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Moyen-Orient

Erdogan veut une nouvelle Constitution, l’opposition se méfie

À deux ans des élections générales de 2023 qui s’annoncent compliquées pour lui, le reïs turc pourrait être tenté de profiter de cette opportunité pour mettre en place un système électoral qui faciliterait sa réélection.

Erdogan veut une nouvelle Constitution, l’opposition se méfie

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’adresse à des parlementaires issus de son parti, le Parti de la justice et du développement (AKP), le 10 février 2021 à Ankara. Murat Cetinmuhurdar/PPO/Handout via Reuters

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a créé la surprise en appelant à une nouvelle Constitution dans le cadre de réformes qu’il dit vouloir mettre en œuvre, mais ses opposants sont sceptiques sur ses réelles motivations à deux ans d’élections cruciales. M. Erdogan a déjà fait adopter par référendum en 2017 une profonde révision constitutionnelle, qui a considérablement renforcé ses pouvoirs en faisant passer la Turquie d’un régime parlementaire à un système présidentiel, que ses détracteurs décrivent comme autoritaire.Mais il a envoyé une onde de choc sur la scène politique le 1er février en se disant favorable à une charte entièrement nouvelle, faisant valoir que les Constitutions turques depuis les années 1960 avaient été rédigées par des gouvernements issus de coups d’État militaires. « Il est clair qu’à la source des problèmes de la Turquie se trouvent les Constitutions écrites par des putschistes », a-t-il déclaré lors d’un discours. Le ministre de la Justice, Abdulhamit Gül, a affirmé que la Constitution que M. Erdogan appelle de ses vœux serait « civile et démocratique », laissant entendre qu’elle devrait, du moins en théorie, élargir les libertés.Mais les opposants de M. Erdogan doutent de sa volonté de mettre en œuvre des vraies réformes alors que les défenseurs des droits humains s’alarment de la montée de la répression et de la détérioration de l’État de droit depuis plusieurs années. « Un gouvernement qui ne respecte pas la Constitution en vigueur ne peut rédiger un texte plus démocratique(...) Je redoute que ce projet débouche plutôt sur un renforcement de l’autoritarisme », a ainsi réagi le leader du principal parti de l’opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), Kemal Kilicdaroglu.

Un seul tour ?

L’opposition craint aussi que les débats sur une nouvelle Constitution servent de « diversion » permettant à M. Erdogan de détourner l’attention des effets de la pandémie et du marasme économique. « Il s’agit d’une manœuvre pour éviter qu’on parle de la situation économique, des problèmes des paysans ou des commerçants, ainsi que des violations des droits », estime Idris Sahin, vice-président du parti de la Démocratie et du Progrès (DEVA), lancé l’année dernière par Ali Babacan, un ex-allié de M. Erdogan. En préconisant une nouvelle Constitution dont il serait le principal maître d’œuvre, le président turc pourrait prendre de court d’autres initiatives de réforme promues par l’opposition qui réclame un retour au système parlementaire, notent des observateurs.À deux ans des élections générales de 2023 qui s’annoncent compliquées pour lui, M. Erdogan pourrait aussi être tenté de mettre en place à la faveur d’une nouvelle Constitution un système électoral qui faciliterait sa réélection.

« L’électorat de la coalition au pouvoir est en train de fondre », estime Aysuda Kölemen, politologue à Bard College en Allemagne. M. Erdogan, selon elle, n’est plus assuré de recueillir les plus de 50 % des votes nécessaires pour être élu au premier tour en 2023, ni même d’être élu au second tour. « Face à ce risque, il pourrait opter pour un système à un seul tour, où le candidat qui obtient la majorité simple pourrait être élu », explique-t-elle.

Diviser l’opposition

« Conscient qu’il est sur une trajectoire perdante, Erdogan cherche une formule gagnante », estime Galip Dalay, un chercheur associé à la Robert Bosch Academy de Berlin et le centre de réflexion Chatham House à Londres. Cette « formule gagnante » pourrait aussi consister à jouer sur les tensions internes au sein de l’opposition qui pourraient être exacerbées par des débats sur des sujets brûlants, comme la question kurde et comment ils doivent être abordés dans le cadre d’une nouvelle Constitution. Selon un diplomate occidental, l’objectif de M. Erdogan serait de « diviser l’opposition en obligeant les partis à prendre position » et les cataloguer soit comme « défenseurs », ou « détracteurs » de la Turquie. M. Erdogan accuse des partis de l’opposition de « connivence » avec la formation prokurde HDP qu’il considère comme la vitrine politique du PKK, fer de lance de l’insurrection kurde, classé « terroriste » par Ankara et ses alliés occidentaux. « Le gouvernement utilise toujours cette tactique pour neutraliser l’opposition », estime Mme Kölemen, l’analyste du Bard College. « La question est de savoir si les partis tomberont dans ce piège lors des débats sur la nouvelle Constitution. Jusqu’à présent, ils sont toujours tombés dedans. ».

Raziye AKKOC et Burcin GERCEK/AFP

La Turquie rejette l’appel de Washington à libérer le mécène Kavala

La Turquie a rejeté hier l’appel des États-Unis à « libérer immédiatement » l’homme d’affaires et mécène Osman Kavala, dénonçant une ingérence de Washington dans la justice turque. « La procédure judiciaire menée par des tribunaux indépendants concernant Osman Kavala est en cours. Tout le monde doit respecter cette procédure », a réagi le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué. Le ministère turc a en outre qualifié « d’incohérente » l’attitude de Washington, pointant du doigt son refus d’extrader le prédicateur Fethullah Gülen, qu’Ankara accuse d’avoir fomenté une tentative de putsch en juillet 2016, et qui est installé aux Etats-Unis. « La Turquie est un État de droit. Aucun pays ou personne ne peut donner des ordres aux tribunaux turcs », a affirmé le ministère. Les États-Unis ont appelé mercredi la Turquie à « libérer immédiatement » l’homme d’affaires et mécène Osman Kavala, détenu selon eux pour des motifs « spécieux » en lien avec le putsch avorté de 2016 et des manifestations antigouvernementales en 2013. Osman Kavala, une figure de la société civile en Turquie, est incarcéré depuis octobre 2017. Il encourt la prison à vie dans le cadre d’un procès pour « tentative de renversement du gouvernement », désignant une implication présumée dans le putsch avorté contre le président Recep Tayyip Erdogan en juillet 2016, et pour « espionnage politique ». M. Kavala a toujours catégoriquement rejeté les accusations portées contre lui, et les ONG estiment que le gouvernement s’efforce d’en faire un exemple pour intimider la société civile. Cet homme d’affaires de 63 ans est connu pour son soutien aux projets culturels portant sur les droits des minorités, la question kurde et la réconciliation arméno-turque.




Le président turc Recep Tayyip Erdogan a créé la surprise en appelant à une nouvelle Constitution dans le cadre de réformes qu’il dit vouloir mettre en œuvre, mais ses opposants sont sceptiques sur ses réelles motivations à deux ans d’élections cruciales. M. Erdogan a déjà fait adopter par référendum en 2017 une profonde révision constitutionnelle, qui a considérablement...

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