Entretiens Entretien

Issa Makhlouf : « Baudelaire m'a fait découvrir le lien entre poésie et pensée. »

Le poète et critique libanais Issa Makhlouf a répondu à deux questions de L'Orient littéraire à propos de l'influence de Baudelaire sur la poésie arabe et sur son propre parcours.

Issa Makhlouf : « Baudelaire m'a fait découvrir le lien entre poésie et pensée. »

D.R.

Selon vous, Baudelaire a-t-il influencé des poètes arabes ?

Le rapport des poètes arabes à Baudelaire ne diffère pas sensiblement de celui qu’ils ont eu avec d’autres poètes qui ont révolutionné la poésie française dans la deuxième partie du XIXe siècle, tels Rimbaud, Lautréamont et Mallarmé. C’est la modernité poétique qui attire les poètes de l’autre rive de la Méditerranée plus qu’une œuvre déterminée. L’exemple le plus frappant est celui du poète libanais Élias Abou Chabaké qui a trouvé en l’œuvre de Baudelaire l’une de ses sources d’inspiration, tout en conservant une vision différente quant aux thèmes concernant la femme, la mort et la relation à la nature. Son rapport aux Fleurs du Mal ressemble à celui de Gibran Khalil Gibran vis-à-vis de Ainsi parlait Zarathoustra. Tous les deux étaient épris du souffle de la modernité qui émane de cette œuvre ou de l’autre, sans pour autant dépasser une influence très limitée.

Que représente-t-il pour vous ? Quelle est son influence sur votre propre culture ou sur votre œuvre poétique ?

Baudelaire est l’un des poètes et écrivains qui ont marqué ma culture et ma sensibilité poétiques. Auprès de son œuvre, j’ai découvert le lien entre poésie et pensée. Poète et critique d’art et de littérature, il a accompagné les changements qu’a connus l’Occident avec la montée de l’ère industrielle et technologique. Contrairement aux thèses de la modernité dans le monde arabe, partiales, confuses et hésitantes, rebelles alors que tout ce qui les entourait était stable et statique, la modernité poétique occidentale faisait partie d’un changement significatif qui englobait tous les aspects intellectuels, scientifiques, techniques, sociaux et économiques. La communication entre la pensée, la philosophie et les sciences d’une part, et la critique littéraire et artistique d’autre part, a joué un rôle important dans la consolidation des concepts de modernité. Certains poètes et écrivains ont été des penseurs et des critiques, de Charles Baudelaire à Oscar Wilde en passant par Virginia Woolf, T. S. Eliott, Yves Bonnefoy et Octavio Paz. Ce dernier disait qu’« une littérature sans critique n’est pas une littérature moderne ». Pour lui, la critique non seulement cristallise l’acte littéraire, mais représente aussi « la seule défense contre le monologue du pouvoir ».

La révolution poétique ne pose pas seulement le problème du style, mais aussi celui d’ordre philosophique et existentiel. Dans sa poésie, Baudelaire s’approche des zones obscures de l’âme humaine où le soleil noir reflète la solitude et les aspects néfastes de la ville moderne. C’est ainsi qu’au désespoir s’oppose l’idéal, que du mal, le poète extrait la beauté. Ce projet poétique, Baudelaire l’a résumé comme suit : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or ».


Selon vous, Baudelaire a-t-il influencé des poètes arabes ?Le rapport des poètes arabes à Baudelaire ne diffère pas sensiblement de celui qu’ils ont eu avec d’autres poètes qui ont révolutionné la poésie française dans la deuxième partie du XIXe siècle, tels Rimbaud, Lautréamont et Mallarmé. C’est la modernité poétique qui attire les poètes de l’autre rive de la...

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