Des policiers pakistanais montant la garde devant le consulat français à Karachi, le 15 avril 2021. Photo AFP / Rizwan TABASSUM
Le gouvernement pakistanais a bloqué les réseaux sociaux et des applications de messagerie instantanée pendant quelques heures vendredi, jour de grande prière hebdomadaire pour les musulmans qui donne lieu à des rassemblements, après plusieurs jours de violentes manifestations anti-françaises.
Ce blocage est intervenu au lendemain de la recommandation faite aux ressortissants et aux entreprises françaises, par l'ambassade de France au Pakistan, de quitter temporairement le pays, en raison des "menaces sérieuses" qui y pèsent sur les intérêts français.
Dans une notification envoyée à l'Autorité des télécommunications pakistanaises (PTA), le ministère de l'Intérieur a réclamé qu'elle impose un "blocage complet" de Twitter, Facebook, WhatsApp, YouTube et Telegram jusqu'à 15h00 locales (11h00 GMT). La PTA a précisé que l'objectif était de "maintenir l'ordre public et la sécurité". Tout est revenu à la normale à peu près à l'heure prévue.
Le message de l'ambassade de France faisait suite à plusieurs jours de violentes manifestations à Lahore (Est) et Karachi (Sud), les deux plus grandes villes pakistanaises, ainsi que dans la capitale Islamabad (Nord), à l'instigation d'un parti islamiste radical, le Tehreek-e-Labbaik Pakistan (TLP), pour réclamer l'expulsion de l'ambassadeur français.
Les partis politiques utilisent fréquemment les réseaux sociaux pour mobiliser leurs militants. Les autorités pouvaient craindre que le TLP n'utilise la prière du vendredi, qui attire de larges foules dans les mosquées, pour attiser le mécontentement de ses partisans.
Les partisans du TLP ont réagi avec colère à l'arrestation lundi à Lahore de leur chef Saad Rizvi, quelques heures après qu'il eut appelé à une marche le 20 avril à Islamabad pour réclamer l'expulsion de l'ambassadeur français.
Plus de 200 d'entre eux ont été arrêtés au cours de plusieurs jours d'affrontements avec la police, ont indiqué à l'AFP des sources policières. Le Premier ministre pakistanais, Imran Khan, a indiqué vendredi que quatre policiers avaient été tués et plus de 600 blessés.
"Ces derniers jours ont été chaotiques", a déclaré à l'AFP Mariam Jamal, qui travaille pour une entreprise de marketing numérique à Lahore. "D'abord, on ne pouvait pas arriver au travail à l'heure à cause des bouchons et des barrages sur les routes, et maintenant on ne peut presque rien faire parce que les réseaux sociaux sont bloqués."
Les manifestations avaient largement décru en intensité vendredi matin. A Lahore un groupe de partisans du TLP continuait toutefois à protester devant une école religieuse, qui est aussi le siège du parti.
Les Français calmes
Le gouvernement d'Imran Khan a tenté en vain pendant plusieurs années de contrôler le TLP, qui a à plusieurs reprises bloqué de larges parties du pays. Mais il a annoncé mercredi que ce parti serait désormais interdit, le qualifiant de groupe terroriste.
Le sentiment antifrançais est exacerbé au Pakistan depuis que le président Emmanuel Macron a défendu le droit à la caricature au nom de la liberté d'expression, au cours de l'hommage rendu à un enseignant tué le 16 octobre après avoir montré des dessins satiriques à sa classe, dans la foulée de la republication de représentations du prophète Mahomet par l'hebdomadaire Charlie Hebdo.
La sécurité a été renforcée auprès de l'ambassade de France à Islamabad, avait constaté jeudi un journaliste de l'AFP. Des conteneurs maritimes ont été ajoutés le long du mur extérieur de l'enceinte pour en protéger l'accès. Mais les Français interrogés par l'AFP semblaient plutôt conserver leur calme. "Il n'y a pas une grosse, grosse inquiétude", a confié l'un d'eux, vivant à Islamabad, sous couvert d'anonymat.
"J'imagine qu'il y a dû y avoir des menaces plutôt sur des intérêts économiques. Mais nous à Islamabad (...), de toute façon avec la situation sanitaire, on ne bouge pas beaucoup de la maison, les écoles sont fermées, on fait profil bas, donc ça ne change vraiment pas grand-chose", a-t-il ajouté.
Les propos de M. Macron, qui avait affirmé que la France ne renoncerait pas aux caricatures, y compris celles du prophète Mahomet, avaient déclenché des manifestations au Pakistan, à l'appel du TLP, et dans plusieurs autres pays musulmans, ainsi que des appels au boycott de produits français.
L'islam dans son interprétation stricte interdit toute représentation de Mahomet. Le blasphème est une question incendiaire au Pakistan, où même des allégations non prouvées d'offense à l'islam peuvent entraîner assassinats et lynchages.
Fin octobre, Imran Khan avait accusé M. Macron d'"attaquer l'islam" et l'ambassadeur de France au Pakistan, Marc Baréty, avait été convoqué pour répondre de la "campagne islamophobe systématique sous couvert de la liberté d'expression" du chef de l'État français. Depuis, les relations sont restées tendues entre les autorités des deux pays.
Dans une notification envoyée à l'Autorité des télécommunications pakistanaises (PTA), le ministère de l'Intérieur a réclamé qu'elle impose un "blocage complet" de Twitter, Facebook, WhatsApp, YouTube et Telegram jusqu'à 15h00 locales (11h00 GMT). La PTA a...


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