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Syrie

Quand la mort du « khal » révèle certains secrets de la guerre Assad-Makhlouf

L’ancien businessman est décédé des suites de sa contamination au Covid-19.

Quand la mort du « khal » révèle certains secrets de la guerre Assad-Makhlouf

L’ancien businessman syrien Mohammad Makhlouf est décédé le 12 septembre à Damas. Photo extraite de la page Facebook de Rami Makhlouf

Mohammad Makhlouf, dit le « khal », oncle de Bachar el-Assad et père du magnat déchu Rami, est décédé à Damas le 12 septembre des suites de sa contamination au Covid-19 trois semaines plus tôt. Sachant sa fin proche, ses enfants l’auraient fait rapatrier depuis Moscou, où il s’était installé en 2012. Différents faire-part de décès de Mohammad Makhlouf ont circulé sur les réseaux sociaux, dont plusieurs se sont avérés être des faux. Le faire-part officiel a toutefois ouvert la boîte de Pandore et témoigne des liens indéfectibles mais aussi de la rivalité qui continue de parasiter les deux familles depuis la brouille entre les cousins Rami et Bachar. Dans la nécrologie, on comprend qu’ils ne sont pas uniquement cousins germains mais que leurs liens de sang remontent à bien plus loin. Le nom de la mère de Mohammad Makhlouf et de sa sœur Anissa, mère de l’actuel président, y est mentionné pour la première fois. Il s’agit de Saada el-Assad, qui était l’une des trois tantes paternelles de Hafez el-Assad, comme l’avait brièvement mentionné le journaliste Patrick Seale, biographe attitré de l’ancien dictateur syrien dans son ouvrage Assad de Syrie : une lutte pour le Moyen-Orient. Cette information vient pimenter davantage le feuilleton sur cette lutte fratricide. « C’est un choc parce que personne ne le savait avant. Le fait que trois déclarations de condoléances distinctes émergent indique à quel point les conditions sont surréalistes dans la Syrie d’Assad », soutient Nizar Mohamad, un analyste syrien résidant au Canada, contacté par L’Orient-Le Jour. Le faire-part de décès omet également de mentionner Bachar el-Assad parmi les membres de la famille.

Nouvel héritier

La nécrologie a aussi levé le voile sur un secret de Polichinelle : Mohammad Makhlouf a épousé en secondes noces vers la fin des années 2000 Hala Maghout, avec qui il a eu un fils, Ahmad. En 2012, la nouvelle famille quitte Mazzé, dans la banlieue de Damas, pour Moscou, alors que la guerre civile commence à s’intensifier. « Rami et son frère Hafez, à la tête des renseignements, auraient pu se débarrasser des papiers du mariage, ou même faire disparaître la nouvelle épouse. En partant pour la Russie, leur père a voulu se protéger, il a enregistré légalement son second mariage, faisant d’Ahmad un héritier légal. Et c’est cela qui a causé des problèmes à Asma, parce que l’argent est plus éparpillé, donc plus difficile à contrôler », explique à L’OLJ Aymane Abdel Nour, rédacteur en chef du site d’infos All4Syria et ancien conseiller de Bachar el-Assad passé à l’opposition. Asma el-Assad est à l’initiative du resserrement de vis opéré depuis l’été dernier contre les hommes d’affaires gravitant autour du pouvoir afin de s’emparer de larges pans de l’économie, et a fait de Rami Makhlouf une cible. Les Makhlouf, famille alaouite influente originaire de la côte de Lattaquié, ont toujours éprouvé du mépris envers les Akhrass, famille sunnite dont est issue l’épouse du président syrien. « Asma veut gérer elle-même l’argent du clan en le redirigeant vers sa propre famille et vers son amie Nisrine Brahim et ses enfants. Ce seront les nouveaux “Makhlouf” de Syrie », explique Aymane Abdel Nour. Considéré comme l’homme de main de Hafez el-Assad, le businessman de 88 ans ne verra pas l’épilogue de la bataille que se livrent son fils Rami et son neveu Bachar. Les relations entre les deux hommes n’ont cessé de se détériorer depuis la mort, en 2016, de la matriarche Anissa. « Son décès a fait que Mohammad Makhlouf ne pouvait plus influencer le président aussi facilement et, à mesure que sa santé se détériorait, il est devenu plus faible et donc moins présent », rappelle Nizar Mohamad. Cette dernière année a été chaotique pour la famille, marquée par des règlements de comptes en public et des disputes pour le partage du « gâteau » syrien. Atteint de la maladie d’Alzheimer, l’ancien businessman n’a pas pu intervenir pour protéger son fils Rami. Considéré par beaucoup comme « le cerveau du clan », Mohammad Makhlouf s’était vu confier les cordons de la bourse lors de la prise de pouvoir de Hafez lors d’un coup d’État en novembre 1970. L’ancien dictateur avait trouvé en son beau-frère, dont il était très proche, le parfait paravent pour gérer ses affaires économiques essentielles à la réussite de son projet politique.

