
Des enfants accompagnés d'adultes, le 3 janvier 2021 sur la corniche de Beyrouth. Photo AFP / ANWAR AMRO
La présidence du Conseil a publié mardi matin une circulaire annonçant l'ensemble des mesures prévues dans le cadre du nouveau bouclage généralisé du pays du 7 janvier au 1er février. Ce nouveau confinement a pour objectif d'enrayer la rapide progression du coronavirus dans un Liban en crise, au moment où le secteur hospitalier, saturé, est au bord du gouffre. Il a été décidé après de nouveaux records dans le nombre de cas quotidiens recensés après les fêtes de fin d'année, une période durant laquelle un grand relâchement a été constaté tant au niveau de la population que de la part des responsables qui ont drastiquement allégé les mesures de prévention. Mardi encore, 3.620 nouveaux cas de Covid-19 et dix-sept décès supplémentaires ont été signalés au cours des dernières 24h, selon le dernier bilan du ministère de la Santé.
Voici les principales mesures inclues dans cette nouvelle circulaire :
Bouclage, couvre-feu et circulation alternée
- Couvre-feu quotidien entre 18h et 5h, à partir du jeudi 7 janvier à 5h du matin jusqu'au lundi 1er février à 5h du matin.
- La circulation alternée est à nouveau instaurée. Les véhicules portant une plaque d’immatriculation se terminant par un chiffre impair pourront ainsi circuler les lundis, mercredis et vendredis, et ceux avec une plaque d’immatriculation se terminant par un chiffre pair (dont le zéro) les mardis, jeudis et samedis. Tous les véhicules seront interdits de circuler les dimanches. Les avocats, les juges, les membres du corps diplomatiques, les fonctionnaires de la présidence de la République, du Parlement et de la présidence du Conseil, ceux des ministères de l'Intérieur, de la Défense, de la Santé, ainsi que les militaires (pompiers inclus) et les policiers, les secouristes, les journalistes, les employés du secteur médical et pharmaceutique, les personnes à mobilité réduite, et enfin les dépanneuses sont exemptés de cette mesure. De même pour les voyageurs à l'arrivée et au départ de l'aéroport de Beyrouth, à condition d'être munis de leurs documents de voyage. Les taxis ne pourront pas transporter plus de trois personnes à la fois, chauffeur inclus, et quatre personnes, conducteur inclus, pour les véhicules privés. Les motos peuvent circuler sur tout le territoire entre 5h et 18h, à l'exception de Saïda.
- Seront donc fermés : les administrations publiques, les municipalités et leurs fédérations, les offices autonomes, les universités et écoles privées et publiques, les crèches, les jardins publics, les corniches maritimes, les clubs de sport, et les terrains sportifs publics et privés, en intérieur et en extérieur. Le Casino du Liban sera également fermé durant toute la période du bouclage. De même pour les institutions commerciales et les sociétés privées, ainsi que les marchés populaires, les cinémas, les musées, les salles de théâtre, et les salles de vidéo poker, de jeux électroniques et en ligne. Les fêtes publiques et privées, les soirées et les événement sociaux sont interdits, tout comme les rassemblements en tous genres. Tous les événements religieux doivent être annulés, et le ministère de l'Intérieur ainsi que les autorités religieuses seront chargées d'appliquer cette décision.
Toutefois, une série d'exemptions est prévue au bouclage généralisé :
- Le ministère de la Santé, les hôpitaux, les dispensaires publics et les centres de soins sociaux resteront ouverts, ainsi que toutes les institutions liées au secteur de la santé et pharmaceutique et les laboratoires. Ils pourront fonctionner 24h sur 24. De même que les institutions médiatiques, les hôtels et appartements meublés ainsi que les sociétés de sécurité et les minoteries.
- Les industries de production alimentaire pourront fonctionner entre 5h et 15h. Les marchés de vente en gros (fruits, légumes, viande, volaille, poisson) seront ouverts entre 5h et midi. Les supermarchés, épiceries de quartier, boulangeries, boucheries, poissonneries et autres pourront ouvrir entre 5h et 17h. Les restaurants et pâtisseries pourront fonctionner entre 5h et 17h, uniquement pour la livraison à domicile. Les garages peuvent ouvrir entre 8h et 17h.
- En cas de besoin, les ministères, municipalités et fédérations de municipalités pourront ouvrir leurs portes à condition de fonctionner à 25% de leur capacité. Sont également exemptées de fermeture "les principales institutions" au sein du ministère de la Défense, de l'Intérieur, la direction générale de la Sécurité de l'Etat, la Croix-Rouge, la Défense civile et les pompiers.
- De même pour Electricité du Liban et toutes les sociétés en charge de la distribution et la maintenance du courant électrique sur tout le territoire. Le ministère des Télécoms, l'office Ogero et toutes les sociétés de téléphonie et d'Internet ouvriront leurs portes également. La direction générale du pétrole du ministère de l'Energie, ainsi que les stations-services (entre 5h et 17h) et celles d'imports de carburants pourront également fonctionner durant le bouclage. De même que les infrastructures en lien avec l'approvisionnement et la distribution de l'eau.
