Le président de la CGTL, Béchara Asmar. Photo d'archives ANI
Le patron de la Confédération générale des travailleurs libanais (CGTL), Béchara el-Asmar, a dénoncé mardi l'augmentation du prix du paquet de pain et de l'essence, qui constituent selon lui un prélude à une levée progressive des subventions sur les matières de première nécessité, ce qui risque de provoquer une explosion sociale sans précédent. Le syndicaliste a appelé à refuser cette hausse des prix.
"Le système du pouvoir et de l'argent ne s'est pas contenté d'accroître la misère des personnes affamées en augmentant quotidiennement le prix des denrées alimentaires et des produits de base : il n'a pas non plus demandé des comptes aux trafiquants de médicaments et de carburant", a critiqué M. Asmar. "Augmenter le prix du paquet de pain à 2.500 livres et celui du bidon de carburant à 20.000 livres est un prélude clair à une levée progressive des subventions, sans aucun plan économique permettant de restaurer la valeur réelle de la monnaie nationale et le pouvoir d'achat, de récupérer l'argent volé par les réseaux de contrebande ou de garantir l'argent des déposants", a encore dénoncé le patron de la CGTL, qualifiant ce projet de "bombe budgétaire visant à éliminer les secteurs public, administratif et éducatif".
Le ministère de l’Économie et du Commerce a modifié lundi le prix de vente du pain arabe blanc, la "rabta", ainsi que son poids. Désormais, pour un paquet pesant 930 grammes minimum, le prix maximum est établi à 2 500 livres libanaises, au lieu de 2 250 livres pour 900 grammes à la mi-janvier, et celui de 450 grammes minimum est fixé à 1 750 livres, à la place de 1 500 livres pour 400 grammes précédemment. Les importations de blé sont toujours subventionnées par la Banque du Liban depuis octobre 2019 mais l’exécutif table sur une rationalisation de ce système, financé jusqu’ici par les réserves en devises du pays. Un choix décrié par de nombreuses voix, alors que les fluctuations du prix et du poids de la "rabta" n’ont cessé depuis mai 2020 lorsque le ministère a pour la première fois diminué de 1 000 grammes à 900 le poids du paquet, tout en augmentant son prix de 1 000 livres à 1 500.
"Refusons la nouvelle augmentation des prix du pain, du carburant ou du gaz", a appelé dans ce contexte M. Asmar. "La faim va croître, les gens périr et la sécurité sera ébranlée", a-t-il averti, appelant à "mettre en place immédiatement un gouvernement d'urgence, de sauvetage avant que tout ne soit détruit".
Le patron de la Confédération a insisté sur la nécessité de former un comité pour étudier l'évolution des prix, en coopération avec les syndicats concernés et la CGTL. Il a dénoncé le fait que de telles mesures soient prises par "un gouvernement sortant impuissant". Le gouvernement de Hassane Diab a démissionné après les explosions meurtrières du port de Beyrouth le 4 août 2020 et gère, depuis, les affaires courantes, la formation d'un nouveau cabinet se faisant attendre depuis six mois.

