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Moyen-Orient - Éclairage

Pour Moscou, le test du scrutin présidentiel syrien

À l’approche de l’élection prévue au printemps, la Russie semble toujours miser sur Assad, à défaut d’alternative.

Pour Moscou, le test du scrutin présidentiel syrien

Bachar el-Assad et son épouse Asma se rendant aux urnes lors du scrutin législatif du 19 juillet 2020. Photo AFP

Moscou pourrait-il lâcher Bachar el-Assad à l’approche de l’élection présidentielle syrienne prévue au printemps ? Fort de sa victoire militaire remportée grâce à l’intervention massive de ses alliés russe et iranien, le régime syrien semble toutefois bien à la peine. Sa marge de manœuvre est largement réduite, tributaire du bon vouloir de Moscou et de Téhéran qui eux-mêmes sont, en coulisses, à couteaux tirés, se livrant à une guerre d’influence sur les ruines du pays. Pris en étau entre la Russie et l’Iran, il doit aussi composer avec sa mise au ban de la communauté internationale et avec les mesures punitives de

Washington. Promulguée par l’ancien président américain Donald Trump en décembre 2019, la loi César impose une pression maximale sur le régime de Damas et prévoit notamment le gel de l’aide à la reconstruction, ainsi que des sanctions contre le pouvoir et toutes les personnes et entreprises collaborant avec celui-ci. Il faut de surcroît compter avec l’intensification des frappes israéliennes contre les cibles iraniennes ou affiliées à Téhéran en Syrie. Hier, des tirs de missiles attribués à l’État hébreu par Damas ont tué quatre civils aux abords de la ville de Hama et « détruit » cinq positions militaires tenues par l’armée de Damas, mais où sont déployés des combattants iraniens et des membres du Hezbollah, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. De plus, quand bien même le régime entreverrait une possibilité de retrouver sa place dans le concert des nations arabes par le biais des Émirats arabes unis, Abou Dhabi traîne des pieds. Le clan Assad se trouve désormais à la tête d’un pays exsangue, dont plus de 80 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. L’heure est au marasme économique, la monnaie est en chute libre, les prix des denrées alimentaires ont atteint un niveau historiquement élevé. Selon le Programme alimentaire mondial, ils ont augmenté de 236 % en un an. Un état des lieux catastrophique auquel s’ajoute la crise sanitaire liée au coronavirus. Dans ces circonstances, le régime est confronté à une grogne de plus en plus importante au sein même des pans de la société qui lui sont traditionnellement fidèles, y compris parmi la communauté alaouite dont il est issu. Cette dernière, qui a payé un prix du sang exorbitant au cours de la guerre aux côtés du régime, se retrouve aujourd’hui en grande précarité économique et regarde d’un très mauvais œil les campagnes de « chiitisation » impulsées par l’Iran à qui elle préfère largement l’influence de la Russie.

« Pour la Russie, la prochaine élection n’est pas une partie de plaisir, mais un fardeau. L’élection est un gros test car les Russes sont confrontés à au moins une alternative : miser à nouveau sur Assad et essayer de le persuader de faire les changements envisagés par un certain nombre de résolutions, ou forcer Assad à abandonner et coordonner avec les États-Unis pour un candidat approprié », commente pour L’Orient-Le Jour Ruslan Trad, analyste et cofondateur de De Re Militari, un journal basé en Bulgarie.

Moscou vs Téhéran

Si Bachar el-Assad n’est pas une sinécure, Moscou n’a cependant pour l’heure aucune solution de rechange. Pourtant, les griefs à l’encontre de Damas sont nombreux. À commencer par la dépendance du régime à Téhéran que la Russie perçoit comme une menace contre ses intérêts en Syrie. Damas a contracté des dettes colossales vis-à-vis de la République islamique qui en retour exerce sur lui une triple pression militaire, politique et sociale. Depuis 2019, Moscou mène une campagne pour contrer l’influence de Téhéran au sein des institutions syriennes. Le Kremlin a par ailleurs sponsorisé les Forces du Tigre dirigées par Souhaïl el-Hassan contre la quatrième division blindée de Maher el-Assad – qui n’est autre que le frère cadet de Bachar – au sein de l’armée syrienne. « Pour la Russie, l’Iran est un adversaire direct en Syrie. La situation à Deraa, dans le sud-ouest du pays, qui s’aggrave chaque mois depuis au moins un an, est indicative. Les groupes prorusses et pro-iraniens se battent à nouveau, la plupart du temps avec des pertes. Cette situation est aux dépens d’Assad et il devra choisir un camp », commente Ruslan Trad.

