Le point de vue de...

Laissez le Christ en paix !

Laissez le Christ en paix !

Les récentes déclarations du président Donald Trump, en décalage avec la position du pape Léon XIV, méritent quelques réflexions qui n’ont d’autre ambition que d’éclairer le débat à la lumière d’une tradition morale ancienne, mais toujours actuelle : celle de la doctrine catholique de la « guerre juste ».

Guerre juste ou injuste ?

Dans la pensée catholique, une guerre ne peut être dite juste que si elle répond à des critères rigoureux, formulés notamment par Saint Augustin puis Saint Thomas d’Aquin, et repris dans le Catéchisme de l’Église catholique. Ces critères sont les suivants : une cause juste, une autorité légitime, une intention droite, le recours à la guerre en dernier ressort après l’échec des négociations, une proportionnalité entre les moyens employés et le mal à éviter, une chance raisonnable de succès, ainsi que la protection des populations civiles. Si une seule de ces conditions fait gravement défaut, la guerre devient moralement injustifiable.

Or, les informations disponibles concernant le conflit entre l’Iran et la coalition menée par les États-Unis et Israël dessinent une situation particulièrement complexe. Les justifications avancées apparaissent multiples, parfois contradictoires : menace nucléaire, missiles balistiques, changement de régime, ou encore intérêts stratégiques et énergétiques. L’Iran a riposté par des tirs de missiles et de drones dans toute la région, entraînant une escalade marquée par une instabilité persistante et des tentatives de cessez-le-feu.

L’argument d’une cause juste repose principalement, selon les agresseurs, sur la prévention d’une menace nucléaire. Toutefois, certaines sources affirment qu’aucune preuve claire d’un programme militaire actif n’a été établie. L’ayatollah Ali Khamenei avait d’ailleurs émis une fatwa interdisant la fabrication d’armes atomiques, ce qui fragilise cet argument. Le critère du dernier recours semble lui aussi difficile à soutenir, puisque les frappes sont intervenues alors que des négociations étaient encore en cours. L’intention droite peut être questionnée lorsque les motivations invoquées incluent des considérations stratégiques ou économiques. Enfin, la proportionnalité et la protection des civils soulèvent de sérieuses réserves, des infrastructures civiles ayant été touchées et des non-combattants affectés. Seule la condition d’autorité légitime paraît formellement remplie.

À la lumière de ces éléments, il apparaît difficile de qualifier cette guerre de juste au sens de la doctrine catholique, ce qui explique la position critique du Saint-Père, fidèle à la tradition morale de l’Église.

Le pape Léon XIV a refusé d’entrer dans une polémique directe avec le président Trump. Il s’est borné à rappeler, lors d’une veillée de prière pour la paix, organisée à son initiative, les exigences fondamentales de la morale chrétienne : « Assez avec l’idolâtrie de soi-même et de l’argent ! Assez avec la démonstration de force ! Assez avec la guerre ! La véritable force se manifeste dans le service de la vie ! »

L’instrumentalisation des symboles religieux

Pour sa part, le président Trump continue d’adopter une posture ambivalente : d’un côté, il exprime avec virulence son hostilité envers le régime iranien ; de l’autre, il engage des négociations en vue d’un accord de paix. Il est même allé jusqu’à publier une image de lui-même, générée par l’IA, le représentant apparemment sous les traits de Jésus au chevet d’un monde malade, suscitant des critiques, tout en manifestant son mécontentement face aux appels du pape en faveur de la paix. Il convient de rappeler que le président Trump se réclame du protestantisme et se montre proche de certains milieux évangéliques influencés par le dispensationalisme. Cette doctrine, apparue au XIXe siècle et diffusée notamment par la Bible Scofield, propose une lecture particulière de l’histoire du salut et affirme que les promesses faites au peuple juif – notamment la Terre promise – demeurent pleinement valides, alors que l’Église catholique enseigne que les chrétiens baptisés constituent le nouveau peuple de Dieu. Selon la théologie du Concile Vatican II, le peuple juif demeure celui de l’Ancienne Alliance : il ne disparaît pas et reste « toujours aimé de Dieu, à cause des pères ». Toutefois, il n’existe pas, dans cette perspective, de voie de salut indépendante du Christ, dont la foi est tenue pour nécessaire à tous. De plus, cette théologie ne reconnaît pas de droit divin à un État juif en Palestine, et évoque une conversion finale du peuple juif avant le retour du Christ (Romains 11).

La guerre actuelle semble raviver de profondes tensions, mêlant dimensions religieuses et eschatologiques : attente du Messie dans le judaïsme, retour du Mahdi dans l’islam chiite, et espérance du retour du Christ chez certains évangéliques, parfois associée à une lecture apocalyptique des événements.

Dans ce climat délétère, les repères vacillent et les excès se multiplient : lors d’un discours au Pentagone, le secrétaire de la Défense a associé un verset biblique à une tirade culte, mais fictive, du film Pulp Fiction ; au cours d’une conférence de presse, Netanyahou a eu le culot de prétendre que « l’Histoire prouve que, malheureusement et tristement, Jésus-Christ n’a aucun avantage sur Gengis Khan. Car si vous êtes assez fort, assez impitoyable, assez puissant, le mal l’emportera sur le bien », tandis que l’un de ses soldats saccageait, dans le village de Debel au Liban-Sud, une statue de Jésus crucifié tombée de sa croix…

Ces propos et ces actes témoignent d’une dégradation inquiétante de la morale et d’une instrumentalisation inacceptable des symboles religieux.

En ces temps violents, puisse le Seigneur de la paix nous préserver. Et laissons le Christ en dehors des conflits des hommes !

Les récentes déclarations du président Donald Trump, en décalage avec la position du pape Léon XIV, méritent quelques réflexions qui n’ont d’autre ambition que d’éclairer le débat à la lumière d’une tradition morale ancienne, mais toujours actuelle : celle de la doctrine catholique de la « guerre juste ».Guerre juste ou injuste ?Dans la pensée catholique, une guerre ne peut être dite juste que si elle répond à des critères rigoureux, formulés notamment par Saint Augustin puis Saint Thomas d’Aquin, et repris dans le Catéchisme de l’Église catholique. Ces critères sont les suivants : une cause juste, une autorité légitime, une intention droite, le recours à la guerre en dernier ressort après l’échec des négociations, une proportionnalité entre les moyens employés et le mal à éviter, une...
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