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Économie - Infrastructure

Les Allemands détaillent leur plan pour le port de Beyrouth

L’avant-projet s’inscrit dans le long terme et détient un important volet sur l’aménagement urbain autour de la zone portuaire, mais sa mise en œuvre dépendra de réformes concrètes et d’une stabilité politique.

Les Allemands détaillent leur plan pour le port de Beyrouth

De gauche à droite : le président du Conseil économique libano-allemand (LGBC) Élias Assouad, le directeur général de Hamburg Port Consulting (HPC), Suheil Mahayni, le responsable de la zone du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à HPC, Lars Greiner, le directeur général de l’entreprise allemande Colliers, Hermann Schnell, le mohafez de Beyrouth, Marwan Abboud, et l’ambassadeur d’Allemagne au Liban Andreas Kindl, hier à Beyrouth, ainsi que Alia Farès, du Conseil libano-allemand pour l’archéologie et la culture, en visioconférence. Photo M.A.

Attendue depuis plusieurs mois, la proposition de plusieurs entreprises allemandes pour la reconstruction du port de Beyrouth a été finalement dévoilée hier lors d’une conférence de presse programmée sous l’égide de l’ambassade d’Allemagne au Liban. Pendant plus d’une heure, les représentants des sociétés Hamburg Port Consulting (HPC) et Colliers, à l’origine de l’avant-projet réalisé avec l’aide des entreprises Roland Berger et Fraunhofer IMW, ont ainsi livré les secrets de leur plan qui ambitionne de réhabiliter et moderniser la zone portuaire détruite par la double explosion meurtrière du 4 août dernier, mais également d’aménager les espaces urbains environnants, en particulier via des projets immobiliers résidentiels pour toutes les classes sociales. Donc de créer « un système qui inclut les communautés locales », selon Alia Farès, du Conseil libano-allemand pour l’archéologie et la culture.

Toutefois, le directeur général de la HPC, Suheil Mahayni, a souligné auprès de L’Orient-Le Jour que ce ne sera pas un « deuxième Solidere », l’entreprise d’immobilier créée à la fin de la guerre civile et accusée par plusieurs habitants de la capitale d’avoir gentrifié le centre-ville. Un investissement total de 30 milliards de dollars sur 25 ans sera nécessaire et permettra de créer, selon la délégation, plus de 50 000 emplois. Une bonne nouvelle dans un pays qui s’engouffre dans une crise économique et financière depuis plus d’un an, dont la monnaie nationale a perdu plus de 85 % de sa valeur et dont le taux de chômage a atteint 40 % à fin décembre selon la Banque mondiale.

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Mais tous les intervenants ont été clairs : pas de financement sans réformes – réclamées par la communauté internationale – et stabilité politique, alors que le Liban est sans gouvernement depuis l’explosion meurtrière. L’avant-projet, sur lequel les sociétés ont commencé à plancher, officiellement depuis novembre 2020, est pour l’instant au stade de proposition. La délégation, représentant ses concepteurs et formée à l’initiative du Conseil économique libano-allemand (LGBC, pour Lebanese German Business Council), présidé par Élias Assouad, était au Liban depuis lundi et s’est envolée hier soir après la conférence, en ayant entre-temps pu s’entretenir avec le Premier ministre sortant Hassane Diab et le ministre des Travaux publics, Michel Najjar.

Deux étapes

Le projet sera réalisé en deux temps, après le début de la mise en œuvre des réformes attendues par la communauté internationale. Le premier chantier qui sera mis en œuvre, après les routes et les infrastructures de transport internes, sera la création d’une zone de stockage, selon le responsable de la zone du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord à HPC, Lars Greiner. La délégation planche sur un lieu qui suit le lit de la rivière de Beyrouth, une aire en même temps « flexible » pour pouvoir agrandir la zone si besoin, afin d’aider à développer les activités du port. En ce qui concerne les silos, dont les images de leur éventrement ont fait le tour du monde, si Lars Greiner conçoit l’attachement émotionnel des Libanais à cette structure, il indique toutefois que des contenants de céréales de plus petite taille seraient plus adaptés au pays. Il milite aussi pour une aire de stockage des graines plus proche de celle de déchargement et automatisée, « pour être plus efficace dans un plus petit espace ».

