arabie saoudite sera contrainte d’adoucir sa position au Liban, alors que le royaume considère que le pays est entre les mains du parti chiite. « Les Saoudiens devront accepter la politique de compromis de Saad Hariri et notre participation au gouvernement », estime un proche du parti.

Ce point de vue ne fait toutefois pas l’unanimité. Si l’Arabie cherche clairement à calmer le jeu au Yémen et en Irak, elle n’a pas forcément l’intention pour autant de modifier sa politique au Liban. « Le Liban est au dernier rang des priorités pour l’Arabie, et celui-ci étant en phase d’effondrement, son tour attendra », dit un diplomate arabe de premier rang à L’OLJ. « Les négociations en cours ne concernent pas le Liban », confirme un diplomate occidental à L’OLJ, d’autant que Téhéran souhaite mettre cette carte sur la table uniquement dans le cadre de négociations avec les États-Unis.

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L’Arabie saoudite a posé de nombreuses conditions pour aider le Liban, la première étant le respect des attentes de la communauté internationale sur la mise en œuvre de réformes. Le royaume attend également un changement de discours et d’attitude politique du Hezbollah qui doit, à ses yeux, respecter les résolutions internationales et arabes : mettre un terme à ses attaques contre l’Arabie saoudite et ses dirigeants, s’engager à prendre ses distances et ne pas s’impliquer dans des conflits dans les pays arabes. « Avec la fin de la guerre au Yémen, ces conditions deviendront caduques, car il n’y aura plus de bombardement sur l’Arabie saoudite et que le parti ne pourra plus être accusé de participer à la guerre au Yémen », dit un proche du Hezbollah.

Le parti chiite n’est pas le seul sur la scène libanaise à se féliciter des négociations irano-américaines. Le Premier ministre désigné, Saad Hariri, a toujours considéré que l’évolution des rapports entre Washington et Téhéran entraînerait des changements dans la région et c’est la raison pour laquelle il ne s’est pas frontalement opposé au Hezbollah. « Les négociations en cours peuvent faciliter le processus de formation du gouvernement, ou du moins supprimer de nombreux obstacles », dit un proche de Saad Hariri. Le chef du législatif, Nabih Berry, a été l’un des plus éminents défenseurs d’un tel dialogue et avait même proposé de jouer les médiateurs entre les Iraniens et les Arabes. Walid Joumblatt avait lui aussi précédemment appelé à un dialogue arabo-iranien.

Le Courant patriotique libre parie également sur l’accord irano-américain et considère que l’accession de Michel Aoun à la présidence est le produit de l’accord nucléaire de 2015. « Ces négociations diplomatiques, si elles aboutissent à un accord, peuvent permettre au CPL de se remettre au centre du jeu sur la base de ses bonnes relations avec le Hezbollah », décrypte une source proche du parti de Gebran Bassil. Il ne fait aucun doute que les négociations seront longues et que le Liban est encore au bas de l’échelle des priorités. Mais les partis traditionnels misent beaucoup sur leur issue positive, espérant que cela leur permettra de conserver leur pouvoir.


Le Hezbollah voit d’un très bon œil les développements diplomatiques en cours dans la région, expliquent plusieurs sources proches du parti à L’OLJ. Des négociations indirectes sont à l’œuvre à Vienne entre les États-Unis et l’Iran pour ressusciter l’accord nucléaire. Si d’importantes divergences demeurent entre les deux parties, les choses vont dans le bon sens et les...

commentaires (12)

On parle du Hezbollah et où est le Liban dans tout ça? Le Hezbollah est la gangrène du pays un jour on va lui couper la jambe et il sera boiteux . Inchallah

Eleni Caridopoulou

17 h 31, le 23 avril 2021

Tous les commentaires

Commentaires (12)

  • On parle du Hezbollah et où est le Liban dans tout ça? Le Hezbollah est la gangrène du pays un jour on va lui couper la jambe et il sera boiteux . Inchallah

    Eleni Caridopoulou

    17 h 31, le 23 avril 2021

  • Ça n’existe pas “Bargain” en français ! Vous inventez des anglicismes ! “Marchandage” est plus approprié ! Merci à Issa Goraieb, Fifi Abou Dib et Michel Hajji-Giorgiou de préserver le haut niveau de la langue française dans l’Orient-Le Jour !

