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Culture - Événement

Vous prendrez bien une dernière idée avant d’aller dormir ?

Pandémie oblige, la sixième édition de la Nuit des idées s’est déroulée sur le web, le jeudi 28 janvier. Vingt-quatre heures de streaming d’entretiens, de reportages, de performances, de débats, de ballades urbaines avec des intellectuels, artistes, des activistes ou des citoyens lambda des quatre coins du globe sous le thème de « Proches » choisi par l’Institut français, organisateur de ce méga-événement rassembleur et gratteur de méninges. En voici quelques morceaux choisis en suivant la lune...

Vous prendrez bien une dernière idée avant d’aller dormir ?

Jeudi 28 janvier 2021, la nuit a commencé à 10h du matin.

L’ambassadrice de France au Liban Anne Grillo donne le top départ du marathon cérébral organisé par l’Institut français. En duplex et en direct à partir de Beyrouth, elle participe au lancement mondial de la Nuit des idées 2021 qui se déroule sur le web, la pandémie du coronavirus ayant mis en mode confinement la plupart des 90 pays participants. Dans un petit mot de circonstance, elle déclare qu’il était important pour elle, avec le thème « Proches » comme fil conducteur des débats, que le pays du Cèdre occupe une place particulière dans cette édition de la Nuit des idées et cela pour trois raisons. « D’abord parce qu’au Liban, nous sommes de nouveau strictement confinés, j’ai souhaité qu’on puisse offrir aux Libanais et aux jeunes en particulier un temps de proximité, d’échange et de partage », a affirmé Mme Grillo.

« Ensuite, parce qu’il y a six mois, l’explosion sur le port de Beyrouth a provoqué un immense élan de solidarité, a-t-elle ajouté. Solidarité entre la France et les Libanais, entre le monde et le Liban et solidarité entre les Libanais d’ici et d’ailleurs. Et cette solidarité est une des expressions de cette proximité, de cette communauté de sentiments dont avaient besoin les Libanais pour ne pas se sentir seuls face à ce drame. »

Pour l’ambassadrice, la troisième évidence d’une participation active du Liban tient tout simplement à ce qu’est ce pays. « Ce pays qui est une expérience au quotidien de la proximité, de la coexistence des cultures, des religions, des communautés. À travers notre programmation, j’avais à cœur, dans ce contexte de crises politique, sanitaire, économique et sociale, depuis plus d’un an, d’offrir l’occasion aux Libanais de partager leurs idées, et ils en ont énormément sur l’avenir de leur pays, qu’ils souhaitent uni et solidaire », a conclu Anne Grillo.

Sur la page Facebook de l’Institut français du Liban, la diffusion commence. « Nous ne pouvons pas nous mélanger dans les endroits physiques où les idées circulent à la chaleur des échanges », regrette Valériane Gauthier, journaliste. « Mais c’est aussi ce contexte particulier qui nous permet de nous réunir aujourd’hui de Paris à Brasilia en passant par Beyrouth, Séoul ou Atlanta et Nairobi », ajoute la présentatrice avant de présenter les prochaines intervenants.

Le marathon cérébral peut commencer.

Première escale dans les îles Fidji. Sur l’écran, un homme en chemise jaune à motifs ananas s’interroge dans un anglais aux accents germaniques sur la signification de la proximité lorsque l’on vit sur une île. « Personne ne voudrait rencontrer d’autres gens vivant loin s’il n’y avait pas d’autre conducteur et le conducteur, c’est la proximité au sens émotionnel, ce sentiment de rapprochement, de se sentir connecté aux autres… »

Logique, en effet, mais pas transcendant. Allez, un petit verre d’eau pour ne plus saliver sur les plages paradisiaques qui se profilent dans le reportage. Un clic de souris vous emmène vers les commentaires des « spectateurs » disséminés aux quatre coins du monde. Pas d’amusement de ce côté-là. Quelques encouragements. Une ou deux questions. Une petite pause s’impose.

De retour quelques minutes plus tard, vous vous trouvez en Roumanie. Une femme coiffée à la Mireille Mathieu récite dans un français parfait, devant une bibliothèque fournie, les différents synonymes du mot proche. « Ce qui me manque, c’est la présence des gens, en vrai, sans écran interposé », conclut-elle. Vous acquiescez de la tête.

Après quelques divagations sur Facebook, vous reprenez le fil de la diffusion et vous tombez sur une lumineuse interview avec Djaïli Amadou Amal, Prix Goncourt des Lycéens et Choix de l’Orient en 2020. Scotchés sur l’écran, en lançant des chuuuut » à votre entourage (les enfants qui demandent pour la énième fois ce qu’il y a à dîner), vous buvez les paroles de l’intelligente et charmante auteure qui se bat pour l’éducation des femmes du Sahel et qui termine son entretien avec un conseil : n’oubliez pas de demander à vos collègues, à vos camarades de classe, aux personnes de votre entourage « est-ce que ça va bien ? Cette question peut sauver des vies ».