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Lars Greiner a en outre indiqué durant la conférence que le terminal de conteneurs ne nécessitait pas de grands changements car sa capacité actuelle peut suivre le développement du port durant les 20 prochaines années. Cette première phase terminée lorsque le nouveau port sera totalement opérationnel, le projet passera à la réhabilitation des zones environnantes pour créer des espaces urbains, en commençant par des zones résidentielles qui permettront à toutes les classes sociales d’y habiter, un point sur lequel l’architecte et urbaniste Hermann Schnell, directeur général de l’entreprise allemande Colliers, a insisté. Car outre la nécessité de fournir des logements à tout le monde, quels que soient leurs revenus, pour attirer les investisseurs de la seconde phase, il est nécessaire de garantir que les structures ne soient pas vides, et donc rentables, explique Hermann Schnell. Il propose également d’aménager des espaces commerciaux, des restaurants, des transports publics (bus ou tramways) et aussi des plages, publiques et privées, en indiquant que l’eau de mer sera filtrée pour que les habitants puissent se baigner. Plus de la moitié (54 %) du lieu consistera en une zone résidentielle, 13 % de cette zone seront réservés aux espaces publics, et le reste sera réparti entre des bureaux et des espaces touristiques (restaurants, bars…), entrecoupés d’espaces verts.

Financements

L’investissement se fera en deux temps. Le premier nécessitera 7,2 milliards de dollars (entre 2 et 5 milliards de dollars la première année selon Suheil Mahayni), provenant d’organisations internationales, comme la Banque mondiale ou encore la Banque européenne d’investissement. Ces dernières investiront dans un trust, un fonds qui s’occupera également de gérer les investissements et garantira la transparence et la gouvernance, points essentiels pour la mise en place de ce projet. Ce fonds s’occupera de la première partie qui concerne directement la reconstruction du port, qui nécessitera entre « 5 et 7 ans », selon le directeur général de HPC, qui précise que le but de ce trust n’est pas de faire des profits, impliquant donc des prêts à faibles taux d’intérêt, sans pouvoir s’avancer sur une estimation.

Cette première opération sera nécessaire pour pouvoir attirer d’autres flux financiers provenant d’investisseurs privés, libanais ou étrangers, qui créeront des zones industrielles, résidentielles ou encore de loisirs. Le montant total de l’investissement pour les deux phases est estimé à 30 milliards de dollars sur 25 ans, et devra créer, selon la délégation, 50 000 emplois. Cette seconde étape est celle qui générera, toujours selon les représentants des sociétés allemandes, des retombées positives pour l’État libanais, à travers les taxes et impôts. Ainsi, toutes les activités devraient générer des revenus estimés à 1,5 milliard de dollars par an à partir de la 16e année, et donc des revenus à l’État libanais de 550 millions de dollars annuellement.D’ailleurs, le premier investissement de 7,2 milliards de dollars générera quand même des profits de 2,5 milliards de dollars à l’État libanais, toujours selon leurs estimations, et ce montant devra être placé dans un fonds et distribué équitablement entre le développement du port, les aides aux familles qui vivent dans cette zone et la reconstruction de la ville, particulièrement les bâtiments traditionnels et culturels.

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Interrogée, la délégation a indiqué qu’elle a présenté son approche au géant français du transport et de la logistique CMA CGM, qui pourrait être, selon les deux représentants de Hamburg Port Consulting, un partenaire du projet. Toutefois, l’approche des sociétés allemandes se démarque de celle évoquée vendredi dans nos colonnes par le transporteur français qui, sans occulter les perspectives de développement à long terme, a préféré se concentrer sur un master plan gérant l’urgence – soit la réhabilitation immédiate des infrastructures sur 18 à 36 mois pour une enveloppe située entre 400 et 600 millions de dollars. D’autres candidats se sont également déclarés, à l’image du bureau d’étude de l’architecte Charbel Abou Jaoudé qui a présenté sa propre vision mardi, ou encore une alliance composée d’entrepreneurs de travaux publics libanais, menée par le président de leur syndicat, Maroun Hélou, et l’ancien président de Gulftainer Liban (l’opérateur du terminal conteneur de Tripoli), Antoine E. Amatouri, qui a annoncé son positionnement à la mi-mars.

La double explosion du 4 août, dont les causes n’ont toujours pas été élucidées, a provoqué d’importantes destructions dans la zone portuaire de Beyrouth ainsi que l’ensemble des quartiers environnants – le souffle de la plus importante des déflagrations avait même été ressenti en montagne à des dizaines de kilomètres du hangar où elles ont eu lieu. Le terminal conteneurs, où sont installées les grues géantes, a été relativement épargné et a pu rester plus ou moins opérationnel depuis. Fin août, une évaluation réalisée par la Banque mondiale, en collaboration avec l’ONU et l’Union européenne, a estimé entre 3,8 et 4,6 milliards de dollars la facture des dégâts liés à la double explosion. Une facture à laquelle s’ajoute entre 2,9 et 3,5 milliards de dollars de pertes liées à l’activité économique.


