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Société - Focus

Face au Covid-19, la double peine des réfugiés palestiniens

Le confinement n’est pas respecté dans les camps qui connaissent pourtant un taux de mortalité deux fois supérieur à la moyenne nationale.


Face au Covid-19, la double peine des réfugiés palestiniens

Au camp de Chatila, mardi 12 janvier. Photo Mohammad Yassine

Grands étalages de légumes, vendeurs itinérants, mobylettes arpentant des ruelles étroites et insalubres, falafels plongés dans l’huile et kaaks sur la braise. Au camp de réfugiés palestiniens de Bourj el-Brajné (banlieue sud de Beyrouth), absolument rien ne venait donner l’impression mardi – avant l’instauration du confinement renforcé – que des mesures exceptionnelles avaient été instaurées pour lutter contre la pandémie. Pourtant, ces labyrinthes de pauvreté à la densité très forte, qui renferment une des communautés les plus défavorisées du Liban, offrent un environnement des plus propices à la propagation du coronavirus. La situation sanitaire y est alarmante. L’Unrwa a recensé 3 918 cas de Covid depuis février 2020 et 144 morts, ce qui fait un taux de mortalité de 2,7 %, le double du ratio national libanais. Quelle en est la raison ? « Les facteurs de comorbidité sont plus élevés dans les camps palestiniens car la mauvaise hygiène de vie, les maladies chroniques et la pollution sont des facteurs aggravants », relève Hoda el-Samra, porte-parole de l’Unrwa au Liban, contactée par L’Orient-Le Jour. Comme partout ailleurs, le Covid-19 fait des ravages dans les quartiers les plus démunis.

D’autres facteurs d’ordre sociologique font également partie de l’équation. Les locaux de la Woman Program Association sont adjacents à ceux de l’Unicef à Bourj el-Brajné. Entourée d’immeubles grisâtres aux briques apparentes, la salle de réunion où Mariam Chaar, fondatrice de l’organisation, reçoit ses visiteurs est parsemée de messages de santé publique contre le Covid. « Les Palestiniens au Liban sont convaincus d’avoir une immunité à toute épreuve, due à l’histoire de la communauté qui a vécu le déplacement et la misère. Beaucoup refusent de porter le masque ou de se rendre à l’hôpital pensant qu’ils arriveront à se soigner seuls », dit-elle. L’accès aux soins est loin d’être simple pour les Palestiniens qui doivent souvent patienter quelques jours avant de pouvoir voir un médecin dans les cliniques de l’Unrwa, un laps de temps crucial dans la lutte contre le virus. Ces conditions sanitaires se mêlent à la crise économique qui frappe aussi de plein fouet cette frange de la population. « Certaines familles sont obligées de mélanger de l’eau et du thym pour se nourrir, cette crise est l’une des pires qui les ait frappées », déplore Mariam Chaar.


Une polyclinique à Bir Hassan où les Palestiniens sont pris en charge. Photo Mohammad Yassine


Marchés bondés

Le non-respect des mesures de confinement dans les camps palestiniens est loin de provoquer un débat national, comme si ces quartiers, qui ne sont pas directement administrés par l’État, se trouvaient hors du Liban. Le gouvernement libanais a décidé de fermer l’accès aux camps durant le confinement. « Mais ces quartiers ne sont pas hermétiques, il y a mille et un chemins pour y entrer et en sortir », rappelle Aya el-Hawarne, coordinatrice terrain pour Anera, une ONG américaine. Les camps étant imbriqués dans le tissu urbain, ces décisions semblent aussi efficaces que de porter un masque strictement sur le menton, par acquis de conscience. Des vidéos circulaient la semaine dernière sur les réseaux sociaux montrant des marchés grouillant de monde à Chatila, ou encore des matchs de football devant un public à Beddaoui, dans le Nord. « Les Palestiniens sont déjà emprisonnés dans ces camps, un confinement ne changera rien à la donne, ils sont habitués à vivre reclus », estime Mariam Chaar.