    Najjar Karim

    16 h 52, le 23 avril 2021

  • Tractations des uns et des autres pour un Liban exsangue, qui y croit à part les pourris qui nous gouvernent ? Quand tous ces incapables corrompus et criminels vont-ils déguerpirent ? quand il n’y aura réellement plus rien à voler ? Le hezb de Dieu nom de... doit commencer par désarmer, c’est là où on verra s’il est un suppôt de l’étranger ou un parti libanais

    TrucMuche

    13 h 09, le 23 avril 2021

  • La seule phrase que j’ai retenu de cet article est l’intronisation de Aoun contre l’accord iranien sur le nucléaire. Il a beau claironné qu’il est président de la république libanaise, on vous l’a déjà dit il roule pour les iraniens et leurs mercenaires depuis la première heure de sa nomination au poste. Il avait signé un accord avant même d’occuper le fauteuil. Tout le reste est bidon et détails farfelus. Un régime vendu ne peut pas sauver un pays qui est arrivé à un état de décomposition par leurs soins qui occupent les hautes fonctions et viennent nous raconter qu’ils protègent les chrétiens après avoir offerts leurs cous aux geôliers et aux bourreaux.

    Sissi zayyat

    10 h 46, le 23 avril 2021

  • autant dire que seul l'iran s'en fout de ce que les libanais font ou ne font pas suite aux exigences des instances int'l. corruption ou pas, reformes ou pas, ils sont maitres chez nous.

    Gaby SIOUFI

    10 h 23, le 23 avril 2021

  • LES ORGANISATIONS DE MERCENAIRES ET TERRORISTES NE REGARDENT QUE LEUR INTERET. LEUR SURVIE AUX DEPENS DES CITOYENS ET DE L,ETAT. ET DEPUIS QUAND ILS ONT UN MOT A DIRE SUR OU DANS LES POLITIQUES REGIONALES ET SURTOUT INTERNATIONALES ? DU PIPEAU !

    LA CENSURE FULMINE. FINAL POINT DE SOUTIEN A L,OLJ

    09 h 23, le 23 avril 2021

  • Pendant que les grandes puissances retombent dans leur marchandage viennois, l'Axe de l'Imposture renforce son croissant viennois Téhéran - Baghdad - Damas - Beyrouth. L'article ne mentionne pas un autre acteur de premier plan: Israël. Mais ce dernier sait très bien qu'il n'a rien à craindre de l'Axe de l'Imposture. Le colonialisme chiite de l'Axe ressemble très fortement au sionisme et les victimes en sont ni les israéliens ni les palestiniens mais les libanais les syriens et les iraquiens. L'Axe de l'Imposture n'est intéressé que par la colonisation du Liban de la Syrie et de l'Iraq et Israël n'est intéressé que par la colonisation de la Terre Sainte, donc les deux colonialismes cohabitent sans problème. D'ailleurs déjà avec l'accord du croissant viennois de l'Imposture en 2015 c'est la première fois dans l'histoire qu'on a vu Israël dénoncer un fait aussi fort et aussi longtemps sans rien faire de concret pour s'y opposer. Dans cette affaire, Israël a joué le rôle d'un vieux régime arabe qui balance des incartades contre ses ennemis mais qui est impuissant à agir. Et il va probablement continuer à jouer ce jeu là, en lançant de temps en temps une frappe homéopathique contre l'Axe de l'Imposture ou bien un attentat homéopathique. Qui veut encore rester dupe à ce jeu ? Les seules forces sur lesquels les Libanais qui veulent réellement confronter l'Axe peuvent compter ce sont les peuples syrien et iraquien, c'est tout mais c'est déjà beaucoup et nous avons connu pire !

    Citoyen libanais

    07 h 54, le 23 avril 2021

  • Il y-a nôtre Liban et celui du Hezbollah. Ce qui est bon pour ce dernier, ne l'est pas pour le nôtre

    Tabet Ibrahim

    07 h 20, le 23 avril 2021

  • "Le parti chiite pense que l’apaisement des tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran lui sera profitable ainsi qu’au Liban." Que la nouvelle politique américaine menée par Biden soit profitable l'Iran, et donc au Hezbollah, cela semble probable. Mais alors, comment pourrait-elle être profitable, à la fois au Liban et au Hezbollah? Il y a là une évidente contradiction.

    Yves Prevost

    07 h 20, le 23 avril 2021

  • "Le parti chiite pense que l’apaisement des tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran lui sera profitable ainsi qu’au Liban". Que la nouvelle politique américaine, menée par Biden soit profitable à l'Iran, et donc au Hezbollah, cela semble probable. Mqis alors, comment pourrait-elle être profitableau Liban? Il y a l

    Yves Prevost

    07 h 17, le 23 avril 2021

  • "... Téhéran souhaite mettre la carte Liban sur la table dans le cadre de négociations avec les États-Unis ..." - en d’autres termes les Iraniens sont disposés à négocier leur soutien au Hezbollah contre la levée des sanctions Américaines... Le parti chiite se félicite-t’il toujours des négociations irano-américaines?

    Gros Gnon

    02 h 30, le 23 avril 2021

  • À Dieu ne plaise

    Jocelyne Hayeck

    01 h 06, le 23 avril 2021

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