Attendue depuis plusieurs mois, la proposition de plusieurs entreprises allemandes pour la reconstruction du port de Beyrouth a été finalement dévoilée hier lors d’une conférence de presse programmée sous l’égide de l’ambassade d’Allemagne au Liban. Pendant plus d’une heure, les représentants des sociétés Hamburg Port Consulting (HPC) et Colliers, à l’origine de...

commentaires (6)

Comment voulez-vous que les mafieux renoncent au pouvoir alors que des projets à hauteur de milliards sont en étude pour être réalisées. Leur manque à gagner nécessite forcément le blocage du pays puisque si par miracle ils seront évincés du pouvoir il n’auront pas les commissions et tout ce qui va avec. Ils s’accrochent et se battent pour conserver leurs ministères juteux pour pouvoir se partager les pots de vin qui ont fait d’eux jusqu’à présent des personnes fortunées et s’ils restent malgré tout on aura ni port ni pays on restera au stade de zoo où ses gardiens décideront du sort des fauves récalcitrantes tout en étant payés pour gardiennage.

Sissi zayyat

11 h 49, le 11 avril 2021

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Commentaires (6)

  • Comment voulez-vous que les mafieux renoncent au pouvoir alors que des projets à hauteur de milliards sont en étude pour être réalisées. Leur manque à gagner nécessite forcément le blocage du pays puisque si par miracle ils seront évincés du pouvoir il n’auront pas les commissions et tout ce qui va avec. Ils s’accrochent et se battent pour conserver leurs ministères juteux pour pouvoir se partager les pots de vin qui ont fait d’eux jusqu’à présent des personnes fortunées et s’ils restent malgré tout on aura ni port ni pays on restera au stade de zoo où ses gardiens décideront du sort des fauves récalcitrantes tout en étant payés pour gardiennage.

    Sissi zayyat

    11 h 49, le 11 avril 2021

  • Si ma memoire est bonne la zone du port est sujette a Tsunamis eventuels et raz de maree. Ce n'est pas la peine d'y construire des habitations, remettez juste le port sur pied ,messieurs les allemands et surtout dites nous qui va payer la facture.

    Marie-Hélène

    17 h 41, le 10 avril 2021

  • Aucun projet ne doit voir le jour au Liban avant que les hors-la-loi en place ne soient chassés par la population (et traduits en justice, mais on peut toujours rêver). Et pour les imbéciles finis du Liban Fort qui ne comprennent pas ce langage, qu'ils nous nomment un seul projet de l’État qui ait abouti efficacement sans corruption et qui ait contribué à améliorer la vie des Libanais.

    Robert Malek

    15 h 15, le 10 avril 2021

  • PAS DE FINANCEMENT SANS REFORMES DONT ELLE INCLU LA DISSOLUTIONS DES MILICES IRANIENNES. L,ALLEMAGNE A TRANSPORTE CHEZ ELLE BEAUCOUP PLUS QUE LA CAPACITE DES 72 CONTENEURS DE PRODUITS CHIMIQUES EXPLOSIFS ET MAINTENANT DES DECHATS NUCLEAIRES DE ZAHRANI. TOUS CES CONTENEURS ONT DES OU UN PROPRIETAIRE ENREGISTRE DANS LES REGISTRES DES PORTS. POURQUOI JUSQU,AUJOURD,HUI LE MINISTRE EN CHARGE OU LE PREMIER MINISTRE DIAB NE NOUS REVELENT PAS LES NOMS OU LE NOM DES OU DU PRORIETAIRE ? ON N,OSE PAS ET NOUS SAVONS POURQUOI.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 32, le 10 avril 2021

  • Horrible projet. De nouvelles tours et nouvelles constructions dans la region du port! S'il vous plait reparez le port, les logistiques et aidez les proprietaires a reparez leur immeubles TEL QUELS et c est tout. Faites quelques parcs et quelques commerces BAS si vous le voulez. Mais PAS PLUS D'HABITATIONS. C'est une des rares regions ou on peut respirer. On veut pas de nouveaux quartiers residentiels ni riches ni pauvres.

    Le Liban d'abord

    10 h 27, le 10 avril 2021

  • Très intéressant, cependant je n’ai pas lu la rubrique des commissions à verser à tel ou tel leader politique.... donc ce projet connaîtra le même sort que celui de Siemens pour les centrales électriques. Mesdames et messieurs du monde entier, sachez que nous avons les politiciens et l’administration les plus corrompus de l’univers, donc les premières réformes consistent à se débarrasser d’eux au plus vite avant de penser d’édifier une État à nouveau

    Liberté de Penser

    09 h 35, le 10 avril 2021

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