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Nos Lecteurs ont la Parole

Liban, pays que tout sépare mais que le drame unit

On était un pays dont la joie de vivre résonnait partout. Le monde entier venait au Liban pour s’oublier et oublier ses problèmes. Pour sa nightlife et ses restaurants, pour faire du shopping et se perdre dans la splendeur de sa nature vierge. Vous me demanderez que reste-t-il maintenant ? C’est le cœur en miettes que je vous réponds : de cette perle rare il ne reste que des débris d’un pays déchiqueté en mille morceaux, fracturé par ses propres dirigeants qui n’ont ni le courage ni la volonté de le restituer. Des ruelles vides où résonnent l’écho des rires des enfants, le claquement des chaussures des hommes et femmes allant à leur travail. J’arpente les rues où je remémore les femmes au balcon en train de faire leur « sobhiyé » avec leur « rakwet najjar walaw » et pas un autre. Je ferme les yeux en passant par la rue de Kaslik et les souvenirs me reviennent avec vigueur. Cette rue qui a été notre choix de sortie les vendredis soir, notre point de rencontre pour nous libérer après une semaine passée à l’école. Qui ne se rappelle pas d’une bonne soirée cinéma suivie d’un dîner au Chase ?

Et par dîner on vise bien sûr son inoubliable fondant au chocolat accompagné de sa crème vanille. J’ouvre les yeux et je ressens comme un poing enfoncé dans mon ventre en voyant les devantures closes les unes à la suite des autres. Closes définitivement et pour cause ?

Je préfère nommer cela comme une insuffisance politicienne ou même une incompétence à diriger un pays. Je me rappelle des sorties shopping à fouler les magasins, à faire le tour des centres commerciaux : Le Mall, ABC, City Mall et mêmes les rues de Jounieh, Zalka, Beirut Souks, afin de dénicher la pièce qui nous plaira et qui fera saliver les copines. Ces sorties, aussi naïves et anodines soient-elles, étaient devenues comme un rituel qu’on ne se remémore que lorsqu’on se réveille d’un coup, on regarde autour et on voit que tout cela a disparu. Les souvenirs de jeunesse, d’adolescence et d’insouciance ont disparu. Je regardais autour, je voyais la beauté. Maintenant je ne vois rien. Et ce rien est bien plus effrayant car cela signifie qu’il ne reste rien en nous qui nous incite à rester. On en a ras le bol de survivre chaque jour au lieu de vivre et de croquer la vie à pleines dents. Nous sommes des survivants journaliers craignant ce que le lendemain pourrait nous offrir. Ce désarmement complet face à votre insolence nous incite à partir. On ne peut s’adapter à ce « nouveau normal » où la voix du mensonge est bien plus forte que celle de la vérité, où les hors-la-loi parcourent les villes sans peur ni honte, et, ajoutons à cela, sont protégés par les puissances politiques. Vous avez assassiné tout un peuple. Un peuple qui adorait la joie de vivre est devenu un peuple déprimé qui essaye de s’attacher à la moindre ficelle pour retrouver son entrain. Vous avez bouleversé tout un peuple pour vous arranger. Comment pouvons-nous espérer mieux quand nos propres politiciens ont fini par nous achever en nous donnant le coup de grâce en comparant le Liban au Titanic ? Savez-vous la différence entre le Titanic et notre pays ? La grosse différence entre eux c’est que le Titanic possédait un véritable capitaine qui faisait tout son possible pour sauver les membres de son équipage. Alors que vous ? Vous dansez sur les morts et dormez, à poings fermés, sur les cris de douleur : des pères de famille qui n’ont pas le moindre sou pour apporter la nourriture à leurs enfants, des mères blessées, endeuillées et des enfants privés de leur scolarité. Vous nous avez délaissés au milieu de cette chute, vous avez lâché notre main depuis si longtemps et vous avez tissé les liens avec ceux qui assouvissaient vos demandes et qui remplissaient vos poches, amis soient-ils ou ennemis, pour notre bien ou pour notre mal, mais surtout en votre faveur. Ces soi-disant représentants, ne pleurent-ils pas cette capitale qui a été décapitée par leur insouciance et leur nonchalance ? Ne pleurent-ils pas cette merveille qui en une seconde a été ravagée par ses propres démons ? Beyrouth est meurtrie, endeuillée et blessée. Beyrouth a reçu le soutien de tous les pays étrangers, les peuples du monde entier ont pleuré à la vue de cette calamité ! Et qu’avez-vous fait ? Je parle de vous tous sans exception ! Vous avez tous été témoins de cette décapitation générale, cette autodestruction. Oui, autodestruction : la destruction d’un peuple entier par son propre gouvernement. Et le comble ?

Vous vous êtes mis tous d’accord sur un point : vous n’êtes pas fautifs ! Alors, laissez-moi vous dire un truc : chaque personne traitant les affaires politiques, depuis 30 ans jusqu’à ce jour, est fautive. Vous êtes tous fautifs jusqu’à preuve du contraire. Vous avez transformé nos rêves, les plus simples soient-ils, en cauchemars et notre vie est devenue un basculement de l’espoir vers le désespoir. Je parle des voleurs de rêves qui, sans être invités, qu’on le veuille ou pas, se sont infiltrés dans notre vie, ont piétiné notre futur, ont détruit nos rêves et ont volé l’innocence enfantine. Vous êtes ses voleurs. Ses voleurs de rêves, voleurs d’espoir, cet espoir en un avenir meilleur. Mais que peut-on dire d’une classe politique qui a prouvé haut la main son échec, après 30 années à diriger ce pays ? Trente années à passer et repasser les mêmes noms, les mêmes partis politiques qui se battent tous sous le même slogan qui est celui de la liberté mais surtout, et le plus hilarant, le patriotisme. De quel patriotisme me parlez-vous lorsque, au moindre problème, si banal soit-il, on voit défiler toute votre famille vers l’étranger ? Paris, Suisse, New York, Dubaï... De quel patriotisme nous parlez-vous lorsque chacun d’entre vous déclare son appartenance à l’étranger ! De quelle liberté nous parlez-vous qui ne commandiez que par dictature ?

Quel concept de liberté connaissez-vous ?

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


On était un pays dont la joie de vivre résonnait partout. Le monde entier venait au Liban pour s’oublier et oublier ses problèmes. Pour sa nightlife et ses restaurants, pour faire du shopping et se perdre dans la splendeur de sa nature vierge. Vous me demanderez que reste-t-il maintenant ? C’est le cœur en miettes que je vous réponds : de cette perle rare il ne reste que des débris...

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