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Assis sur le perron d’un immeuble, avec ses quatre camarades, Moustapha porte religieusement son masque sur le visage, en contraste étonnant avec le reste des habitants de Bourj el-Brajné. Meneur de groupe, il prend l’initiative de parler au nom de tous, cigarette au bec. Ce Palestinien de 25 ans travaillant dans l’unité de production d’électricité du quartier avoue que sa situation est devenue extrêmement difficile. « Les jeunes avant la crise survivaient grâce au travail journalier en dehors des camps », raconte-il. Avec le Covid et l’effondrement du système bancaire, l’extrême pauvreté a frappé durement cette communauté qui survit tant bien que mal grâce aux aides des ONG et de l’Unrwa. « Beaucoup de jeunes sombrent désormais dans l’illégalité, les trafics en tous genres, afin de pouvoir survivre. Et on ne peut pas les blâmer pour cela, parce qu’ils le font pour pouvoir se nourrir », avance Moustapha.

Centre d’isolement

L’agence onusienne en charge des réfugiés palestiniens a toutefois pris les mesures adéquates en début d’épidémie afin de lutter efficacement contre le virus. Les différents centres de santé répartis sur l’ensemble du territoire ne reçoivent qu’un nombre limité de patients, uniquement sur rendez-vous. « Tous les frais hospitaliers liés au Covid sont pris en charge à 100 % par l’agence, nous avons des accords avec de nombreux hôpitaux et jusqu’à aujourd’hui, aucun de nos patients ne s’est vu refuser l’accès aux soins », explique Claudio Cordone, directeur de l’Unrwa au Liban. Le fonctionnaire onusien ne se voile pourtant pas la face, les Nations unies ne peuvent se soustraire aux autorités publiques et il ne lui appartient pas de faire respecter l’ordre dans les camps.

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En coopération avec Médecins sans frontières, un centre d’isolement a été déployé à Sibline, dans le Chouf. Une victoire en demi-teinte puisque ce centre ne fonctionne qu’à 15 % de sa capacité, peu de Palestiniens faisant le déplacement. « Nous avons pourtant largement communiqué sur ce service mais les bénéficiaires sont réticents à l’idée de quitter leur foyer et s’installer seuls dans ce centre », affirme Claudio Cordone. Aya el-Hawarne explique pour sa part que de nombreux programmes ont été mis en place depuis mars 2020. Distributions de kits sanitaires, séances de sensibilisation, nettoyage des camps, fabrication de masques. « Mais il faudrait avoir un matraquage quotidien pour changer profondément les habitudes. Nous observons rapidement un impact durant nos programmes mais qui s’efface malheureusement quelque temps après la fin des activités », conclut-elle.


Grands étalages de légumes, vendeurs itinérants, mobylettes arpentant des ruelles étroites et insalubres, falafels plongés dans l’huile et kaaks sur la braise. Au camp de réfugiés palestiniens de Bourj el-Brajné (banlieue sud de Beyrouth), absolument rien ne venait donner l’impression mardi – avant l’instauration du confinement renforcé – que des mesures exceptionnelles...

commentaires (3)

Le pauvres palestiniens , ils vont devoir aller se réfugier en palestine c’est leur seul salut, puisque le Liban ne les protège même plus contre la faim. Ils ne seront que plus heureux chez eux, et ils feront le bonheur de tous les Libanais et en plus ils auront nos remerciements. Ainsi soit-il

Le Point du Jour.

18 h 44, le 17 janvier 2021

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Commentaires (3)

  • Le pauvres palestiniens , ils vont devoir aller se réfugier en palestine c’est leur seul salut, puisque le Liban ne les protège même plus contre la faim. Ils ne seront que plus heureux chez eux, et ils feront le bonheur de tous les Libanais et en plus ils auront nos remerciements. Ainsi soit-il

    Le Point du Jour.

    18 h 44, le 17 janvier 2021

  • Triste réalité.

    Brunet Odile

    23 h 19, le 16 janvier 2021

  • Décidémment...Lorsque ce n'est pas Stéphanie khouri , c'est Alexandre Khouri qui nous parle de palestiniens. Spécialité Khouri ? lool. Bonne journée.

    radiosatellite.online

    19 h 46, le 16 janvier 2021

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