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Quand Makhlouf joue la carte alaouite face à... Assad

L’homme avait pris la tête de l’Organisation générale du tabac (GOT), qui détenait l’exclusivité de l’achat de tabac auprès des agriculteurs locaux, et a rapidement trempé dans la contrebande de cigarettes étrangères acheminées en Syrie via le Liban dans les années 70. Il s’est ensuite accaparé la Banque immobilière, a mis la main sur les ressources naturelles comme le pétrole, jusqu’à avoir des intérêts dans tous les domaines économiques du pays et incarner le symbole ultime de la corruption institutionnalisée. Tout sera fait avec l’aval des Assad et pour les Assad. « Ce n’était pas seulement le régime d’Assad, mais aussi le leur », écrivait en juin dernier Aymane Abdel Nour, dans un article intitulé « The Assad-Makhlouf Spat: A Complicated Family Affair ».

La carte alaouite

Mais ce que le régime syrien fait, il peut le défaire à tout moment. La dépossession des biens de Rami Makhlouf entraînant sa chute en est l’un des exemples les plus marquants. Ce dernier, qui n’avait pas hésité ces derniers mois à plaider sa cause en publiant des vidéos sur Facebook, s’est contenté d’une déclaration très sobre annonçant le décès de son père. En raison de l’épidémie de coronavirus, des condoléances publiques n’ont pas eu lieu. « Priver une famille de cette tradition, c’est chercher à l’humilier », relève Nizar Mohamad. « Ils n’ont pas accepté de faire des funérailles pour ne pas que ça fasse défilé de pro-Rami », renchérit Aymane Abdel Nour. En mai dernier, Rami Makhlouf avait tenté de jouer la carte alaouite face à Bachar el-Assad en accusant implicitement le président de favoriser les sunnites, à travers son épouse et ses connexions. Maintenant que son père est mort, rien n’empêche Bachar el-Assad de passer à la vitesse supérieure dans le bras de fer qui l’oppose à Rami, désormais plus isolé que jamais. « S’il est difficile de déterminer avec précision le niveau de soutien dont bénéficie encore Rami au sein de la communauté alaouite, on peut dire qu’il y a des raisons pour lesquelles le régime lui a permis jusqu’à présent de critiquer publiquement, même indirectement, les décisions prises par Assad », estime Nizar Mohamad.

Fin août, Bachar el-Assad s’est rendu à Qardaha, berceau de la famille, afin de rencontrer plusieurs membres de la famille Makhlouf. Un geste perçu comme une tentative de réconcilier les deux familles après le scandale Rami, qui tente de rallier la communauté alaouite autour de lui. Il s’agissait aussi de récompenser le frère cadet de ce dernier. « Bachar a transféré le contrôle des boutiques hors taxes du pays de Rami à son frère Ihab, qui est faible et malléable », explique Nizar Mohamad. En mai dernier, Ihab Makhlouf avait annoncé sa démission sur sa page de la vice-présidence de la société de télécoms Syriatel. « Les entreprises du monde entier ne peuvent ébranler ma loyauté envers le leadership Assad », avait-il alors écrit pour se démarquer des positions de son frère.


Mohammad Makhlouf, dit le « khal », oncle de Bachar el-Assad et père du magnat déchu Rami, est décédé à Damas le 12 septembre des suites de sa contamination au Covid-19 trois semaines plus tôt. Sachant sa fin proche, ses enfants...

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hum !un panier de crabes J.P

Petmezakis Jacqueline

09 h 40, le 19 septembre 2020

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Commentaires (1)

  • hum !un panier de crabes J.P

    Petmezakis Jacqueline

    09 h 40, le 19 septembre 2020