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Nos Lecteurs ont la Parole

Requête pour l’application des résolutions restaurant la paix et la sécurité au Liban

Lettre ouverte au Conseil de sécurité de l’ONU

Libanaise portant avec espoir la voix d’une grande frange de Libanais, nous vous adressons cette requête confiante en la parole qui réprouve, désavoue et adjure ; en l’action qui assène, délivre et sauve !

Même si,

Engluée dans les méandres des intérêts géostratégiques, la plus honorable des assemblées a longtemps assisté impuissante au génocide d’un de ses membres fondateurs ;

Assoupie à l’ombre du Palais de Verre, la communauté internationale s’est longtemps détournée d’un « pays-message »…

Un silence coupable et un abandon meurtrier ont, des décennies durant, encouragé les hyènes affamées à dépecer une proie qu’ils ont crue résignée ;

Une apathie blâmable et un engourdissement condamnable ont, des décennies durant, convaincu les fossoyeurs de leur impunité.

Toutefois, pressé par un impératif de survie, le Liban a évolué en dehors du monde, et le monde enivré par son tourbillon a oublié de se rappeler à lui.

Mais réveillée de sa torpeur par un crime odieux, cette communauté des nations a brusquement découvert, ébahie, les souffrances innommables d’un peuple glorieux !

Et c’est ainsi que dans la longue série des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies portant sur le Liban, la résolution 1559 du 2 septembre 2004 constitue certainement un tournant. Celui-ci manifeste soudain son attachement au respect de la Constitution libanaise « en dehors de toute interférence ou influence étrangère », à l’occasion de l’élection présidentielle à venir ; « le désarmement et la dissolution de toutes les milices » et « l’extension du contrôle du gouvernement libanais sur tout son territoire ».

Cette résolution introduit déjà que la violence politique interne se perpétue à cause de l’influence étrangère et que la faiblesse constitutionnelle est un frein à l’indépendance du Liban.

Depuis lors, plusieurs résolutions ont été adoptées et la montée en puissance avec la qualification supplémentaire de « menace pour la paix et la sécurité internationales » est apparue avec les résolutions 1636 (2005), 1644 (2005), 1701 (2006) et 1757 (2007).

La résolution 1636 du 31 octobre 2005 mentionne le chapitre VII en fin de préambule et, après avoir insisté sur le fait que « le terrorisme était une menace pour la paix et la sécurité… » elle affirme qu’« aucune remise en cause de la stabilité au Liban ne sera tolérée ».

Le Conseil de sécurité a ensuite adopté des mesures coercitives se rattachant non pas à l’objectif de lutte contre la violence politique interne, mais à celui de la restauration de la souveraineté libanaise, après le conflit armé de l’été 2006. La résolution 1701 (2006) a été rédigée sous le chapitre VI de la Charte pour des raisons politiques, mais son langage emprunte néanmoins les formules du chapitre VII, d’autant qu’elle précise dans son préambule : « considérant que la situation au Liban constitue une menace à la paix et à la sécurité internationales ». Cette résolution modifie profondément le mandat de la Finul puisqu’elle l’autorise à « prendre toutes les mesures nécessaires (...) pour s’acquitter de son mandat ». Au paragraphe 14, elle « demande au gouvernement libanais de sécuriser ses frontières et les autres points d’entrée de manière à empêcher l’entrée au Liban sans son consentement d’armes ou de matériel connexe et prie la Finul, comme elle y est autorisée au paragraphe 11, de prêter assistance au gouvernement libanais sur sa demande ».

Ce survol rapide des résolutions n’est qu’un rappel pour dire que le Conseil de sécurité s’est lui-même placé sous le chapitre VII et s’est donné les moyens de prendre des mesures coercitives.

Mais la prise de conscience de la faiblesse de l’État libanais n’est plus suffisante, puisque le Liban est passé d’une tutelle syrienne à une tutelle iranienne et que les armes, dont on souhaitait interrompre le flux destiné aux groupes armés présents sur le territoire libanais, n’ont pas été stoppées.

Aujourd’hui, le Hezbollah, qui clame son obédience à l’Iran, s’enorgueillit de posséder un arsenal plus lourd et en plus grande quantité que ce qu’il avait en 2006 et s’emploie, avec la collusion des politiques, à changer l’identité du Liban.