Marhaba, ici Beyrouth

À 19h30, la directrice de l’Institut français du Liban, Marie Buscail, présente le reportage Dans la nuit, promenade nocturne à la Villa Audi. À 19h40, moment attendu avec impatience et fierté, le Focus Liban met en lumière la superbe exposition « L’art blessé » organisée par Riad Obegi, (PDG de la BEMO Bank), et Jean-Louis Mainguy, architecte d’intérieur et scénographe, qui ont choisi de se pencher sur des œuvres d’art « blessées », par la double explosion du port de Beyrouth le 4 août et que la Villa Audi a accueilli depuis le 16 décembre et jusqu’à sa fermeture due au lockdown le 8 janvier.

Une longue robe rouge de danseuse flamenco moulant sa silhouette gracile, le performeur et danseur libanais Alexandre Paulikevitch apparaît sur l’écran. Dans un mini-reportage signé Rania Stephan, il explique pourquoi et comment il a quitté la ville pour être plus proche de la nature.

Dans une série de vidéos de 10 minutes chacune, réalisées par Wissame Charaf, les artistes Hady Sy, Samar Mougharbel, Katya Traboulsi, Ayman Baalbacki et Hanibal Srouji se racontent simplement mais avec une grande éloquence d’idées et de sentiments. Au cours de conversations avec Pascal Odille, historien d’art, ils invitent le spectateur à découvrir leur atelier et à partager un moment d’intimité. Ces belles vidéos sont à voir absolument sur le site Facebook de l’Institut français du Liban.

L’heure du crime (minuit) est dépassée lorsque l’Égyptien Ahmad el-Attar et le Syrien Oussama Halal (qui vit actuellement au Liban) interviennent pour parler de pandémie, de distanciation et de théâtre. Les paupières lourdes, vous tentez de ressusciter vos neurones endoloris à coups de gorgées fumantes de café à la cardamone. C’est le réalisateur et dramaturge libanais Omar Abi Azar qui mène le débat. Avec l’humour particulier des Égyptiens, Attar résume en un chiffre la notion de proximité pour ses compatriotes : 100 millions d’habitants. « La proximité fait partie intégrante de notre vie, même si nous ne voulons pas nécessairement pas être proches, nous le sommes tout le temps. »

Pour Oussama Halal, la proximité revêt une signification particulière puisqu’il est exilé au Liban depuis des années. « Le système politique nous a toujours amenés à mettre en doute l’idée de groupe, Il nous a fait croire que le concept de groupe est voué à l’échec. C’est la raison pour laquelle à travers l’histoire dans nos pays, il n’y a pas de groupes couronnés de succès. Cela nous a porté à nous focaliser sur nous mêmes en tant qu’individus. C’est pour cela que nous trouvons des individus qui réussissent dans un environnement de destruction totale. »

Alors que la discussion tourne à la sociopolitique, aux drames régionaux, vous avalez un cachet de paracétamol. Abi Azar ramène le débat vers le théâtre. Son intervention est précieuse, surtout lorsqu’il se « plaint » du nombre incalculable d’invitations à des débats virtuels qu’il reçoit depuis le début de la pandémie alors qu’avant, il avait le « luxe d’être invité à l’étranger pour y présenter ses œuvres ». « Nous, les artistes, sommes réduits à des discoureurs virtuels alors que cela fait vingt ans que nous militons pour la mobilité des artistes arabes », soupire-t-il. « Nous valons notre poids en patates », renchérit Oussama Halal.Vous prendrez bien une dernière idée avant de dormir ?

Parmi les moments-clés de la nuit, Souleymane Bachir Diagne et Barbara Cassin, deux figures de la philosophie, échangeant leurs points de vue sur la pluralité des langues dans un dialogue transatlantique entre Paris et New York.

Vous vous souvenez qu’à un moment donné, Janis Otsiemi a déclaré en se promenant dans Libreville : « C’est la littérature qui a fait de moi un écrivain. »

À Séoul, l’auteure Gong Ji-young évoque, dans un entretien émouvant, les thèmes qui traversent son œuvre, la fragilité humaine, la lutte contre les injustices et le soin de l’autre.

Avant de clôturer la nuit, vous repassez une énième fois le passage où Patti Smith récite son poème plein d’espoir pour un avenir meilleur avant d’égrener le refrain Because the night belongs to us…

En attendant que les jours nous appartiennent aussi, de nouveau... 


Jeudi 28 janvier 2021, la nuit a commencé à 10h du matin.L’ambassadrice de France au Liban Anne Grillo donne le top départ du marathon cérébral organisé par l’Institut français. En duplex et en direct à partir de Beyrouth, elle participe au lancement mondial de la Nuit des idées 2021 qui se déroule sur le web, la pandémie du coronavirus ayant mis en mode confinement la plupart des...

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