Le président libanais, Michel Aoun, s'entretenant avec l'ambassadrice américaine, Dorothy Shea, le 26 janvier 2021 au palais de Baabda. Photo Twitter/Présidence libanaise
Le président libanais, Michel Aoun, s'est entretenu mardi de "l'avenir des relations libano-américaines" avec l'ambassadrice US Dorothy Shea, lors d'un premier entretien entre les deux responsables depuis l'investiture le 20 janvier du président américain Joe Biden. Jeudi dernier, le chef de l'Etat libanais avait adressé ses félicitations au nouveau président américain, l'assurant qu'il aspirait à travailler avec lui.
"Le président Aoun a reçu l'ambassadrice des Etats-Unis à Beyrouth, Dorothy Shea, et a évoqué avec elle les derniers développements, ainsi que l'avenir des relations libano-américaines, après l'investiture du président Joe Biden", a indiqué le palais de Baabda sur Twitter. "La réunion a également porté sur la délimitation de la frontière maritime sud (avec Israël), le président Aoun ayant insisté sur la position du Liban qui est en faveur de la reprise des négociations sur la base des propositions faites lors des dernières réunions", a également indiqué la présidence dans un communiqué. Selon notre correspondant politique Mounir Rabih, cette visite vise surtout à dire que Mme Shea restera à son poste sous la nouvelle administration américaine. Outre le dossier des frontières, M. Aoun a évoqué la possibilité pour le Liban de recevoir une aide américaine. La diplomate américaine a pour sa part évoqué la crise gouvernementale, appelant à la formation rapide d'un cabinet. Elle a par la suite été reçue par le président du Parlement Nabih Berry.
Les négociations sur la frontière maritime sont particulièrement cruciales pour un Liban en plein effondrement économique, qui veut lever tous les obstacles à la prospection d'hydrocarbures en Méditerranée. Nabih Berry avait annoncé en septembre, après de longues négociations, la conclusion d’un accord-cadre qui a permis le lancement des pourparlers sur la base d’une zone litigieuse de 860 kilomètres carrés, selon une carte enregistrée auprès de l’ONU en 2011. Les pourparlers de Nakoura ont alros commencé sous de bons auspices début octobre, mais le Liban a affirmé lors du deuxième round des négociations fin octobre que la superficie de la zone contestée comporte une partie supplémentaire de 1 430 kilomètres carrés plus au Sud, s’étendant dans une partie du champ gazier de Karish. À quoi la délégation israélienne a riposté en fixant une frontière maritime beaucoup plus au Nord, conformément à la ligne 310, qui arriverait presque au sud de Saïda. Dans le cadre de cette surenchère, Israël a affirmé que cette ligne lui donnerait des droits sur les blocs 9 et 8, et même sur une partie du bloc 5. Fin novembre, les négociations avaient été reportées sine die. Israël avait alors accusé le Liban d’avoir changé de position à plusieurs reprises sur la démarcation de la frontière maritime, avertissant que cela pourrait mener à une impasse et ainsi freiner la prospection d’hydrocarbures offshore dans la région.
Et le 31 décembre, Michel Aoun a convoqué à une réunion à laquelle ont participé le ministre sortant des Affaires étrangères Charbel Wehbé, et les membres de la délégation libanaise. Au cours de cette réunion visant à réactiver le dossier gelé, le président a souligné la nécessité de s’accrocher à la superficie des 2 290 km². Selon des sources proches du chef de l’État, il a également remis sur le tapis une proposition qu’il avait déjà formulée, avant la conclusion de l’accord-cadre, à savoir que le Liban promulgue un décret fixant la superficie de ses eaux territoriales et l’enregistre auprès de l’ONU, pour mener les négociations sur la base de ce document. Selon des sources proches du président de la Chambre, ce dernier s’est opposé à la proposition présidentielle, estimant qu’elle n’attirerait qu’un surcroît de pressions et de problèmes au Liban. Il a aussi réitéré son attachement à l’accord-cadre qu’il avait annoncé. Car, selon ses milieux, Nabih Berry sait parfaitement qu’en réclamant une superficie de 2 290 km² ou en promulguant un décret, le Liban ne réaliserait aucun gain, alors qu’Israël est déjà bien avancé dans l’exploitation des hydrocarbures.
Joe Biden est devenu mercredi le 46e président des États-Unis. Ce dernier se pose en unificateur d'un pays traversé par des crises profondes au terme du mandat de Donald Trump qui aura cassé les codes habituels et scindé les Américains en deux camps hostiles et bousculé le monde. L'administration Trump a imposé de sévères sanctions contre plusieurs responsables libanais qu'elle accuse de corruption et de soutien au Hezbollah, classé groupe terroriste par Washington.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine