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Société - La Psychanalyse, ni ange ni démon

Deuil fini, deuil infini

« Les hommes ne sont jamais aussi près de se réconcilier que quand ils se font la guerre », René Girard.

Dans Achever Clausewitz, René Girard s’interroge sur une de ses affirmations : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. » Les notions de « duel », « d’action réciproque » et de « montée aux extrêmes » montrent le « mimétisme » chez les ennemis. Mais après la griserie et l’ivresse de la bataille, un lien les unit : le deuil.

À part les traits culturels des rites qui organisent le deuil, ses invariants structuraux sont universels. Et nous tenons cela de nos ancêtres.

Alors que pendant la Grande Guerre la propagande pousse les enfants à haïr l’ennemi et à idolâtrer sa patrie, Freud analyse dans Totem et tabou les pratiques du deuil chez nos ancêtres. Le « deuil de l’ennemi » est décrit comme étant aussi douloureux que celui d’un proche et beaucoup plus strict dans son déroulement. Le guerrier qui revient chez lui triomphant pour avoir gagné la guerre et pour avoir tué le chef ennemi est obligé d’en faire le deuil. Il lui est par exemple interdit de rentrer dans sa tribu sans avoir accompli des rituels précis. Il doit rester à l’extérieur de la tribu, parfois pendant de longs mois. Il doit vanter les vertus de l’ennemi et même reconnaître que, dans un autre contexte moins favorable, il aurait pu lui-même être la victime.

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La culpabilité dans le deuil est fondamentale, elle provient directement de la haine du mort qui est le premier sentiment éprouvé par l’endeuillé. Je t’en veux de m’avoir abandonné, je m’en veux de t’en vouloir (puisque tu es mort et je suis toujours vivant), puis je t’en veux de m’avoir mis dans cette situation pénible, etc. Cette ambivalence des sentiments amour/haine va accompagner l’endeuillé tout le long de son deuil. Elle ira en s’apaisant et l’endeuillé peut alors faire la paix avec le mort. C’est la fin du deuil.

En médecine, plus particulièrement en psychiatrie et encore plus pour la psychanalyse, un deuil qui se prolonge au-delà d’une certaine limite est un « deuil pathologique ». L’endeuillé ne vit plus. Il délaisse ses proches, enfants, parents, amis et n’a de pensées que pour le mort. On le perçoit nettement lorsqu’un enfant, longtemps après la mort d’un frère ou d’une sœur, interpelle ses parents ainsi : « Mais moi je suis encore en vie et j’ai besoin de vous. »

Au-delà d’une certaine limite de temps décrite par les codes socioculturels qui fixent des dates, l’endeuillé montre une très forte ambivalence à l’égard du défunt. À l’écoute de ces patients qui au début enjolivent leurs relations avec le défunt (où il n’est question que de père idéal, de mère idéale, de frère idéal, d’une sœur idéale, d’enfant idéal ou d’un combattant idéal, etc.), le psychanalyste entend comme le grondement d’un volcan qui n’a pas encore explosé : la haine. Cette haine du mort est essentielle et le deuil ne peut se faire sans elle.

Un très bel exemple de deuils empêchés fut les cas des enfants des soi-disant héros de la Première Guerre mondiale. La propagande de l’époque faisait des soldats morts pour la France des héros de guerre, alors qu’ils servaient de « chair à canon ». Du coup, leurs enfants ne pouvaient pas leur en vouloir d’être morts et donc ne pouvaient pas faire leur deuil.

Une découverte dans les archives de deux écoles primaires du 18e arrondissement de Paris montre pas moins de mille dessins réalisés par les enfants pendant la guerre. Une historienne, Manon Pignot, en publie une grande partie dans un très beau livre, La guerre des crayons (éditions Parigramme, 2004). Avec l’aide d’un psychanalyste, Roland Beller, l’analyse des dessins montre une très grande ambivalence envers les pères morts à la guerre et particulièrement une très grande haine. Une aggravation de la dette symbolique envers les pères morts à la guerre pousse les enfants à se priver de gâteaux, de friandises et à s’imposer une mortification.

