D.R.
Netanyahou qui a osé, osera encore et toujours ! Après Gaza, viendra le tour de la Cisjordanie, cette Judée-Samarie dans le jargon sioniste. Donald Trump de son côté fermera les yeux : il ne pourra retenir indéfiniment le bras armé d’Israël, ni mettre un terme aux exactions des colons. Les dirigeants européens n’en peuvent mais et se contentent d’appeler à l’établissement d’un État palestinien, alors que les pays arabes se contentent de dénoncer, au niveau rhétorique, l’horreur quotidienne à Gaza.
Indifférence, petits calculs et intérêts bien compris ont marqué l’actualité ces dernières années. Mais tant de déni de réalité de la part des nations dites civilisées est ahurissant ! À une autre époque, les chefs d’État ont été plus réactifs : Dwight Eisenhower et Nikita Khrouchtchev avaient tapé du poing sur la table lors de l’agression tripartite qui visa l’Égypte nassérienne en 1956, et les assaillants, toute honte bue, durent aussitôt plier bagage et regagner leurs pénates. Quant au roi Faysal d’Arabie, il n’allait pas être en reste dans la foulée de la guerre israélo-arabe de 1973. Il décida avec d’autres membres de l’OPEC d’un embargo pétrolier, sa façon de désapprouver le soutien inconditionnel que les États-Unis apportaient à Israël.
Hic et nunc
Ici et maintenant : Gaza n’a peut-être pas fini de brûler. Elle gît par terre ! Sodome et Gomorrhe n’ont pas eu destin biblique plus effroyable ! Toutefois, ce ne sont pas les obsèques de l’arabisme, décédé et enterré depuis belle lurette, qu’il faut organiser, mais celles du droit international public, un droit qui dans ses grandes lignes était censé établir paix et justice sur terre. Un droit qui pouvait prétendre à l’universalité tant il était enseigné à Harvard, à Oxford, à Paris II, à l’USJ, à Al-Azhar du Caire comme à l’Université hébraïque de Jérusalem.
Ce droit international public qui gère le « droit des gens », cette construction intellectuelle qui s’est faite sur des siècles, est désormais en lambeaux. Le gouvernement israélien peut poursuivre son œuvre éradicatrice. Il est assuré de l’impunité tant que Tony Soprano et Reed Rubinstein sont postés en sentinelle et font le guet au State Department. Ces deux juristes chevronnés n’ont d’autre souci que d’entraver les enquêtes de la Cour pénale internationale qui viseraient Israël. Et comme de bien entendu, des sanctions américaines ont été prises contre des juges de ladite institution : ils avaient eu le toupet d’émettre des mandats d’arrêt contre Benjamin Netanyahou et Yoav Gallant, son ex-ministre de la Défense.
De son côté, Marco Rubio, secrétaire d’État US, a pu vertement déclarer que les sanctions frappaient les édiles qui avaient « directement participé aux efforts déployés par la CPI pour enquêter, arrêter, détenir ou poursuivre des ressortissants des États-Unis ou d’Israël, sans le consentement de l’un ou l’autre de ces pays » – depuis quand exige-t-on le « consentement » du délinquant pour engager les poursuites ? Et comble d’impudence, les autorités américaines allaient accuser cette même Cour pénale internationale « de politisation et d’abus de pouvoir ».
Les instances judiciaires de La Haye n’ont pas manqué de réagir en déclarant que ces sanctions constituaient une « attaque flagrante contre l’indépendance d’une institution judiciaire impartiale ». Et pourtant, il s’est trouvé des flibustiers pour justifier ces mesures d’intimidation, au prétexte que la justice internationale a toujours été dispensée à « l’ombre du pouvoir ». Les tribunaux de Nuremberg et de Tokyo ne furent-ils pas, after all, des tribunaux établis par les vainqueurs. Partant de là, la « sélectivité et l’hypocrisie n’allaient pas invalider le droit international : elles ne faisaient que refléter les structures réelles d’un système décentralisé, basé sur le consentement entre entités souveraines » ! (Antonino Ali, Is it the End of International Law as we Know it ? 26 juin 2025).
En bref, comme dans le roman d’Orwell, nous vivons un renversement des valeurs : la guerre serait la paix, la liberté serait l’esclavage, et l’arbitraire serait un principe de légalité internationale.
Cet article nous est parvenu avant les attaques sur le Venezuela par les États-Unis.
Quel bel article, merci mr. Moawad pour cette analyse, en effet le Droit International Publique en lambeaux, triste réalité …
09 h 59, le 03 février 2026