- La Banque du Liban restera ouverte, ainsi que les banques commerciales à travers le pays, à condition de fonctionner à 20% de leur capacité et de n'ouvrir que 20% de leurs branches. Les distributeurs automatiques de billet seront alimentés sans interruption, et les sociétés de transfert d'argent, ainsi que les bureaux de change, pourront aussi fonctionner, mais là encore, à 20% maximum de leur capacité.
- Les membres du corps diplomatique, notamment les employés de l'ONU, sont exemptés de toutes les mesures prévues. Les avocats et les juges pourront continuer à exercer, à distance uniquement, et seulement pour les affaires de libération et les dossiers urgents. Le travail au sein des tribunaux militaires est, lui, suspendu.
Aéroport
L'aéroport de Beyrouth ainsi que toutes les infrastructures portuaires et frontalières terrestres demeurent ouverts durant toute la période de confinement. Toutefois la circulaire prévoit les mesures suivantes:
- Réduire le nombre de voyageurs à l'aéroport international de Beyrouth à partir du lundi 11 janvier, afin que le flux de voyageurs soit réduit à 20% du nombre de passagers enregistré en janvier 2020. Les passagers arrivant à partir du jeudi 7 janvier à l'aéroport devront subir un test PCR immédiat sur place. Mais pour les voyageurs arrivant à partir du 11 janvier, les mesures seront renforcées : ainsi, ces derniers devront subir un premier test PCR à leur arrivée à l'aéroport, puis un nouveau test sept jours après la date de leur arrivée. Les passagers doivent également loger dans un hôtel, à leurs frais, pour une durée ne dépassant pas les 72h, dans l'attente des résultats du test PCR effectué à l'aéroport. En cas de résultat négatif, ils devront néanmoins passer les jours restant qui les séparent du deuxième test en isolement à domicile. Si le résultat est positif au Covid-19, "les directives du ministère de la Santé sont appliquées", énonce la circulaire sans plus de précision.
Sont exemptés de l'obligation d'isolement les diplomates et leurs familles, ainsi que les délégations officielles et les membres de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Sont également exemptées d'isolement toutes les personnes ayant reçu un vaccin contre le coronavirus, preuve médicale à l'appui. Mais elles devront quand même subir un test PCR à leur arrivée à l'aéroport, "par mesure de précaution".
Tout passager souhaitant se rendre à Beyrouth doit être muni d'un résultat PCR négatif et avoir rempli le formulaire en ligne mis en place par les autorités sanitaires libanaises, à défaut de quoi, il ne pourra pas embarquer à bord de son vol à destination du Liban.
- Le trafic frontalier terrestre avec la Syrie est lui aussi réduit à raison de 150 personnes au niveau du passage de Masnaa (Békaa) et 100 personnes au niveau du poste-frontière de Abboudiyé (Nord), et ce à raison de deux fois par semaine.
La circulaire demande également aux ministères concernés d'imposer aux hôpitaux privés d'assurer des lits en soins intensifs dédiés au coronavirus, sous peine, entre autres, d'annuler les contrats entre ces établissements et les organismes assureurs.
Ces mesures seront sujettes à une réévaluation "périodique" par une commission incluant des représentants des ministères de la Santé, de l'Intérieur, du Tourisme et des Transports publics.
Araji surpris
Réagissant à ces mesures, le président de la commission parlementaire de la Santé, le député Assem Araji, s'est dit "étonné" de ces modalités, estimant qu'elles ressemblent à celles des précédents bouclages qui n'ont pas vraiment porté leurs fruits. "Nous avons été étonnés par les mesures adoptées par le gouvernement hier et qui sont similaires aux mesures adoptées par le passé et qui incluent de nombreuses exceptions", a déploré le parlementaire à l'issue d'une réunion de la commission. "Notre situation est dangereuse, et nos moyens sont beaucoup plus limités que ceux du Royaume-Uni qui a, lui, décrété un bouclage total", a-t-il fait remarquer. Assem Araji a également dit craindre une hausse des cas de contaminations dans les dix prochains jours.
La présidence du Conseil a publié mardi matin une circulaire annonçant l'ensemble des mesures prévues dans le cadre du nouveau bouclage généralisé du pays du 7 janvier au 1er février. Ce nouveau confinement a pour objectif d'enrayer la rapide progression du coronavirus dans un Liban en crise, au moment où le secteur hospitalier, saturé, est au bord du gouffre. Il a été décidé...
commentaires (9)
Est ce qu’il existe une palme d’or de la connerie pour la décerner à ces ministres technocrates démissionnaires ?
Liberté de penser et d’écrire
21 h 13, le 06 janvier 2021