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Moyen-Orient - Éclairage

Ankara fait les yeux doux au Caire

Depuis quelques semaines, la Turquie multiplie les déclarations allant dans le sens d’une volonté de dégel des relations avec l’Égypte.

Ankara fait les yeux doux au Caire

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, s’exprimant à Bruxelles, le 21 janvier 2021. Stephanie Lecocq/Reuters

C’était il y a presque 10 ans. L’Égypte vivait encore l’effervescence d’une révolution à l’avenir incertain et la Turquie n’avait pas encore entrepris son virage autoritaire. L’arrivée au pouvoir en juin 2012 de Mohammad Morsi, issu des Frères musulmans, et premier chef d’État égyptien démocratiquement élu, avait inauguré une lune de miel avec Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre à Ankara. Les deux hommes partagent la même sensibilité idéologique et sont soucieux de bâtir ensemble un projet cher au Parti Justice et Développement (AKP) du leader turc : celui d’un « axe démocratique et islamiste » dans la région. Depuis, le coup d’État de juillet 2013 en Égypte a évincé Mohammad Morsi, ce dernier emboîtant alors le pas à Hosni Moubarak, son prédécesseur aux manettes pendant près de trois décennies. Et Ankara a rompu ses relations avec Le Caire à coup de sorties virulentes contre le « putschiste » Abdel Fattah el-Sissi, ouvrant une nouvelle ère, amorcée par l’expulsion réciproque de leurs ambassadeurs et marquée par les conflits sur de nombreux dossiers.

C’est donc un revirement formel – quoiqu’à confirmer sur le fond – qu’annonce la déclaration hier du ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, au sujet de la visite d’une délégation nationale en Égypte au cours du mois de mai. Une démarche qui semble faire partie des efforts de la Turquie en vue d’une amélioration des relations entre les deux États, à une époque où Ankara se retrouve particulièrement isolé sur les scènes régionale et internationale. La veille, M. Cavusoglu avait déclaré concernant de possibles nominations diplomatiques entre les deux pays « ne pas en avoir encore discuté » et qu’une réunion au niveau des ministres adjoints et des diplomates devrait se tenir – sans préciser de date. Interrogé sur la possibilité de rencontrer son homologue égyptien, le chef de la diplomatie turque avait rétorqué : « Pourquoi pas ? Il peut y avoir des visites et des réunions réciproques aussi. » Au cours du mois de mars, des officiels turcs ont confirmé avoir établi les premiers contacts diplomatiques avec Le Caire depuis 2013 dans le but de remettre en état leurs liens avec les rivaux régionaux.

Nouvelle configuration

Plusieurs hypothèses semblent expliquer le réchauffement des relations entre les deux puissances régionales, à commencer par la volonté d’Ankara de briser son isolement dans un environnement changé. « On peut percevoir ici des efforts d’Erdogan pour reconnaître les errements de la politique étrangère turque, surtout en 2020. Il s’agit désormais d’apporter quelques ajustements en faisant preuve de plus de pragmatisme et de moins d’idéologie », avance Kemal Kirişci, spécialiste de la politique étrangère turque au sein du Brookings Institute.

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L’année 2020 aura été celle de toutes les crispations pour Ankara, qui a notamment redoublé d’agressivité en mer Méditerranée et s’est mis à dos une alliance relativement hétéroclite incluant ses adversaires traditionnels – la Grèce et Chypre – ainsi que la France, Israël et l’Égypte. « Derrière ce rapprochement entre la Turquie et Le Caire – qui n’est pas encore acquis – il y a cette idée de détricoter toutes les alliances que la Grèce a nouées ces dernières années en Méditerranée orientale et qui ont contribué à isoler la Turquie », analyse Jean Marcou, professeur à Sciences Po Grenoble et spécialiste de la Turquie. « Ankara sent qu’il y a une espèce de coalition des croisades contre elle. Et elle cherche à ne pas sortir perdante économiquement avec le projet gazier méditerranéen. Il s’agit également de travailler à l’amélioration de l’image de la Turquie, qui est assez mauvaise à l’étranger, avec des conséquences négatives aussi sur la popularité du gouvernement à l’intérieur du pays », décrypte pour sa part Bayram Balci, directeur de l’Institut français d’études anatoliennes à Istanbul. Hier, les ministres turc et grec des Affaires étrangères se sont à cet égard réunis dans le but d’ouvrir la voie à une résolution des sujets de friction qui les divisent. Il s’agissait de la première visite de ce type depuis deux ans, alors que les deux pays ont été au bord de l’affrontement en Méditerranée orientale. Mais l’entrevue s’est achevée avec aigreur, un accrochage verbal ayant opposé les deux hommes publiquement.

