Des Syriens brandissent des portraits du président Bachar el-Assad lors d’une manifestation prorégime à Lattaquié, le 29 mai 2014. Aujourd’hui, la grogne monte dans la province. Photo d’archives AFP
La photo de ce proche du clan Assad, au visage impassible et muscles couverts de tatouages prorégime, fait, depuis samedi, l’objet de nombreuses discussions sur les réseaux sociaux syriens. Dia’ el-Assad, petit-cousin du président syrien et fils de Hilal el-Assad, chef des Forces de la défense nationale à Lattaquié, tué en 2014 lors de combats avec les rebelles, a en effet lancé des menaces contre les membres de plusieurs pages locales sur Facebook appelant à des manifestations pacifiques dans ce fief de Bachar el-Assad, situé dans le nord-ouest du pays.
« Même si la demande de manifestation pacifique a été rejetée par le gouverneur de la ville (...), nous sortirons sur le rond-point de l’agriculture au centre-ville de Lattaquié pour protester contre les politiques gouvernementales et les mauvaises conditions de vie dont souffre le citoyen syrien ! », pouvait-on lire, vendredi, sur le site d’informations locales hébergé sur Facebook, Albahlulia News. « Samedi, seuls quelques dizaines d’hommes jeunes se sont retrouvés au lieu de rendez-vous », rapporte le responsable du site d’informations, contacté par L’Orient-Le Jour.
« Les forces de sécurité ont arrêté la plupart de ceux qui prévoyaient de manifester, ajoute t-il sous le couvert de l’anonymat. Leur but est d’empêcher toute forme de manifestation d’avoir lieu. Ceux qui envisagent de sortir finissent par y renoncer de peur de finir derrière les barreaux. » « Aucune manifestation n’a eu lieu à cause de la peur immense des Syriens d’être arrêtés et torturés s’ils sortent dans la rue, même pour exiger simplement du pain et de l’électricité, et non pas des droits politiques », observe pour L’Orient-Le Jour Elizabeth Tsurkov, chercheuse au Newlines Institute for Strategy and Policy.
Corruption
Alors que près de 90 % de la population de Lattaquié souffre grandement de la pauvreté et de la corruption endémique, l’expression de la colère n’épargne pas les partisans du président. « À chaque jour qui passe, le régime perd des soutiens, même parmi les communautés et les individus qui croyaient autrefois que le problème venait des ministres, des parlementaires ou des responsables locaux. Face à l’échec continu du régime à faire face à la crise économique et à l’aggravation de la situation, les Syriens comprennent que ce régime est inepte et incapable de les sortir du trou dans lequel se trouve le pays », ajoute la spécialiste, qui note que la crise économique sans précédent, marquée par de graves pénuries de pain, de carburant, d’électricité ainsi que par une hausse des prix des denrées alimentaires n’a pas fini de pousser à bout la population. En octobre 2020, le régime de Damas aurait annoncé une augmentation de 100 % du prix du pain dans sa zone de contrôle.
Selon Albahlulia News, la plupart des personnes ayant manifesté samedi sont des fonctionnaires de l’État. « La corruption du régime d’Assad ne touche pas seulement les civils, mais également les employés du gouvernement et les militaires. Une grande partie de l’armée syrienne proteste désormais contre la corruption et la pauvreté », commente le responsable du média local, qui ajoute que Dia’ el-Assad est le premier à se servir quotidiennement dans des magasins sans payer quoi que ce soit. « Il ne se passe pas un jour sans qu’il n’y ait de violences ou d’intimidations exercées par les “chabbiha” (groupes d’hommes armés qui agissent pour le compte du gouvernement du parti Baas) sur la population de Lattaquié », note-t-il.
« Dia’ est le “chabbih” typique – homme des milices issues des gangs criminels alaouites que le régime a utilisées pour réprimer le soulèvement pacifique de 2011 puis mener la guerre civile », observe Elizabeth Tsurkov. Dia’ el-Assad est également connu pour être le frère de Souleymane Hilal el-Assad, libéré après seulement quatre ans de prison pour avoir tué un général de brigade de l’armée syrienne qui l’avait dépassé à un feu de signalisation à Lattaquié.
L’influence du petit-cousin de Bachar el-Assad, qui a combattu dans les rangs de plusieurs milices, sur les décisions prises par le président n’est pas claire. Nombreux sont, en outre, les Syriens qui n’ont jamais entendu parler de lui. « Je doute que de nombreux Syriens en sachent beaucoup sur Dia’ el-Assad, mais les Syriens de Lattaquié en savent probablement plus sur lui que d’autres », commente pour sa part Abdulrahman el-Masri, chercheur non-résident à l’Atlantic Council. « Il est difficile de dire ce qu’ils pensent de lui ou comment ils perçoivent ses actions, mais dans l’ensemble, je pense que c’est un individu que beaucoup craignent », ajoute-t-il.
Il y a une dizaine de jours, le gouvernement a arrêté, dans la province de Lattaquié, plusieurs employés du gouvernement et un présentateur de la télévision d’État ayant critiqué la corruption du régime sur les réseaux sociaux. Le régime a utilisé le prétexte de la cybercriminalité pour justifier ces arrestations. « Je ne m’attends pas à ce que cette érosion de soutien ait un impact politique. Le régime n’a sans doute jamais bénéficié du soutien populaire, et s’est appuyé sur la force et la menace de violence pour rester au pouvoir », explique Elizabeth Tsurkov. « Le régime a pu survivre au soulèvement de 2011 et à la lutte armée qui a suivi. Si un changement devait avoir lieu, il faudrait plus que des manifestations », observe de son côté Abdulrahman el-Masri. « Alors que les Syriens continueront inévitablement d’exiger une gouvernance légitime qui assure la protection de base de la dignité humaine, il reste à voir quel impact ces cris croissants auront dans les prochains mois », conclut-il.




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Probablement le reportage de Noura DOUKHI a quelque chose de vrai en se basant sur les informations qui nous sont données par les syriens au Liban : a-t –elle était à Lattaquié récemment ?? Autrement les références qu’elle donne sont explicites: 1) Newlines Institute for Strategy and Policy is a non-partisan think tank in Washington D.C. working to ENHANCE U.S. foreign policy based on a deep understanding (!!!) 2) The Atlantic Council is a nonpartisan (!!!)organization that GALVANIZES US global leadership and engagement in partnership with allies and partners,. Ces references sont basées en dehors de la Syrie : aux Etats Unis precisement .
15 h 24, le 15 février 2021