Critiques littéraires

La tolérance, un bien mal partagé

L’ouvrage qui vient de paraître de la Fondation libanaise pour la paix civile permanente constitue une œuvre documentaire, vécue et vivante, à propos de la mémoire libanaise collective et partagée, et la transmission de ce patrimoine aux nouvelles générations.

L’auteure écrit dans l’introduction : « Les rencontres de la Fondation libanaise pour la paix civile permanente durant les guerres au Liban, avec la participation de militants et d’acteurs sociaux et pour la sauvegarde de la convivialité libanaise, ont inspiré mon travail. Je reviens à Ibn Arabi dont la foi est celle de l’amour, et aussi à Mikhail Neaimé, moine de Chakhroub, écoutant les cloches des églises à travers la vallée, et au Pape Jean-Paul II atteint par les balles d’un haineux et qu’il pardonne. La remédiation réside dans la tolérance. L’agression cependant contre la mosquée de Jérusalem, la profanation de lieux de culte et le mur du cloisonnement en Palestine justifient l’appréhension pour une humanité en naufrage. J’ai alors rassemblé mes documents sur la tolérance. Telle est la genèse du travail qui, je l’espère, renforcera au Liban et dans le monde arabe l’attachement à des fondamentaux sur la dignité humaine. »

Haya Ziadé n’a pas rassemblé une documentation livresque sur la tolérance et la mémoire collective et partagée. Son œuvre est le fruit d’une investigation vécue, vivante et assumée, et donc un modus vivendi. Vivre ainsi la tolérance et la mémoire, c’est intégrer les valeurs qui ne supportent pas les compromissions et acquérir l’immunité nationale à l’encontre de tous les imposteurs. L’Unesco, dans un document fondateur, a défini la tolérance et son contenu valoriel dans l’interaction, l’égalité et le respect mutuel. La tolérance, dans le patrimoine de l’islam et la lecture éclairée des textes sur la foi, implique une haute spiritualité, sinon il s’agit de politesse sociale. Quel rapport entre la tolérance et la mémoire collective ? La catharsis mémorielle exige la thérapie des ressentiments et l’approche pluridimensionnelle des conflits. L’ouvrage revêt un grand intérêt pour l’édification de la mémoire collective et partagée des Libanais, notamment dans le cadre de programmes d’Éducation civique et d’Histoire et de programmes d’institution culturelles et éducatives. La tolérance peut cependant être pervertie quand elle dévie vers le pacifisme, l’adaptation opportuniste à toutes les situations équivoques, et donc sans seuil de tolérance au sens médical. La tolérance, qui n’est pas compromission, est incompatible avec le désengagement et tout positionnement en fonction des conjonctures, sans constance à propos de valeurs fondamentales.

Sur la couverture de l’ouvrage, le « Pacte de solidarité des habitants de Obey et environs » du 2 juillet 2017 où, à l’appel de l’Association « Rassemblement des fils de la Montagne », les habitants, musulmans et chrétiens, s’engagent à contrecarrer toute dissension communautaire, et cela au monument de l’Émir Jamal el-Dine Abdallah al-Tanûkhî.


La Tolérance : Anthologie de Ibn Arabi à Derrida et récits de vie à propos des guerres 1975-1990, la mémoire et la paix civile au Liban de Haya Tarek Ziadé, publication de la Fondation libanaise pour la paix civile permanente, vol. 46, Librairie orientale, 2020, 264 p.


L’ouvrage qui vient de paraître de la Fondation libanaise pour la paix civile permanente constitue une œuvre documentaire, vécue et vivante, à propos de la mémoire libanaise collective et partagée, et la transmission de ce patrimoine aux nouvelles générations.L’auteure écrit dans l’introduction : « Les rencontres de la Fondation libanaise pour la paix civile permanente durant...

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