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Lifestyle - La mode

Bird On a Wire : « Allo Beyrouth, ici L.A. ! »

Elle a fini par « quitter », Rayya Morcos. Pour son petit label de mode, « Bird On a Wire », un nom inspiré d’une chanson de Leonard Cohen, Beyrouth se faisait trop étroit. Notre oiseau sur un fil, conscient de sa fragilité, œuvre désormais depuis Los Angeles à insuffler une nouvelle éthique au vêtement par des pratiques où souffle un vent d’art contemporain.

Bird On a Wire : « Allo Beyrouth, ici L.A. ! »

Création « Bird On a Wire » par Rayya Morcos. Photos tirées de son compte Instagram_birdonawire_

En 2016, elle représentait la création mode au sein de la 2e promotion de notre concours Génération Orient. Elle qui a grandi entre une mère artiste et fantasque, passionnée de musées et d’expositions, et un père ingénieur qui l’initiait tous les dimanches aux secrets de la mécanique et du bricolage avait choisi d’associer ces deux parties de sa culture et de son fonctionnement mental en se lançant dans des études en architecture d’intérieur. Mais la mode l’attire aussi, qui fait appel à des compétences du même ordre, mais qui en plus produit des œuvres mobiles, vivantes et représentatives de l’air du temps. Son diplôme en poche, elle s’inscrit à Esmod Beyrouth, juste pour ne pas regretter un chemin qu’elle n’a pas pris. À sa sortie, Rabih Kayrouz lui demande tout de go : « Quand est-ce que tu commences ton stage chez moi ? », et du tac au tac, elle répond : « Demain. »

Création « Bird On a Wire » par Rayya Morcos. Photos tirées de son compte Instagram_birdonawire_

Des inventions et des prix

L’apprentissage auprès de ce mentor durera cinq ans, jusqu’au jour où la jeune femme se sent prête à voler de ses propres ailes, non sans se poser d’abord sur ce fil connu de tous les oiseaux migrateurs, le temps de sentir la direction du vent et pressentir les difficultés du parcours. Son label, fondé au début des années 2010, est donc baptisé « Bird On a Wire », un nom qui rend hommage à Leonard Cohen, l’une de ses passions. Pour la jeune marque, c’est le premier maillon d’un enchaînement de succès. Elle est tour à tour citée dans Vogue Italia, lauréate du prix de la Maison méditerranéenne de la mode à Marseille et surtout, première au Moyen-Orient à remporter le prestigieux prix Woolmark.

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Et si ses collections font le tour de toutes les capitales qui comptent dans la région, elle n’arrête pas d’innover, première à afficher sur ses étiquettes un code QR à scanner pour découvrir l’explicatif du vêtement et les conseils d’entretien. Elle ne se confine d’ailleurs pas dans la mode et s’attache à imaginer autour de ses vêtements tout un univers onirique à travers des installations de flamants roses géants ou d’automates. L’ingénieure, ou plutôt l’ingénieuse en elle, refuse de céder à la rêveuse toute la place.

Opération transformation en solidarité avec Beyrouth

La crise la rattrape comme tout le monde, et Rayya Morcos sent venu le moment du grand saut dans le vide. Elle s’envole pour Los Angeles début 2020, croisant sur son chemin tous les obstacles possibles de cette annus horribilis planétaire. Des mois initiatiques qui vont accélérer sa remise en question de l’industrie de la mode et lui imposer une nouvelle stratégie. Elle se souvient comme d’un des meilleurs moments de sa carrière d’une collaboration réalisée à Beyrouth avec un magasin vintage qui lui propose de retailler trois cents pièces, toutes emportées à peine posées sur le portant. Quand survient la double explosion du 4 août, elle est à des milliers de kilomètres, le cœur en sang. Elle a l’idée de recréer l’événement avec un magasin communautaire de Burbank : l’initiative consiste à inviter le public à apporter de vieux vêtements pour les faire retailler, en contrepartie d’une contribution à la Croix-Rouge libanaise. En parallèle, Rayya Morcos rebaptise sa marque « Re-Bird », comme une nouvelle naissance. Elle va en faire une plateforme de transformations magiques pour des tissus et vêtements existants, non pas usés et usagés, mais en fin de stock.

Création « Bird On a Wire » par Rayya Morcos. Photos tirées de son compte Instagram_birdonawire_

Une mode pour « superhéros »

« Quand j’ai déménagé en Californie, je savais exactement ce que je voulais faire. L’industrie de la mode produit tellement de déchets et de pollution qu’elle serait la 2e industrie la plus polluante de la planète ! C’est horrible de penser que lorsque vous achetez un pantalon ou un tee-shirt bon marché, vous êtes en fait un criminel ! La durabilité englobe bien plus que l’upcycling, il s’agit d’un travail éthique de A à Z : la plupart des usines de mode ne versent pas de salaire minimum à leurs employés et les font travailler dans des conditions inhumaines ; les colorants sont déversés dans les rivières, polluant l’eau que nous buvons, le poisson que nous mangeons, l’écosystème dans lequel nous vivons. L’excès de production (plus on produit, meilleur marché est le coût de production) signifie qu’il y a des tonnes de déchets, voire de cadavres d’animaux qui finissent dans les décharges, ce qui crée des gaz toxiques et pollue le sol. La consommation d’eau pour créer un nouveau tissu est également un autre enjeu…

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Malgré cela, je voulais quand même créer de nouvelles pièces, je ne suis pas fan de mode vintage simplement parce que je crois que la mode doit être avant-gardiste et en avance sur son temps, ne pas stagner dans le passé, c’est ce que le mot mode veux dire, d’ailleurs. La solution, pour moi, a été d’inviter chacun à devenir un superhéros en se confirmant à un mode de vie durable et en achetant de manière responsable. L’upcycling a une connotation négative, et j’essaie de montrer aux gens que ce n’est pas une mode dépassée, ce n’est pas morose et ce n’est pas ennuyeux ! » affirme Rayya Morcos. Les surprises qui résultent de ses collages prouvent qu’on peut créer des indispensables avec le superflu.

En 2016, elle représentait la création mode au sein de la 2e promotion de notre concours Génération Orient. Elle qui a grandi entre une mère artiste et fantasque, passionnée de musées et d’expositions, et un père ingénieur qui l’initiait tous les dimanches aux secrets de la mécanique et du bricolage avait choisi d’associer ces deux parties de sa culture et de son fonctionnement...
commentaires (2)

J aimerais bien savoir ce qui est attirant ou artistique la dedans, c est grottesque

Robert Moumdjian

05 h 35, le 07 janvier 2021

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Commentaires (2)

  • J aimerais bien savoir ce qui est attirant ou artistique la dedans, c est grottesque

    Robert Moumdjian

    05 h 35, le 07 janvier 2021

  • C'est monstrueux.

    Gerard Avedissian

    19 h 37, le 06 janvier 2021

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