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Selon certains analystes, la Russie envisagerait désormais d’évincer Bachar el-Assad et sa garde rapprochée pour renforcer son joug sur le pays et ouvrir la voie à l’aide financière occidentale pour la reconstruction, consolidant ainsi la clientélisation – notamment économique – de la Syrie vis-à-vis de Moscou. Car pour la communauté internationale, l’aide est conditionnée à l’amorce d’une transition politique, ce à quoi le régime oppose une fin de non-recevoir. « La Russie souhaite toujours introduire une nouvelle Constitution pour la Syrie, ce qui nécessite une influence sur les institutions et principalement sur le président. Mais ces plans se heurtent à la résistance à la fois de l’establishment syrien et des Iraniens. Téhéran s’oppose à la modification du statu quo pour le moment, en particulier dans un contexte d’escalade avec Israël », estime Ruslan Trad.

Rumeurs

Face à l’instabilité ambiante, les spéculations relatives au scrutin à venir vont bon train et certains commentateurs syriens tablent déjà sur divers plans B alternatifs à l’option Bachar. Dans un entretien avec le média saoudien al-Arabiyya, Ayman Abdelnour, analyste syrien basé aux États-Unis, avance la possibilité en dernier recours de faire émerger une figure sunnite issue de l’armée mais n’ayant pas pris part directement à la violence qui s’est déchaînée contre la population au cours des dix dernières années. À défaut d’une figure militaire répondant aux critères requis, à savoir être acceptée par la communauté internationale et bénéficier d’une certaine légitimité sur la scène intérieure tout en étant un fidèle du régime, le pouvoir pourrait également se tourner vers un « civil » bénéficiant d’une bonne réputation. « Ce plan, qui finirait par l’abandon formel du pouvoir par Bachar el-Assad, ne peut avoir lieu que si les Russes exercent une très forte pression sur lui. Or pour l’heure, ce qui transparaît de l’attitude russe, c’est un minimum de pression pour des réformettes, car la continuité du régime est indispensable pour les intérêts économiques et stratégiques de Moscou », nuance Fayçal Mohammad, analyste syrien basé au Canada.

Certaines rumeurs sont même allées jusqu’à avancer la possibilité d’une option Asma el-Assad – née Akhras –, l’épouse du président syrien. Au cours des derniers mois, son visage s’est affiché de manière grandissante dans les bureaux des ministères aux côtés de celui de son époux, suscitant de nombreuses interrogations, à plus forte raison du fait des efforts qu’elle a menés pour consolider le pouvoir économique du régime. Mais le flux des rumeurs s’est tari car Asma n’échappe plus, depuis juin dernier, aux sanctions américaines. À quoi s’ajoute son impopularité au sein de la base alaouite du pouvoir. « Les officiers entourant Bachar el-Assad, que ce soit à la direction sécuritaire ou militaire, sont des figures traditionnelles qui verraient l’inauguration d’une femme – même formelle – comme une insulte », commente Fayçal Mohammed. L’envoyé spécial américain en Syrie, Joël Rayburn, avait comparé fin décembre Asma el-Assad à un chef de « mafia » et déclaré que le régime avait déjà commencé à traiter avec le fils de Bachar el-Assad – Hafez –, âgé de 18 ans à peine, comme étant le successeur de son père.


Moscou pourrait-il lâcher Bachar el-Assad à l’approche de l’élection présidentielle syrienne prévue au printemps ? Fort de sa victoire militaire remportée grâce à l’intervention massive de ses alliés russe et iranien, le régime syrien semble toutefois bien à la peine. Sa marge de manœuvre est largement réduite, tributaire du bon vouloir de Moscou et de Téhéran qui eux-mêmes...

commentaires (3)

TEST DITES VOUS ? EN QUOI CA REPRESENTERAIT IL UN TEST JE NE COMPREND PAS ! DES LORS QUE LES RESULTATS SONT CONNUS DEPUIS 1970, LORS DE CHAQUE VOTE POUR LA PRES. DE LA REPUBLIQUE LIBRE DE SYRIE ?

gaby sioufi

12 h 06, le 23 janvier 2021

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Commentaires (3)

  • TEST DITES VOUS ? EN QUOI CA REPRESENTERAIT IL UN TEST JE NE COMPREND PAS ! DES LORS QUE LES RESULTATS SONT CONNUS DEPUIS 1970, LORS DE CHAQUE VOTE POUR LA PRES. DE LA REPUBLIQUE LIBRE DE SYRIE ?

    gaby sioufi

    12 h 06, le 23 janvier 2021

  • Tant de suspens pour un dictateur qui sera plébiscité au vu de son humanisme débordant... nous savons tous que ce ne sont pas des élections mais une mascarade dans un pays laminé. Les urnes parleront comme l'a décidé le dictateur.

    Zeidan

    09 h 28, le 23 janvier 2021

  • SCRUTIN ? QUELLE MASCARADE !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    09 h 23, le 23 janvier 2021

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