Une alliance organique entre la corruption et le crime organisé a assujetti les dirigeants aux desiderata d’une milice armée. L’État libanais est désormais un État failli qui n’assume plus la moindre responsabilité de protéger sa population conformément à la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU, adoptée le 16 septembre 2011, selon le triptyque :

1 – La responsabilité de prévenir. On ne citera qu’un seul exemple : l’État n’a pas su prévenir l’explosion du 4 août 2020 du port de Beyrouth.

2 – La responsabilité de réagir devant la nécessité de protéger les victimes de conflits. Or non seulement l’État n’a pas réagi en protégeant les victimes de ce drame, mais la communauté internationale qui a été horrifiée par cette explosion s’est mobilisée pour envoyer des aides non pas à l’État libanais qu’elle sait moribond et corrompu, mais à la Croix-Rouge libanaise ou aux différentes ONG.

3 – La responsabilité de reconstruire. Nous constatons sur le terrain toutes les initiatives privées qui se mobilisent pour reconstruire des dizaines de milliers de maison détruites.

Mais la question reste entière : comment, face à un pareil désastre, peut-on construire l’homme et rendre leur dignité à ceux qui ont tout perdu ?

Un État failli est, selon William Zartman – professeur émérite à l’Université Johns Hopkins –, un État dont les fonctions essentielles ne sont plus remplies : « En tant que centre d’impulsion et de décision, l’État est paralysé et inopérant ; en tant que territoire, il n’est plus sécurisé ; en tant qu’organisation politique, il a perdu sa légitimité ; et en tant qu’organisation socio-économique, ses biens sont détruits et il n’a plus le soutien de sa population, qui par ailleurs n’attend plus rien de lui. » Peut-on imaginer un meilleur kaléidoscope de l’État libanais ?

Cela fait quarante-cinq ans que le Liban vit la guerre des autres sur son territoire. Quarante-cinq ans que son peuple vit sous la férule de chefs qui sacrifient le Liban pour prêter allégeance à des pays tiers.

Un peuple résilient et fier crie pour recouvrer sa dignité.

Un peuple qui a érigé la convivialité et la coexistence en art de vivre refuse les appels à la peur de l’autre et le repli sur soi.

Une terre de dialogue meurtrie dans sa chair refuse de se voir imposer une doctrine de parole barrée.

Une terre de beauté irradiant de lumière refuse de continuer à se débattre dans les affres de l’enfer.

Une terre de conciliation, de tolérance et d’ouverture, assiégée par un déchaînement qu’elle n’avait pas su prévoir, refuse de continuer à vivre l’autarcie qu’engendrent la haine et la violence.

Une nation modèle de liberté et de démocratie refuse d’être asservie.

Pour toutes ces raisons, nous réclamons au Conseil de sécurité d’appliquer les résolutions qu’il a lui-même placées sous le chapitre VII, afin de mettre le Liban sous tutelle internationale pour une période limitée allant de huit à douze mois, nommer un gouvernement indépendant de salut national, afin :

1 – de réclamer la neutralité du Liban selon le mémorandum du patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï ;

2 – que la Finul procède au désarmement du Hezbollah, en utilisant la force si nécessaire, et qu’elle soit déployée sur tout le territoire libanais pour protéger les frontières ;

3 – qu’il rédige une nouvelle loi électorale plus juste et plus représentative, permettant le vote électronique, surtout pour les expatriés, et pour procéder aux élections sous l’égide des Nations unies ;

4 – d’établir un plan exhaustif pour redresser les finances de l’État et récupérer les sommes spoliées à l’État et au peuple libanais.

Un sursaut de conscience et un élan concret d’humanité valent tous les intérêts géostratégiques pour les nations civilisées car si vous n’appliquez pas ces réclamations exigées par le peuple, vous assisterez au chant du cygne du « pays-message ». Vous aurez à répondre devant Dieu, l’histoire et les hommes du génocide d’un peuple, de la mort d’une nation !

Marianne CHEBEL ISSA EL-KHOURY

Avocate aux barreaux de Paris

et de Beyrouth

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


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