Le ministre libanais sortant des Affaires étrangères, Charbel Wehbé, recevant l'ambassadrice de Suisse à Beyrouth, Monika Schmutz Kirgöz, le 25 janvier 2021. Photo Dalati et Nohra
Le ministre libanais sortant des Affaires étrangères, Charbel Wehbé, a reçu lundi l'ambassadrice de Suisse à Beyrouth, Monika Schmutz Kirgöz, avec qui il a notamment discuté de différentes questions relatives aux droits de l'homme. Cette visite de l'ambassadrice suisse intervient alors que le ministère public de la Confédération helvétique (MPC) a ouvert la semaine dernière une procédure pour "blanchiment d’argent aggravé en lien avec de possibles détournements de fonds au préjudice de la Banque du Liban". Les deux responsables ont, à ce sujet, appelé de concert à laisser la justice suivre son cours.
Concernant cette affaire, M. Wehbé a souligné à l'issue de la réunion l'importance de laisser le champ libre à la justice et de respecter le secret de l'enquête. Il a indiqué "ne pas avoir consulté le contenu" de la demande d'entraide judiciaire qui avait été envoyée la semaine dernière par la Suisse à la ministre sortante de la Justice, Marie-Claude Najm. Mme Schmutz Kirgöz a de son côté indiqué "ne pas avoir de commentaire" sur cette question, qui relève du ministère de la Justice et du procureur général suisses.
Aucun élément n'a été officiellement communiqué ni par Berne ni par Beyrouth concernant le contenu de ce dossier. Si certaines sources évoquent des transferts incriminés de 240 ou 400 millions de dollars, des montants qui auraient été gelés par la Suisse, le gouverneur de la BDL, Riad Salamé, nie toute implication et estime qu'il s'agit d'une campagne lancée pour lui porter préjudice. Lundi, il s'est une nouvelle fois défendu dans un communiqué. "Toutes les informations et les chiffres qui circulent dans la presse et sur les réseaux sociaux sont exagérés et ne correspondent en aucun cas à la réalité. Ils visent à cibler de manière systématique l'image de la Banque centrale et celle de son gouverneur", peut-on lire. Riad Salamé affirme ensuite que, "même s'il refuse d'aborder publiquement la question des chiffres et des faits, alors que le dossier est devant les justices libanaise et suisse, il assure que la logique de +Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose+ ne peut prévaloir dans cette affaire (...) car tous les faits sont documentés".
Selon le ministre libanais, l'ambassadrice a par ailleurs "salué les prises de position du Liban devant les instances internationales concernant les droits de l'homme, la liberté d'expression, le moratoire sur la peine capitale et les arrestations arbitraires de citoyens". Beyrouth était appelé à comparaître la semaine dernière devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à Genève pour une révision périodique de ses engagements, alors que les ONG locales et internationales relèvent régulièrement les manquements des autorités libanaises en matière de droits humains. Mi-janvier, Human Rights Watch faisait ainsi état, dans son rapport annuel, d'une "détérioration dramatique" de la situation en 2020, avec une régression des libertés d’expression et de réunion suite notamment au soulèvement populaire du 17 octobre 2019.


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