Le point de vue de... Point de vue

En attendant le vaccin

En attendant le vaccin

D.R.

« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ! » Albert Camus


Dans les semaines et les mois à venir, très prochainement selon les annonces des laboratoires en compétition, le vaccin nouvellement découvert sera distribué dans le monde entier. Le confinement prendra fin et les gens sortiront de leurs maisons soigneusement calfeutrées et de leurs cachettes, tout comme Noé et les créatures vivantes qui l’accompagnaient ont quitté l'Arche après que le déluge se soit apaisé. Mais quel avenir nous attend ?

Est-il possible, comme le croient les plus optimistes parmi nous, que la pandémie soit le déclic d'un réveil qui instaure une nouvelle réalité plus compatible avec la vie humaine et l'environnement, ou, comme le prévoient, d’autre part, beaucoup de penseurs, historiens, écrivains et économistes – ceux qui regardent l’avenir avec doute et suspicion –, que la réalité actuelle ne conduira pas nécessairement à des changements positifs, qu’elle pourrait, bien au contraire, intensifier la censure et restreindre les libertés publiques à cause de l'aggravation des crises économiques et sociales.

Après chaque catastrophe, l’humanité se trouve face à de grands défis. Au XIXe siècle, certains philosophes et hommes de sciences pensaient que les découvertes scientifiques conduiraient finalement à l'élimination de la barbarie qui caractérisait la vie humaine et aideraient à atteindre enfin la paix et la sécurité. Cependant, la réalité a montré le contraire, car le XXe siècle a été témoin de nombreuses tragédies causées par les deux guerres mondiales, d’autres guerres destructrices et l'utilisation de la bombe nucléaire pour la première fois de l'histoire – bombe qui va devenir l'arme de « dissuasion » et dont la possession va jouer « entre les grandes puissances le rôle d'une épée de Damoclès », selon Bertrand Goldschmidt dans son ouvrage L’Aventure atomique, 1962 –, par la continuation de l'exploitation de l’homme par l’homme, par la montée de l'extrémisme et l'intolérance religieuse, l’exploitation sauvage de la nature (forêts, mers et océans, entre autres), la surconsommation et l'abandon de tout projet politique humanitaire.

Face à tout cela, le monde a connu de nouvelles douleurs et des dangers sans précédent. Ainsi, ce qui se passe maintenant nous enseigne que le progrès scientifique et l’avancée de la technologie et de la médecine ne conviennent que s’ils sont accompagnés d’un progrès humain, d’un changement indispensable aux niveaux politique, économique et culturel, ainsi que la formulation d'un nouveau contrat social fondé sur l'éducation, le pain et la liberté pour tous. C'est notre plus grand rêve. N'avons-nous pas au moins le droit de rêver ?

Un des aspects positifs du confinement est une réduction des émissions de dioxyde de carbone de 40% et des particules fines de 10%, ce qui sauve des milliers de vies humaines d'une mort prématurée. Ces deux éléments empoisonnent l'air et causent, chaque année, rien qu'en Europe, la mort de plus de 500 000 personnes. Ce qui révèle à quel point la pollution de l'air constitue une menace pour la santé et la vie humaines et dans quelle mesure la pollution a également contribué à la propagation de l'épidémie, face à l'indifférence de ceux qui sont impliqués dans la gestion des affaires de cette planète.

Au cours des trois dernières décennies, les sonnettes d’alarme tirées par des écologistes sur les dangers des politiques insensées menées par les grandes puissances n’ont pas servi à grand-chose. À l'approche de l'arrivée d'un vaccin, les scientifiques mettent toujours en garde contre la possibilité de pandémies plus dangereuses et plus mortelles que celle de Corona si les mêmes systèmes politiques et économiques continuent de régir aussi inconsciemment le monde.

Détruisant les écosystèmes et en l'absence de projet de construction d'une nouvelle humanité fondée sur la justice et l'égalité, le monde continuera de vaciller au bord du gouffre. Il est temps de changer les donnes pour ne pas atteindre la vision apocalyptique exprimée par Nietzsche : « Au détour de quelque coin de l’univers inondé des feux d’innombrables systèmes solaires, il y eut un jour une planète sur laquelle des animaux intelligents inventèrent la connaissance. Ce fut la minute la plus orgueilleuse et la plus mensongère de l'“histoire universelle”, mais ce ne fut cependant qu’une minute. Après quelques soupirs de la nature, la planète se congela et les animaux intelligents n’eurent plus qu’à mourir (...) Des éternités ont passé d’où il était absent ; et s’il disparaît à nouveau, il ne se sera rien passé. »


« Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ! » Albert CamusDans les semaines et les mois à venir, très prochainement selon les annonces des laboratoires en compétition, le vaccin nouvellement découvert sera...

commentaires (1)

Exactement, l'humanité n'est qu'un laps de temps dans cet univers. Et qui sait, peut-être qu'elle s'est auto détruite des millions de fois..

Esber

08 h 15, le 06 décembre 2020

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Commentaires (1)

  • Exactement, l'humanité n'est qu'un laps de temps dans cet univers. Et qui sait, peut-être qu'elle s'est auto détruite des millions de fois..

    Esber

    08 h 15, le 06 décembre 2020

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