Mais cela ne suffit pas. Le sacrifice des pères/soldats n’a pas d’équivalent et ne peut être racheté que par un sacrifice du même ordre : seule la mort peut racheter la mort. Les générations suivantes subiront et transmettront cette culture de la mort.

Voilà où peut mener le deuil empêché quand on idéalise les soldats en en faisant des héros ou des martyrs. Puisse le Hezbollah entendre.


Dans Achever Clausewitz, René Girard s’interroge sur une de ses affirmations : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. » Les notions de « duel », « d’action réciproque » et de « montée aux extrêmes » montrent le « mimétisme » chez les ennemis. Mais après la griserie et l’ivresse de la...

commentaires (3)

Lorsqu’on est nourri au biberon de la haine de l’autre et que le sacrifice de soi est le seul moyen d’assurer la survie de ses proches qui ne seront sauver de la faim qu’au prix du sang de leurs jeunes sacrifiés pour une cause aussi absurde qu’incompréhensible pour le commun des mortels, comment arriver à philosopher ou mettre en question la raison du bourreau qui a instauré depuis des décennies cette pratique qui est devenue une coutume chez les plus démunis pour que seul leur zaïm triomphe par leur mort bon marché mais lui procure une satisfaction personnelle du héros même maudit entre quatre murs par les proches du défunt. On entend certaines femmes de ce milieu démuni de tout surtout d’éducation dire leur fierté du sacrifice de leurs rejetons et parler de la générosité de ces bourreaux parce que depuis le sacrifice de ces derniers, la famille jouit d’un salaire mensuel, d’une maison et d’un mausolée édifié en leur souvenir. On revient toujours au rôle de cet état qui a délaissé ses enfants et les a jeté dans les griffes des assassins sans âme ni conscience pour en faire des armes en chair et en os pour leur propre gloire. Le chemin sera long pour changer la mentalité et faire comprendre à ces pauvres gens que leur deuil est à faire et que le seul moyen serait de se défaire de cette emprise sur eux et leurs enfants parce que la vie est plus précieuse que n’importe quel autre bien acquis au prix du sang de leurs enfants.

Sissi zayyat

13 h 17, le 03 avril 2021

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Commentaires (3)

  • Lorsqu’on est nourri au biberon de la haine de l’autre et que le sacrifice de soi est le seul moyen d’assurer la survie de ses proches qui ne seront sauver de la faim qu’au prix du sang de leurs jeunes sacrifiés pour une cause aussi absurde qu’incompréhensible pour le commun des mortels, comment arriver à philosopher ou mettre en question la raison du bourreau qui a instauré depuis des décennies cette pratique qui est devenue une coutume chez les plus démunis pour que seul leur zaïm triomphe par leur mort bon marché mais lui procure une satisfaction personnelle du héros même maudit entre quatre murs par les proches du défunt. On entend certaines femmes de ce milieu démuni de tout surtout d’éducation dire leur fierté du sacrifice de leurs rejetons et parler de la générosité de ces bourreaux parce que depuis le sacrifice de ces derniers, la famille jouit d’un salaire mensuel, d’une maison et d’un mausolée édifié en leur souvenir. On revient toujours au rôle de cet état qui a délaissé ses enfants et les a jeté dans les griffes des assassins sans âme ni conscience pour en faire des armes en chair et en os pour leur propre gloire. Le chemin sera long pour changer la mentalité et faire comprendre à ces pauvres gens que leur deuil est à faire et que le seul moyen serait de se défaire de cette emprise sur eux et leurs enfants parce que la vie est plus précieuse que n’importe quel autre bien acquis au prix du sang de leurs enfants.

    Sissi zayyat

    13 h 17, le 03 avril 2021

  • Le deuil du Hezbollah , ils sont fort pour ca , Allah ou Akbar .....

    Eleni Caridopoulou

    18 h 48, le 02 avril 2021

  • Je me demande si vraiment les guerres au nom d Allah (Hezbollah ou Daesh) posent ce regard sur l ennemi et si leurs combattants eprouvent " Le deuil de l ennemi: deuil aussi douloureux que celui d un proche et aussi strict dans son deroulement " vu que leur combat releve d une guerre sainte et d une fin transcendatale.

    diala yafi

    10 h 16, le 02 avril 2021

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