Alexandre Radokov, entouré du président du syndicat des rédacteurs et des membres du conseil.
« La crise intérieure libanaise concerne les Libanais, les parties politiques et celles qui représentent la société civile. Pour en sortir, il faut que tous les Libanais s’entraident et déploient des efforts. S’ils ne le font pas, toutes les interventions étrangères resteront inefficaces, car elles ont un rôle facilitateur et ne sont pas déterminantes. » Tel est le principal message qui ressort de la rencontre entre l’ambassadeur de Russie, Alexandre Radokov, et le conseil du syndicat des rédacteurs.
En poste au Liban depuis près de quatre mois, en pleine crise du coronavirus, le nouvel ambassadeur de Russie limite autant que possible ses visites protocolaires. Mais il a quand même tenu à se rendre au siège du syndicat des rédacteurs, dans un premier contact avec les représentants des médias libanais. Après plusieurs reports, pour cause de mesures de confinement, le diplomate a été reçu jeudi par le président du syndicat Joseph Kossaïfi et les membres du conseil. Dans son discours, M. Kossaïfi a insisté sur le rôle de Moscou dans la région, depuis l’époque soviétique à nos jours et en particulier depuis l’intervention russe en Syrie, en 2015.
De son côté, l’ambassadeur Radokov a expliqué à ses interlocuteurs qu’il s’agit de sa première rencontre médiatique au Liban et qu’il ne s’agit nullement d’une conférence de presse, mais plutôt d’une prise de contact et d’un échange d’idées. Il est d’ailleurs resté assez réservé dans ses réponses aux questions des journalistes. Mais il est clairement apparu que ce diplomate de carrière connaît bien la région, ayant été en poste en Syrie (jusqu’en 2008), puis à Ramallah, en Cisjordanie. Il précise d’ailleurs qu’il était le consul de son pays à Ramallah au moment où l’actuelle ambassadrice des États-Unis au Liban était consule de son pays à Jérusalem. Il raconte d’ailleurs qu’il est venu une première fois au Liban en 1998. Il avait d’ailleurs été surpris à l’époque par les traces encore visibles de la guerre qui avait ravagé le pays pendant 15 ans et qui s’était terminée en 1990. Il explique aussi que lorsqu’il était en poste en Syrie, il avait tenu à se rendre dans toutes les provinces et à être ainsi en contact avec la population dans toute sa diversité. Aujourd’hui, la Syrie est pratiquement détruite et même si la Russie fait de son mieux pour aider à sa reconstruction, il y a encore énormément à faire. Il souligne toutefois le fait que la Russie a pour sa part mis trois ans après la Seconde Guerre mondiale pour se reconstruire et revenir à une vie « normale ».
Au sujet du Liban, l’ambassadeur Radokov explique qu’il est faux de dire que dans ce pays il n’y a pas d’État. S’il est vrai que celui-ci est affaibli, cela ne peut pas être comparé avec des pays où il est totalement absent. Selon lui, la crise provoquée par le coronavirus n’est pas propre au Liban. Par contre, le volet interne doit être résolu principalement par les Libanais. Il leur conseille ainsi de faire les efforts nécessaires pour en sortir et, selon lui, toute intervention étrangère serait inutile si elle ne s’accompagnait pas d’une volonté intérieure de mettre un terme à la crise, laquelle sera épaulée par une aide véritable de la part des parties extérieures. Tout en précisant que son pays peut beaucoup donner au Liban, le diplomate russe ajoute que son gouvernement est en coordination permanente avec les autorités libanaises. Mais que ce n’est pas à lui de leur dire ce qu’il faut faire. « Après la formation du gouvernement, nous sommes prêts à aider autant que nous le pouvons. D’ailleurs, notre conception est de ne pas nous contenter de donner des aides, mais plutôt d’améliorer la coopération dans l’intérêt des deux pays. Mais pour l’instant, nous encourageons toutes les parties à former un gouvernement le plus rapidement possible. »
Alexandre Radokov insiste ainsi sur le fait que les Libanais ont la possibilité de décider dans ce domaine et dans bien d’autres. Ils ont déjà traversé des crises plus graves et ont réussi à s’en sortir. Les élections sont, à ses yeux, l’occasion de réaliser le changement, « d’autant, ajoute-t-il, que les médias au Liban sont très actifs ». Il insiste aussi sur la nécessité de relancer les institutions publiques. Il donne même un exemple concret en disant : « Lorsqu’il y a une panne dans ma maison, je m’emploie personnellement à la réparer en ayant recours à des experts. » Ce qui ne l’empêche pas de saluer l’initiative française pour sortir le pays de la crise et tout ce qui peut aider le Liban à l’heure actuelle. En réponse à une question sur l’initiative russe pour le retour chez eux des déplacés syriens, il précise qu’elle a été soumise aux dirigeants libanais qui l’ont appuyée. Mais lors de la tenue du congrès international pour le retour des déplacés syriens qui s’est tenu à Damas, il y avait une très faible participation étrangère, alors que ce dossier concerne tous les pays de la région. Malgré tout, la Russie poursuit ses efforts en ce sens et elle pourrait proposer que le prochain congrès se tienne à Beyrouth.Sur le plan régional et international, l’ambassadeur refuse de se prononcer sur la nouvelle administration américaine, exprimant l’espoir que les relations entre les deux pays s’améliorent. Selon lui, la Russie œuvre à réduire la prolifération des armes nucléaires et à éviter leur utilisation. Ce qui correspond aussi à la position des dirigeants chinois. Selon l’ambassadeur Radokov, le conflit entre la Chine et les États-Unis n’a pas lieu d’être car aucune partie ne peut prétendre être propriétaire du monde ni le diriger seule. « C’est d’ailleurs pourquoi, dit-il, l’ONU a été créée... » Enfin, au sujet du vaccin russe, Alexandre Radokov rappelle que l’autorisation de l’importer au Liban a été donnée la semaine dernière. Par conséquent, il pourra arriver bientôt conformément aux modalités adoptées. En Russie, une caisse spéciale se charge de la distribution du vaccin à l’étranger, sachant que les demandes augmentent en permanence.




Le Liban n'aura pas les aides nécessaires tant. Qu'il y a un veto du CPL et du Hezbollah pour un gouvernement ??
20 h 08, le 12 février 2021