Le président russe, Vladimir Poutine. Photo Sputnik/Alexei Druzhinin/Kremlin via REUTERS
Plusieurs groupes de défense des droits humains ont appelé les Russes à prendre conscience des crimes commis par leur pays depuis son intervention militaire en Syrie, publiant vendredi un rapport accablant en la matière.
Ce rapport, le premier d'ONG russes consacré au conflit syrien, publié à l'occasion du 10e anniversaire de la guerre dans ce pays, veut mettre un coup de projecteur sur les victimes des opérations militaires russes, sujet tabou dans les médias pro-Kremlin. Ses conclusions viennent contredire le discours officiel de Vladimir Poutine qui présente son armée comme étant engagée dans un combat juste pour sauver de "terroristes" le pouvoir légitime du président Bachar el-Assad.
L'intervention a changé le cours de la guerre, au prix de nombreuses victimes civiles, estime le rapport rédigé par la principale ONG russe Mémorial et plusieurs autres organisations. Le texte de 200 pages cite plus de 150 témoins des évènements en Syrie.
"L'écrasante majorité de nos interlocuteurs ne voient pas la Russie comme un sauveur, mais comme une force étrangère destructrice dont l'intervention militaire et politique a contribué à renforcer le criminel de guerre à la tête de leur pays", ont déclaré ces ONG. "Certaines des personnes interrogées ont révélé qu'elles-mêmes ou leurs proches avaient été victimes des bombardements russes", ajoute le texte. Le rapport exhorte Moscou à mener des enquêtes indépendantes sur les bombardements de son armée en Syrie et à verser des indemnités aux victimes.
Les auteurs n'ont pas pu entrer en Syrie mais ont interrogé des Syriens ayant fui la guerre au Liban, en Jordanie, en Turquie, en Allemagne ou en Russie. Préparé pendant deux ans, le document accuse Moscou d'abus, en ayant bombardé sans discernement des civils ou soutenu un régime accusé de nombreuses atrocités, comme l'usage d'armes chimiques, ou d'utiliser l'arme de la faim contre des villes assiégées.
"Six mois après le début des bombardements russes, il y avait plus de victimes qu'en deux ans de bombardements syriens", déclare une habitante du bastion rebelle de Waer, à Homs (est), qui fut assiégé de 2013 à 2016 et ne pesait plus à un moment que 33 kilos.
Les auteurs disent vouloir que le plus grand nombre possible de Russes lisent leur enquête et "comprennent leurs responsabilités dans ce qui se passe en leur nom en Syrie". "Nous nous sentions à la fois amers et honteux de la façon dont les Syriens que nous avons interviewés considèrent les Russes", affirment-ils.


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