Museler l’opposition

Les tensions dans le grand jeu gazier se sont pourtant taries à l’orée de la nouvelle année dans le sillage d’événements diplomatiques majeurs, à l’instar de la levée, en janvier, de l’embargo imposé depuis 2017 par l’Arabie saoudite et ses alliés – dont l’Égypte – au Qatar, allié de la Turquie. Ou encore la formation d’un gouvernement intérimaire d’union nationale en Libye signant l’amorce d’une réconciliation entre les différentes parties ayant pris part à la guerre civile, à savoir l’armée nationale libyenne du maréchal Khalifa Haftar – soutenu par l’Arabie saoudite, l’Égypte, les Émirats arabes unis et, de manière plus tacite, Paris – et le gouvernement d’alliance nationale, largement appuyé par la Turquie. Les signaux turcs en direction du Caire sont aussi à mettre sur le compte de l’élection de Joe Biden à l’élection présidentielle américaine, bien moins complaisant que son prédécesseur Donald Trump face aux manœuvres régionales turques et les libertés prises par Ankara vis-à-vis de ses engagements au sein de l’OTAN, comme l’achat de missiles S-400 à la Russie.

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Pour l’heure, les gestes d’Ankara semblent positivement accueillis par Le Caire, bien que celui-ci se montre plus discret. À ce stade, une normalisation entière des relations reste toutefois hypothétique. Les liens entre les deux pays sont porteurs d’une histoire faite de rivalités et de luttes d’influence. Plus concrètement, l’Égypte est pour l’heure alignée sur les positions grecques concernant le découpage des frontières maritimes. « S’il y a un rapprochement, on a l’impression que c’est la Turquie qui serait davantage gagnante que l’Égypte. Or il n’est pas certain que Le Caire soit prêt à accepter le “deal”, car il pourrait poser des conditions difficilement acceptables pour Ankara », évoque M. Balci. Comme le musellement de l’opposition au maréchal Sissi, exilée en Turquie.

Ankara a cependant déjà pris des mesures allant dans le sens du Caire. En témoignent ainsi les déclarations de membres de médias d’opposition égyptiens basés à Istanbul, le mois dernier, selon lesquelles les autorités locales leur avaient demandé de baisser d’un ton dans les critiques formulées à l’encontre du président égyptien. La requête avait alors été interprétée comme une tentative d’Ankara de faire gage de sa bonne foi envers Le Caire. Un présentateur radio de la chaîne égyptienne basée en Turquie al-Sharq, Moataz Matar, a fait savoir samedi dernier qu’il partait en « congé illimité ». Le célèbre journaliste a précisé ne pas avoir été forcé par son pays d’accueil ou par la chaîne de s’en aller mais qu’il voulait toutefois éviter « d’embarrasser » qui que ce soit. « Je reviendrai quand je serai en mesure de dire la vérité sur al-Sharq, comme je l’ai toujours fait », a-t-il ajouté. Si Istanbul a servi au cours de la dernière décennie de lieu de regroupement pour nombre de médias arabes d’opposition et de dissidents, cette place de choix, dans ces contours actuels, pourrait être compromise.


C’était il y a presque 10 ans. L’Égypte vivait encore l’effervescence d’une révolution à l’avenir incertain et la Turquie n’avait pas encore entrepris son virage autoritaire. L’arrivée au pouvoir en juin 2012 de Mohammad Morsi, issu des Frères musulmans, et premier chef d’État égyptien démocratiquement élu, avait inauguré une lune de miel avec Recep Tayyip Erdogan,...

commentaires (3)

Et le premier ministre Italien Mr. Mario Draghi qu'il a dit que Erdogan est un dictateur , il a été furieux , bravo tu es grand

Eleni Caridopoulou

20 h 59, le 16 avril 2021

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Commentaires (3)

  • Et le premier ministre Italien Mr. Mario Draghi qu'il a dit que Erdogan est un dictateur , il a été furieux , bravo tu es grand

    Eleni Caridopoulou

    20 h 59, le 16 avril 2021

  • Abdel Fatah El Sissi a baissé le caquet de Erdogan, qui rampe aujourd'hui au pied de son maître .

    Le Point du Jour.

    20 h 15, le 16 avril 2021

  • Erdogan est tellement dans la M.. qu'il essaye par tous les moyens de reprendre contact et d'amadouer l'Egypte et Israel.

    IMB a SPO

    15 h 34, le 16 avril 2021

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