Des Iraniennes portant masque et visière de protection contre le coronavirus, dans le bazar de Téhéran, le 6 avril 2021. Photo Majid Asgaripour/WANA (West Asia News Agency) via REUTERS
La République islamique d'Iran a franchi officiellement jeudi le seuil symbolique des deux millions de cas confirmés de Covid-19, sur fond d'accélération de l'épidémie avec un nouveau record des contaminations quotidiennes.
Au total, l'épidémie a fait 63.884 morts en Iran sur un total de 2.006.934 personnes infectées, a annoncé Sima Sadat Lari, porte-parole du ministère de la Santé. Au cours des dernières 24 heures, le pays a enregistré 22.586 contaminations supplémentaires, pulvérisant le record précédant, qui ne datait que de la veille.
L'Iran est le pays du Moyen-Orient le plus durement touché par la pandémie. De l'aveu même des autorités sanitaires nationales, les chiffres officiels y sont largement inférieurs à la réalité. La circulation du virus est repartie en flèche avec les congés du Nouvel An persan (cette année du 18 mars au 2 avril), qui mettent traditionnellement le pays entier sur les routes pour des visites à la famille ou aux amis.
Même si le chiffre officiel des morts quotidiens (185 entre mercredi et jeudi) est encore loin du record de mi-novembre (486 morts en 24 h), ce que les autorités présentent comme la "quatrième vague" de la maladie en Iran s'annonce d'ores et déjà beaucoup plus violente que les précédentes.
Le gouvernement modéré-réformateur du président Hassan Rohani est de nouveau critiqué de toutes parts pour sa gestion de la crise sanitaire, et l'exécutif apparaît encore une fois divisé sur les mesures à prendre.
Propagation "météorique"
Les journaux de toutes tendances, des ultraconservateurs aux réformateurs, reprochent avec virulence au gouvernement de ne pas avoir interdit les voyages pendant les vacances de Norouz (le Nouvel An). Les autorités s'étaient alors contenté de conseiller aux gens de ne pas voyager.
Pour le ministre de la Santé, Saïd Namaki, les autorités ont tout simplement "perdu la maîtrise" de l'épidémie. "Malheureusement, personne ne m'a écouté à propos de (la nécessité de limiter) les voyages" pendant les congés du Nouvel An, avait-il déploré lundi.
Au sein de la cellule nationale de lutte contre le coronavirus, "certains nous ont empêchés de saisir l'occasion en or (des vacances de Norouz) pour éteindre le feu du coronavirus", a renchéri mercredi Iraj Harirchi, vice-ministre de la Santé. La contamination est "météorique", a-t-il ajouté, jugeant "très probable" que le pays atteigne le seuil des 600 morts par jour.
Près d'une centaine de villes iraniennes, dont Téhéran, sont classées en "rouge", risque épidémiologique le plus élevé qui impose la fermeture de toutes les activités commerciales "non essentielles".
"Manque de confiance"
"Ils ont autorisé les voyages et Téhéran est redevenue rouge", s'emporte Mohsen, un commerçant. "Ils font couler les affaires des gens parce qu'ils autorisent les voyages et maintenant ils nous disent de fermer pour dix jours", dit-il à l'AFP. "Pourquoi ? C'est eux qui vont payer mes impôts ?"
Dans un entretien accordé au journal Ebtékar, Payam Tabressi, chef du département des maladies infectieuses à l'hôpital Massih-Danechvari de Téhéran, estime qu'un confinement de la capitale d'"au mois deux semaines" est "le seul moyen de contrôler la situation".
Face à l'épidémie, l'Iran n'a jamais imposé de confinement généralisé à ses 82 millions d'habitants ou à l'échelle d'une ville ou d'une région.
La pandémie "est vraiment devenue quelque chose de normal pour les gens", déclare à l'AFP Fatemeh, infirmière à Téhéran : "Ils pensent que le coronavirus ne va pas disparaître, comme la grippe, et donc qu'il faut vivre normalement". "Je vois beaucoup de gens qui ne daignent même pas porter de masque et qui se moquent des consignes" sanitaires, déplore-t-elle.
Cité par le quotidien gouvernemental Iran, Hadi Khaniki, professeur de communication, attribue le mépris de nombre d'Iraniens pour les conseils ou les consignes de l'Etat à un "manque de confiance et à un fossé" entre la population et les autorités.
Comme tant d'autres pays, la République islamique compte sur les vaccins pour sortir de la crise sanitaire mais la campagne de vaccination, lancée début février, n'avance pas aussi vite que l'auraient souhaité les autorités, qui espèrent lancer rapidement la production d'un ou plusieurs vaccins iraniens actuellement en phase d'essais cliniques.


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