Pour le Premier ministre britannique Boris Johnson, un « no deal » reste le « plus probable ». Hollie Adams/AFP.
Les négociations entre Britanniques et Européens ont fait des progrès vers un accord post-Brexit, mais des blocages persistent, en particulier sur la pêche, à l’approche du 1er janvier 2021. « Il y a du mouvement, c’est bien », s’est réjouie hier la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, qui a décidé la veille d’un commun accord avec le Premier ministre britannique Boris Johnson de poursuivre les négociations, sans cette fois fixer de date limite, mais sous la pression inexorable du calendrier.
Le négociateur Michel Barnier a rendu compte hier des discussions en faisant état de « quelques progrès », notamment sur les conditions de concurrence équitable, mais a signalé des divergences toujours importantes sur la pêche, une question cruciale pour certains États membres comme la France, les Pays-Bas et l’Espagne, selon des diplomates. M. Barnier a estimé qu’il était de la « responsabilité » de l’UE de donner « toutes les chances de succès » aux pourparlers, alors qu’un « no deal » aurait de lourdes conséquences économiques.
Les discussions se concentrent sur trois sujets épineux : l’accès des pêcheurs européens aux eaux britanniques, la manière de régler les différends dans le futur accord et les conditions que les Européens exigent des Britanniques pour éviter toute concurrence déloyale. « Tout accord doit respecter le fait que nous sommes un pays souverain », a averti le ministre britannique en charge des Entreprises, Alok Sharma, sur Sky News. Sur la pêche, dont les Britanniques ont fait un symbole de leur souveraineté retrouvée après le divorce, « des difficultés sérieuses persistent » et « on est encore très loin » d’un compromis, selon des diplomates.
« Dégager les obstacles »
Les questions qui coincent sont celles des bateaux battant pavillon britannique, mais de propriété espagnole ou néerlandaise, ainsi que la nationalité des équipages sur les bateaux britanniques, a expliqué une source européenne. Sur les conditions de concurrence équitable, exigées des Européens pour offrir un accord à Londres sans tarifs ni quotas tout en protégeant les intérêts de leur immense marché, des progrès ont été faits sur le mécanisme à mettre en œuvre en cas de divergences dans les domaines de l’environnement, du droit du travail, de la fiscalité et des aides d’État. Le principe d’un tel dispositif a été accepté par Londres, mais des désaccords subsistent pour qu’il soit suffisamment musclé afin que des mesures de compensation puissent s’appliquer à titre préventif et sur le long terme, selon des sources européennes.
Après des mois de négociations intensives, « il pourrait y avoir une voie étroite vers un accord en vue si les négociateurs dégagaient les obstacles dans les prochains jours », a indiqué un diplomate rapportant les propos de Michel Barnier. « En cas d’avancées sur la pêche, un accord serait possible dans les prochains jours », selon une source européenne. « Concrètement, je ne pense pas qu’on va aller au-delà de la semaine qui vient, ça ne serait pas très raisonnable », car il reste peu de temps pour s’organiser, a remarqué le secrétaire d’État français aux Affaires européennes Clément Beaune.
Le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire a estimé que les Britanniques seraient « les grands perdants » du Brexit qui n’amputera la richesse nationale de la France que de 0,1 point de pourcentage en 2021. Boris Johnson a une nouvelle fois répété dimanche que le scénario d’un « no deal », malgré ses lourdes conséquences, était le « plus probable ».
Le Royaume-Uni, qui a officiellement quitté l’UE le 31 janvier, abandonnera définitivement le marché unique et l’Union douanière le 31 décembre. Sans accord commercial, ses échanges avec l’UE se feront selon les seules règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de droits de douane ou de quotas.
Françoise MICHEL/AFP


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