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Monde - Contestation

Meurtrie par la guerre, l’Arménie en proie aux troubles politiques

Meurtrie par la guerre, l’Arménie en proie aux troubles politiques

Des partisans du Premier ministre Nikol Pachinian manifestant à Erevan, le 1er mars 2021. Photo Reuters

Mari Hovhannissian, enceinte de six mois, ne peut contenir sa rage quand elle exige la démission du Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, plus de trois mois après une désastreuse défaite militaire face à l’Azerbaïdjan. « Je suis contre ce régime, contre ce traître qui a vendu notre pays, notre drapeau, notre nation, tonne la jeune femme de 36 ans. Il doit aller en prison, il ne peut pas rester à sa place. »

En cette journée d’hiver, plusieurs milliers de personnes manifestent autour d’elle contre le gouvernement à Erevan, agitant le drapeau rouge, bleu et or de l’Arménie. À un kilomètre de là, Nikol Pachinian est lui aussi de sortie. Il harangue une foule bien plus nombreuse, réunie sur la place de la République. « Si l’opposition parlementaire est d’accord pour des élections anticipées, nous serons aussi d’accord », lance le Premier ministre, à travers un mégaphone. « Seul le peuple peut décider qui restera au pouvoir », martèle-t-il.

L’Arménie, un pays pauvre et montagneux du Caucase, traverse une profonde crise politique depuis sa débâcle dans la région indépendantiste du Haut-Karabakh face à son ennemi juré : l’Azerbaïdjan. Après six semaines de combat ayant fait plus de 6 000 morts, le gouvernement arménien a été contraint mi-novembre d’accepter un cessez-le-feu, sous la médiation de Moscou, qui a consacré d’importants gains territoriaux pour l’Azerbaïdjan et le déploiement de forces de maintien de la paix russes. L’Arménie a notamment perdu la ville symbolique de Choucha et des territoires entourant cette région qui avait fait sécession de l’Azerbaïdjan au début des années 1990, lors d’un premier conflit ayant causé la mort de 30 000 personnes.

La défaite de l’automne 2020, après des décennies de rhétorique guerrière célébrant la victoire des années 1990, est un important revers historique pour Erevan. Trois mois plus tard, « une trop grande partie de l’Arménie, y compris l’armée et le gouvernement, est toujours dans le déni », note Richard Guiragossian, directeur du Regional Studies Center, un centre de réflexion basé à Erevan. Dès lors, le pays « ne peut pas faire son deuil », estime l’expert.

Retour de la vieille garde ?

À cela s’ajoute le bras de fer entre l’opposition et le Premier ministre, qui refuse de quitter le pouvoir malgré la défaite. La semaine dernière, Nikol Pachinian a même crié à la tentative de coup d’État militaire après que son état-major a appelé à sa démission.

Arrivé au pouvoir en 2018 à la faveur d’une révolution pacifique, le Premier ministre s’écharpe désormais avec le président, Armen Sarkissian, qui refuse de signer la démission du chef de l’armée, ordonnée par Nikol Pachinian.

Lundi, M. Pachinian, 45 ans, a bien évoqué la possibilité d’élections anticipées pour débloquer la situation, mais aucun accord précis n’a été annoncé pour l’heure.

« En cas d’élections libres et honnêtes, le parti de Pachinian conserverait sans doute une majorité parlementaire réduite mais qui fonctionne », affirme Richard Guiragossian. Le Premier ministre profite en effet de « l’absence de rival crédible » au sein d’une opposition « très impopulaire et profondément discréditée », selon M. Guiragossian.

C’est que les principaux soutiens de l’opposition semblent être issus de la classe dirigeante renversée lors de l’arrivée au pouvoir de Nikol Pachinian. Les partisans de ce dernier affirment que la vieille garde, en embuscade, compte sur la crise en cours pour revenir dans le jeu. « On ne veut pas du retour de ceux qui ont volé l’Arménie », affirme Aïda Ghevondian, une professeure d’anglais de 60 ans, présente lundi à la manifestation pro-Pachinian. « Ils disent que Pachinian est coupable de la guerre. Mais les gens qui étaient au pouvoir avant lui sont coupables de s’être enrichis et de ne pas avoir renforcé l’armée », poursuit-elle.

Alors que le pays est secoué par les remous politiques, beaucoup d’Arméniens semblent plutôt se concentrer sur les nombreux soucis de l’après-guerre. « Beaucoup de gens ressentent de l’apathie, de la fatigue, de la réticence et un manque de confiance envers les deux camps », pointe Alexandre Iskandarian, responsable du Caucasus Institute à Erevan. Et peu importe l’évolution de la situation, la rancœur et les divisions pourraient durer longtemps. « Les turbulences vont continuer, peu importe le scénario. Aucun doute là-dessus », estime Alexandre Iskandarian.

Max DELANY/AFP


Mari Hovhannissian, enceinte de six mois, ne peut contenir sa rage quand elle exige la démission du Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, plus de trois mois après une désastreuse défaite militaire face à l’Azerbaïdjan. « Je suis contre ce régime, contre ce traître qui a vendu notre pays, notre drapeau, notre nation, tonne la jeune femme de 36 ans. Il doit aller en prison,...

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